REPRÉSENTATIONS DU TH£ATR
sentations où « Ton ne jouerait que des pièces dignes d'un peuple républicain (1). »
Le théâtre jouait les dimanches et les fêtes, et ces jours-là, la salle était comble. La municipalité lui enjoignit de n*ouyrir que les décadi, tridi, quintidi et septidi, et de ne pas se servir des anciennes dates. Il arriva que la plupart des spectateurs affectèrent de n*y pas aller le décadi, au grand scandale de la municipalité, qui voyait dans leur abstention un signe de mépris pour les institutions républicaines. « Pour faire jouir les Français de la liberté, disait-elle, il faut les affranchir du joug des préjugés (2). » Elle ne comprenait pas que la première condition de la liberté était de ne pas intervenir dans les habitudes des citoyens, et qu'il est plus facile de renverser le gouvernement d'un peuple que de réformer ses usages.
Le théâtre était souvent encore troublé par des manifestations bruyantes. La municipalité faisait retirer du répertoire le Mariage de Figaro, comme contraire aux bonnes mœurs, sans doute parce qu'elle craignait que Ton n'applaudît le passage où Figaro s'écrie : Il n'y a que les petits hommes qui craignent les petits écrits. Le public réclamait, protestait, interrompait les acteurs en frappant des pieds ou avec des bâtons sur le plancher. Les acteurs, n'ayant point de spectateurs le décadi, refusèrent de jouer ce jour-là. L'autorité, irritée de leur résistance, fît fermer le théâtre (3).
(1) Arrêté du 11 frimaire. Arch. de TAube, L. 20.
(2) Arrêté mun. du 1" nivôse. Id. 2. 0. 397.
(3) Dél. mun. des 4 et 12 frimaire et 10 nivôse. Arch. de Troyes.