ARRÊTÉ SUR LA DÉMOLITION DES ÉGLISES
de ces églises charmantes ou curieuses, qui font encore le légitime orgueil des habitants et l'admiration des étrangers, ne trouvait grâce aux yeux de Milony. Il n'épargnait même pas la petite église de Saint-Gilles, construite en bois au xv® siècle, que sa modestie aurait pu sauver, et sur l'emplacement de laquelle il ne voulait élever aucun monument « analogue au gouvernement de la République. » Et quels étaient ces monuments, auxquels il attachait une signification politique en se servant d'une expression peu correcte et trop usitée, qui dans la bouche d'un adversaire du régime républicain aurait pu passer pour une ironie? Un marché, un réservoir, des places publiques, des rues. Ce qui ajoutait à l'odieuse étrangeté d'une semblable proposition, c^est qu'elle venait d'un architecte qui faisait profession d'aimer les arts; c'est que cet architecfe avait été l'accusateur de Rondot; c'est qu'il l'avait qualifié de barbare et s'était élevé avec vigueur contre des actes de vandalisme qui du moins avaient respecté les édifices. Il le df^passait môme dans son ardeur de détruire, que n'excusait plus la surexcitation qui animait les esprits à l'époque de la Terreur ; l'architecte, dans son réquisitoire raisonné contre les monuments de la cité qu'il habitait, était j lus coupable que l'orfèvre, qui, dans un accès de passion révolutionnaire, avait mis en pièces les chefs-d'œuvre d'orfèvrerie conservés dans le trésor de la cathédrale. Les membres de l'administration municipale, nommés parle directoire à la suite du 18 fructidor, applaudirent à la proposition barbare de leur collègue. Ils arrêtèrent « que l'administration centrale
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de l'Aube et le citoyen ministre de- finances seraient invités de faire mettre incessamment en vente, pour être enlevés et démolis, tous les temples affectés au cuite, à la seule exception de la basilique de Saint-Pierre, seule nécessaire pour l'exercice de tous les cultes et la célébration des fêtes nationales dans la commune (1). ^> Heureusement, le ministre ne voulut pas se rendre complice de pareils actes de vandalisme, et improuva la délibération municipale. La tutelle administrative est quelquefois nécessaire.
La désapprobation ministérielle était d'autant plus bienfaisante, que plusieurs des plus anciens monuments deTroyes étaient déjà détruits. La collégiale deSaint-Etienne, qui rappelait tant de souvenirs, tomba la première sous le marteau des démolisseurs. Elle avait été vendue, en 1791, comme bien national, et en 1793 la commune avait voulu la racheter, pour y établir une place (2). Après la Terreur, voulant r» aliser ce projet, elle engagea les habitants à souscrire pour acheter le palais et Saint-Etienne, les faire démolir et « procéder à la confection d'une place dont la forme sage et la décoration simple et mâle des bâtiments qui l'environneraient seraient le symbole des vertus républicaines (3). » En 1796, l'ancienne chapelle des comtes de Champagne n'existait plus. Sa destruction entraîna celle du palais, auquel elle servait de
(1) Dél. mua. du 1" pluviôse an vi. Signée : Milony, Dorgemont, Bourlier, Dupont-Abit, Damiens. Arch. de Troyes. . fî) Corr. mun. du 20 février 1793. Arch. de Troyes. (3) Joum. du Département. Adresse du 12 floréal an m.