A54 VOLS ET ASSASSINATS
mais il réussit à se maintenir à son poste, et ce ne fut qu'à force d'insistance que la municipalité obtint son remplacement. Onze évasions furent constatées en 1798. Au lieu d'un cabaret dans la prison, il y en avait deux (1). Il était urgent de remédier à ces abus, qui ne duraient que depuis trop longtemps.
La sévérité de la répression était d'autant plus nécessaire que la sécurité matérielle continuait à ' faire défaut dans le département. L'administration déclarait qu'il était infesté de voleurs; des meurtres, des incendies, disait-elle, s'y commettent avec impunité. Quelques assassinats étaient signalés. La garde nationale fut mise en réquisition permanente au mois de février 1798; les passeports furent exigés de tous les voyageurs; et l'on alla jusqu'à prescrire l'élagage des arbres des routes, parce que des criminels pouvaient se mettre en embuscade derrière leurs branches touffues (2).
Les rues et les chemins vicinaux étaient pour la plupart en très-mauvais état, n'ayant été que trèslégèrement réparés dans le cours de la Révolution. Il en était de même des routes. Pour y remédier, on rétablit les barrières, et l'on exigea le paiement de leurs droits aux abords de la ville. Un certain nombre de voituriers refusa d'acquitter ces droits, dont la perception provoqua des désordres. Le département fut obligé de publier une nouvelle adresse pour engager les habitants à ré-
(1) Dél. mun. du 3 frimaire an vi, des 12 pluviôse, 6 ventôse et 19 fructidor an VII.
(2) Dél. mun. des 17 pluviôse et 13 ventôse. Dél. dép. des i et 6 ventôse an VI. Arch. de Troves et de l'Aube.
parer les routes et à en payer la taxe. « Il ne faut pas, disait-il, qu'ils écoutent les perfides suggestions des lâches dépréciateurs de la République (1). » C'est la dernière ressource des administrations impuissantes d'attribuer à leurs adversaires des résultats dont elles seules sont responsables.
La taxe des routes avait été établie pour fournir des revenus à l'Etat, dont les ressources étaient plus précaires que jamais. Après la banqueroute des assignats était venue la banqueroute partielle de la rente. La loi sur le tiers consolidé avait privé les créanciers de l'Etat de la plus grande partie de leurs revenus. Non-seulement le gouvernement devait subvenir aux dépenses générales, il devait aussi contribuer aux dépenses municipales des grandes villes, qui depuis l'abolition des octrois ne pouvaient plus équilibrer leur budget. En entrant en fonctions, la municipalité élue en Tan vi trouva la caisse presque vide. Elle avait obtenu du gouvernement 24,000 1. pour combler le déficit de l'an IV ; elle réclamait 38,000 1. pour l'année suivante. Le régime nouveau avait imposé à la ville un surcroit de dépenses d'environ 30,000 1. sur le*squelles l'administration figurait pour 10,000 1., la police intérieure rurale pour 8,000, l'entretien des puits et des pompes, autrefois à la charge des particuliers, pour 6,500. En outre, elle avait à sa charge une dette' de près de 300,000 1., dont elle payait la rente au denier vingt et au denier dix [2).
(1) Corr. mun. du 23 messidor an vi. Dél. dép. des 16 et 18 prairial an vi. Adres<;e du 3 fructidor. Arch. de Troyes et de l'Aube.
(2) Corr. mun. des 3 floréal, 28 prairial et 6 fructidor an vi. La dette