‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 308 sur 351 · DÉMOLITIONS · texte numérisé non relu

DÉMOLITIONS

soutien. Les juges n'y siégeaient plus qu'avec appréhension ; ils déclaraient qu'il y avait un péril imminent à Toccuper; que les salles tombaient de vétusté, et que dans le local destiné à la police correctionnelle les plafonds étaient tombés, les planchers pouiris et les fenêtres ouvertes à tous les ventA [1]. La démolition du palais commença à la fin de 1796, et fut poursuivie pendant les années suivantes (2).

Milony faisait partie de l'administration municipale, qui avait provoqué la ruine de cet édifice; il contribua sans nul doute à la démolition de réglise de Thospice Saint-Nicolas qui empiétait sur la rue du Pont-Ferré, et qui gênait la circulation (3). Il fit au'îsi décider la destruction des églises Saint-Jacques et Notre-Dame-aux-Nonnains (4), et l'établissement d'une halle, que 1ère* présentant Maure avait précédemment approuvé. Cette fois, les projets de Milony furent ratifiés par l'administration supérieure. Il fut autorisé à acheter au nom de la commune les deux églises qu'elle voulait abattre, et à faire les devis des travaux de la halle (5) .

(H Pétition des ju«?es pour demander un nouveau local pour siéger, do 17 frimaire an iv. Lettre du ministre des finances, du 28 nivôse. Arcb. de l'Aube, 2. 0. 358.

(2) La ville acheta le palais et remplacement de Saint-Etienne le 4 mes* sidor an iv. Arch. de Troyes. La couverture du palais n'était pas démolie le 5 fructidor an vi. V.n décret du 1 1 avril 1805 ordonna la démoliiion des restes du palais, et Tem .loi des matériaux qui en proviendraient à la construction des écluses du canal. Métn. de la Société académique de VAube. 1845, p. 186.

(3} Dél. mun. dj 12 fructidor an iv.

(i) Ces deux églises étaieat réunies; le portail de Saint-Jacques, construit au xv« siècle, était renommé.

(5) Dél. mun. du 22 floréal an iv.

CONSTRUCTION d'uNE HàLtE. 439

Ces devis montèrent à 126,000 1.; la ville avait 77,000 1. de ressources. Les travaux commencèrent immédiatement; on destina les pierres du palais, de Saint-Jacques et de Notre-Dame à élever les murs et les piliers de la halle, dont on creusa immédiatement les fondations. Cet édifice devait se composer d'une nef de cinq toises de large et de deux collatéraux flanqués de quatre pavillons aux extrémités. 11 s'étendait sur une largeur de trenteneuf toises, parallèlement à l'ancienne abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains, convertie en maison du département, dont il était séparé par une rue de cinq toises cinq pieds. Sa façade d'extrémité, de treize toises de large, était située dans l'axe de la rue Notre-Dame (1).

A pein^ avait-on commencé les fondations de cette halle, dont la situation prétait à la critique, qu*on fit observer qu'elle manquerait de solidité, si elle n'était pas construite sur pilotis. L'ingénieur en chef Montrocher fut chargé de faire une enquête, et conclut à la continuation das travaux (2). Ils furent poussés avec activité en 1797; mais lo manque de fonds les ralentit en 1798. A la fia de l'été, on n'employait plus que deux maçons et deux tailleurs de pierres. Le pourtour des bâtiments était monté à 1 5 pieds, les piliers intérieurs à 25. Les habitants proposaient de contracter un emprunt pour achever l'édifice, et d'utiliser les murs et les piliers pour faire un marché couvert. Bien-

(1) Del. dép. du .23 fructidor an iv. ^ Devis par M'iony pour la e^QS^ tractîoa d*une halle. Il m^nte à 126,037 1. 15 s. 9 d. L'ss collatéraux oat trois toises l pied 7 pounes de lar^e. Arch. da TAube. 2, 0, 358.

(2) Procès-verbal du 5 vendémiaire an v. Id.

440 coNSTRuctioN d'une halle.

tôt les travaux furent totalement abandonnés ^Tinfluence de plusieurs négociants du Quartier-haut y avait contribué, et jusqu'en 1814, les piliers et les murs restèrent inachevés sur la place de la Préfecture (1). Le seul édifice dont on avait entreprise construction à Troyes pendant la période révolutionnaire, présentait Taspect d'une ruine avant d'avoir été utilisé. Conçu dans un but humanitaire et destiné à rester stérile, étaiirce là le monument « analogue au gouvernement de la République, » que Milony avait rêvé ?

Si Milony n'avait pu obtenir la destruction des anciennes paroisses de Troyes, il obtint du moins celle de l'église abbatiale de Saint-Loup (2). Ce fut lui qui fut chargé de la démolition de la tour, dans laquelle se trouvaient avant la Révolution des cloches qui rivalisaient avec celles de Saint-Pierre, et l'administration qui succéda à celle dont il faisait partie fut obligée de recourir à la contrainte pour suspendre les travaux qu'il dirigeait, et le forcer à rendre des comptes (3).

(1) Réclamation des habitants, du 5 fructidor an vi. Arch. de l'Aube. 2. 0. 358. — Voir sur le même sujet : L. D***, citoyen de Troyes, à sei concitoyens. Vues et observations sur l'édifice à élever sur la place Saint 'Jacques, An ix , in-S" de 24 p. — Louis Doé propose dans cette brochure de placer la bibliothèque au-dessus de la halle. — La Halle à Troyes. Mallet, 1804, in-8» de 30 p. — Le 26 mai 1814, le ministre de Hdtérieur ordonna la démolition des murs et des piliers. La halle actuelle, qai a coûté 432,000 fr., ne fut commencée qu'en 1837.

(2) L'adjudication fut faite en son nom, sans doute pour le compte de la ville, le 16 thermidor an v, moyennant 22,756 1. Reg. de vente d'immeubles nationaux. Arch. de l'Aube.

(3) Corr. et dél. mun. du 22 prairial an vu, et du 2 brumaire an viii. Milony renvoya le 28 frimaire le chef de saint Loup dçnt il était dépositaire; la municipalité refusa de le recevoir, et porta l'affaire devant le tribimaL Lettre du 6 nivôse.

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