‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 305 sur 351 · THÉOPHILANTHROPES · texte numérisé non relu

THÉOPHILANTHROPES

Un nouveau culte, basé sur les principes de la religion naturelle, s'était fondé à Paris, sous l'inspiration d'un des membres du directoire, La Réveillère-Lépaux; il eut quelques adhérents à Troyes. Ils s'intitulaient, comme leurs coreligionnaires de Paris, Théophilanthropes ou adorateurs de Dieu et amis des hommes. Leur communauté devait se réunir le matin des jours consacrés au repos dans un local propre et décent. La municipalité mit à leur disposition l'église SainterMadeleine, de dix heures du matin à deux heures du soir. A partir du mois de janvier 1798, les théophilanthropes s'y assemblèrent le décadi; un autel simple fut dressé au milieu de la nef ; ils y déposaient, en signe de reconnaissance des bienfaits du* Créateur, des fleurs ou des fruits, suivant les saisons. Des sentences morales et religieuses, proclamant l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme, la fraternité, l'amour de la patrie, le respect des parents, l'amour conjugal, étaient suspendues aux sculptures du jubé. Lorsque la communauté était réunie, un père de famille montait en chaire, lisait les premiers chapitres du Manuel des Théophilan^ thropes, prononçait un discours sur la morale, et provoquait les assistants à faire tacitement leur examen de conscience. Il entonnait ensuite des hymnes, que les assistants chantaient avec accompagnement de musique, et qui contenaient des passages empreints d'un véritable sentiment poétique. Ils disaient au Dieu créateur, âme de la ijature, au Père de l'univers :

Ton temple est sur les monts, dans les airs, sur les ondes ; Tu n'as point de passé ; tu n'as point d'avenir ; .

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Et sans les occuper, tu remplis tous les mondes, Qui ne peuver.t te contenir.

0 toi, qui du néant, ainsi qu'une ftincHle, ris jaillir dans les aii s rostre éclatant du jour. Fais plus... verse en nos coeurs la sagesse immortelle; Embiase-nous de ton amour (1).

Ce culte, enipreint d'un certain mysticisme déiste, qui n'admettait point le surnaturel, fit peu de prosélytes, et cessa bientôt d'être exercé, lorsque ses adhérents n'en payèrent plus les frais. C'était un dernier effort tenté par les républicains pour ressusciter le culte de l'Être suprême; il n'excita que le sourire, et passa sans ébranler les catholiques dans leurs convictions et sans attirer les hommes qui faisaient profession de philosophie ou d'athéisme.

Ceux-là voulaient non-seulement proscrire la religion, mais détruire les temples où Ton en célébrait les mystères. Ils dominaient à la municipalité, et le 1^' pluviôse an vi (20 janvier 1798) , ils provoquèrent un arrêté qui dépassait tout ce qu'avait pu concevoir l'esprit de destruction qui avait animé les administrations pendant la Terreur. Ce fut Tarchitecte Milony qui en fut le promoteur. Paris avec 8 à 900,000 habitants, dit-il, n'a que douze temples destinés au culte; Troyes, avec 25,000 âmes environ, en a neuf. Ce nombre est abusif. Ces

(1) Manuel des Théophilanthropes, ou adorateurs de Dieu et amis des hommes.., rédigé par C. et adopté par Us sociétés théophilanthropiques établies à Paris et à Troyes. Troyes, Mallet^ an vi. Iii-lî de \Q p. — Cantiques^ hjmnes et odes pour les fêtes rHigieuset tt morales des Théophilanthropes... Troyes, an vi, in- 12 de II p. - Dél. mun. des 4 et 15 pluviôse. Notes manuscrites conunuaiqnées pv H. Pigeotte.

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