SCIENCES ET ARTS
publia une étude détaillée sur les hianufactures et le commerce de l'Aube, et Tingénieur Descolins y fit paraître une description abrégée du département, qui servit plus tard au préfet Bruslé pour rédiger son Mémoire sur la Statistique,
Le ministre François (de Neufchâteau) contribua à donner, en 1 798, une vive impulsion aux sciences, aux arts et aux lettres. La Société d'agriculture fut créée sous son inspiration. Les administrations s'associaient à son initiative. On décida que le jardin de l'évêché serait converti en jardin des plantes, dépendant de l'école centrale (1). A la fin de 1797, la municipalité avait établi dans les dépendances de l'hôtel-de-ville des salles d'armes, de musique et de danse, pour donner des leçons à la jeunesse troyenne. En 1798, elle autorisa plusieurs artistes à établir un concert d'émulation vocale et instrumentale dans la maison de la Trinité; considérant, disait-elle, que l'une des plus douces jouissances de l'homme est sans contredit celle que lai procure l'art de la musique (2). Ces sentiments étaient partagés; lassés des émotions de la politique, les citoyens demandaient au culte des arts des plaisirs intellectuels et des jouissances désintéressées.
Ce fut l'honneur du xviii* siècle d'aspirer au progrès et de chercher à élever le niveau de l'intelligence , même dans les temps troublés où la passion politique oblitéra la notion du juste et de l'injuste. La Convention rendit sept décrets pour dire
(1) Dél. dép. du 24 germinal an th.
(2) Dél. mun. des l*'nWô8e et 6 pluviôse anvi, et t6 vendémiaire an ta.
qu'il y aurait partout des écoles primaires; ces décrets furent stériles. Dans l'Aube, il était diflScile de se procurer des instituteurs ; les institutrices étaient encore plus rares. Le jury d'instruction, composé de Martin (de Marseille), de Desreyeux et de Duchâtel-Berthelin, essayait vainement en 1795 d'en trouver; en vain il disait aux candidats, pour les attirer : Eclairer les peuples, c'est foudroyer les rois (1). Il ne se présentait que d'anciens maîtres d'école, et suivant Albert, « la majeure partie n'apportaient pour recommandation que leur ignorance, leur pédantisme et quelquefois leur immoralité. » Malgré le zèle du jury, malgré la conversion des anciens presbytères en maisons d'école, on ne put trouver un nombre suffisant d'instituteurs. « Où en trouver? disait la municipalité de Troyes. Sous la Révolution, l'instruction a été négligée. Il ne s'en est pas formé de nouveaux. » Huit écoles de garçons et huit écoles de filles étaient, suivant son évaluation, nécessaires pour la ville (2). En 1798, des commissaires sont chargés de voir si les instituteurs ont soin de mettre entre les mains des élèves les livres élémentaires adoptés par la Convention, et s'ils leur donnent une éducation vraiment républicaine. On recommande à la commission des hospices de s'occuper de l'éducation politique des enfants trouvés, et de ne leur donner aucune opinion religieuse. « Ces opinions, dit la municipalité, doivent être le fruit de la méditation, et le choix en appartient à chaque indi-
(1) Joum. du Département, Pluvidse an m.
(2) Corr. miin. da 14 nÎYÔse an iv. On estimait à 1,000 1. le traitement d*aD instituteur.'
vidu. » Aussi proscrit-elle « les catéchismes, les épîtres et évangiles, qui, suivant elle, loin de donner des idées justes et claires, ne laissent dans le développement des conceptions que des obscurités qui conduisent à l'égarement (1). » Quelquesuns des livres qu'on voulait imposer aux enfants étaient, il est vrai, remplis de maximes excellentes, telles que les Pensées républicaines pour tous les jours de Vannée, à Vusage des enfants (2). Rien n'était plus juste que cette maxime, qu'on y rencontre : « La liberté s'accroît à mesure qu'on la respecte. » Mais l'instruction morale et politiqne ne séduisait point les masses. Les instituteurs primaires n'avaient qu'un très-petit nombre d'élèves. « Cela tient, disait la municipalité, au trop grand nombre d'écoles particulières presque toutes insoumises aux lois, et soutenues par le mauvais esprit public inspiré parles prêtres (3). »
Pour augmenter le nombre des élèves des écoles communales, la municipalité ne trouva rien de mieux que de rechercher des contraventions pour supprimer les écoles particulières. Elle astreignit leurs maîtres et leurs maîtresses à subir des examens devant le jury d'instruction; elle fit fermer les classes de ceux qui ne conduisaient pas les enfants aux fêtes décadaires. L'administration leur fit envoyer des exemplaires de livres républicains en leur prescrivant de s'en servir à l'exclusion des
(1) Dél. mun. du 12 prairial an vi. Lettre du 2 frimaire. Àrch. de THôlel-Dieu.
(2) Troyes. Sainton, an m, in-32 de 60 p. On lira avec intérêt, sur les livres de morale républicaine, un rapport de Courtois du 14 germinal an IV. Moniteur,
(3) Gorr. mun. du 12 vendémiaire an yii.
autres, parce qu'il semblait nécessaire de combattre d'antiques préjugés et de longues erreurs (i). On voulait enseigner la morale sans la religion, et substituer aux enseignements du christianisme des préceptes philosophiques, que des enfants ne pouvaient facilement comprendre. Tous les efforts que Ton fit pour répandre l'instruction furent vains, et le régime républicain, qui prétendait être plus favorable que les autres aux intérêts'du peuple, ne sut ni l'instruire, ni l'éclairer.
C'était bien pis dans les campagnes. « L'instruction a tous les vices, tous les préjugés religieux de l'ancien régime, et a de plus l'ignorance la plus profonde, écrit en 1798 le commissaire du canton de Pont. Les instituteurs sont des ignares dont tout l'orgueil pédantesque peut se glorifier d'écrire plus ou moins mal, mais sans un mot d'orthographe, ni de sens commun... Ils sont pour la plupart chantres au lutrin, et pontifes où l'espèce en est tarie. Les parents en général ont une indifférence cruelle sur l'instruction de leurs enfants ; aussi ceux-ci sont-ils presque tous oisifs ou fainéants... on croirait être au neuvième siècle du côté des sciences et des arts dans ce canton (2)...» D'autres rapports confirment ce triste tableau, et montrent combien furent stériles les efforts de ceux qui voulurent rendre l'instruction exclusivement laïque, sans tenir compte de la liberté de conscience et des croyances des populations.
(1) Dél. et corr. mua. des 12 frimaire et 27 nlyôse an vu. Dél. dép. du 5 nivôse.
(2) Lettre de Mesnard, thermidor an vi. Arch. de l'Aube, L. 1480.