‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 30 sur 351 · LEVÉE DE GRENADIERS · texte numérisé non relu

LEVÉE DE GRENADIERS

auxquelles on est forcé de donner de ville en ville des voitures, ce qui est d'une dépense exorbitante... Ce n'est pas tout. Des commissaires du pouvoir exécutif, des commissaires de la commune de Paris, des commissaires des départements, tous ces messieurs ont sonné l'alarme dans tous nos pays. On a cru qu'il fallait tous partir; en conséquence, ceux qui ont des raisons pour rester, risquaient d'être assommés en refusant de marcher (1). Il ne se trouve plus personne pour battre les grains et semer, ce qui est d'une importance majeure. Ce qu'il y a maintenant de plus extraordinaire, c'est de voir des commissaires courir les campagnes, chercher des grenadiers, tandis qu*à chaque instant on en renvoie de Châlons tout équipés. Cette navette que l'on fait faire aux uns et aux autres met à sec la caisse des districts (2). »

Des grenadiers, entre autres ceuxd'Arcis, avaient été en eflFet renvoyés dé Châlons par le général La Bourdonnaie pour rejoindre le bataillon en formation à Troyes. La levée de ce bataillon, demandé par le général Biron, rencontra des difficultés et sur certains points des résistances sérieuses, d'autant plus que, dans plusieurs districts, la loi du 14 octobre 1791 sur la garde nationale n'était pas encore exécutée (3). Dans un grand nombre de

(1) Quelquefois les volontaires que Ton renvoie de Châlons, pirce qu'ils ne sont ni équipés, ni exercés, risquent également d'être assommés. Le 24 septembre, on sonne le tocsin à Gyé. Ce sont des volontaires de Mussy, qui reviennent dans leurs foyers. Les habitants de Gyé crient à la trahison, et les désarment. Àrch. de l'Aube, L. 1549.

p) Arch. nationales, F. 1., cart. l.

(3) Lettre de Roland, do 7 novembre 1792. Arch. de l'Aube, L. 1557.

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communes, on fat obligé de tirer aa sort on d*élire ceux qui deTiient partir J). A Ervy, tous les hommes ayant plus de cinq pieds trois pouces furent proclamés grenadiers, et le quart d'entre eux dut prendre les armes. A Aix-en-Othe, les commissaires désignèrent cinquante-huit grenadiers. Ceux-ci déclarèrent que 4i s'il était nécessaire de courir au secours de la patrie pour la sauver, et que l'expédition fût promptement faite, ils voudraient tous y concourir, >► mais ils ne purent se décider à quitter leurs travaux, et ils alléguèrent tous, pour ne pas partir, des excuses que la municipalité transmit au département. A Piney, où Ton décida le départ de vingt garçons, la commune demanda leur maintien, comme utile à l'agriculture (2). Dans un grand nombre de localités, des réclamations eurent lieu. A Nogent, David Delisle, juge au tribunal de district, et suppléant des députés à la Convention, monta en chaire, le 1 8 octobre, dans Téglise Saint-Laurent, pour contester au commissaire du département le droit de faire la levée. Le juge de paix de Marigny tint un langage semblable. L'administration leur donna tort, et pressa les opérations du recrutement (3). Le bataillon se réunit à Troyes pour s'équiper; mais il était, en grande partie, composé de cultivateurs et de pères de famille, et le commissaire des guerres

(t) A Lusigny, les hommes mariés choisirent les grenadiers au scrutin, les jeunes gens les tirèrent au chapeau. On réclama contre ce mode de procéder, sous le prétexte que la loi n'obligeait pas de partir ceux qui ne voulaient pas accepter. Arch. de l'Aube, R. 4272.

(2) Lettre du 2 septembre et du 4 octobre 1792. Arch. de l'Aube.

(3) Dél. du 28 octobre 1792. Arch. de l'Aube, K. 1.

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