‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 331 sur 351 · ÉLECTION D*UN ÉVÉQUE · texte numérisé non relu

ÉLECTION D*UN ÉVÉQUE

coup d'Etat du 18 brumaire, qui acheya la raine de la République (i).

Les élections administratives furent inspirées par le même esprit de résistance. Feugé et Raverat furent maintenus au département. Bourgoinfutélu en remplacement de Sissous. Les 732 votants des huit sections de la ville ratifièrent à la presque unanimité les choix que le Directoire avait faits récemment pour la municipalité de Troyes. Les autres membres élus furent Bourgeois et Debilly, qui fut nommé président par ses collègues (2). Milony fut bientôt obligé de se démettre des fonctions de commissaire du Directoire exécutif, dans lesquelles il fut remplacé par l'ancien conventionnel Bonnemain (3).

Les administrations entraient en fonctions dans un moment où se produisaient de nouvelles manifestations religieuses. Sibille était mort le 11 février 1798. Les prêtres constitutionnels résolurent de lui donner un successeur. Larmet et Simon firent hommage à la municipalité d'une Lettre pastorale du diocèse de Troyes ^ département de VAube, k siège vacant, pour procéder à Vélection d'un évêque. Lamunicipalitéblâmarassemblée annoncée comme illégale, dangereuse et contraire à la Constitution, et dénonça la lettre pastorale à l'accusateur public (4). Le département n'en fut pas moins irrité.

(l) Procès-verbal de l'assemblée électorale de l'an vu. Arch. de l'Aube, L. 1554. Lerouge fut élu par 123 voix sur 244, Courtois par 143, Bosc par 125, Mennessier par 149.

(1) Procès-verbal du 1" germinal. Dél. mun. du 1" floréal aa vu.

(3) Dél. mun. du 3 prairial an vu.

(4) Dél. mun. du 7 thermidor an vi.

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<( Comment des prêtres qui se disent constitutionnels, écrivit-il, peuvent-ils rappeler par un acte pul)lic les prérogatives de l'Eglise nationale et les dénominations usées de diocèses, de paroisses... comment se traînent-ils pesamment sur les traces de leurs prédécesseurs pour professer des maximes que la raison désapprouve, en style prophétique qui peut séduire les sots, mais ne fait plus de dupes (1)... » Malgré ce blâme formel, l'élection eut lieu ; le presbytère présenta comme candidat épiscopal Jean-Baptiste Blampoix, curé de Vendeuvre, qui fut nommé par les évêques chargés de remplir les sièges vacants. Blampoix fut sacré le 4 novembre 1798, dans la cathédrale de Paris, par révêque de la métropole , Royer. Il prétendait ne pas se séparer du Pape, et, comme les catholiques restés fidèles à leur ancien culte refusaient de lui obéir, il leur disait :« On vous dit que le Pape ne nous reconnaît pas; vous l'ont-ils prouvé?... Avonsnous cessé de vous manifester notre communion avec lui, et quand par malheur pour lui seul, le Souverain-Pontife cesserait un instant de nous reconnaître, ne serions-nous pas en droit de lui adresser ces paroles de saint Pierre : « Père commun des fidèles, vous vous séparez le premier, vous êtes donc dans le schisme (2)? »

Un langage aussi étrange n'était pas de nature à lui concilier le respect des catholiques. D'un autre côté, son caractère épiscopal était tourné en déri-

(1) Dél. dép. du 11 thermidor an \i.

(2) Lettre pastorale sur l'unité chrétienne , du 20 pluviôse an vu. In-8'' de 16 p.

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sion par les indifférents. On jouait à cette époque au théâtre deTroyes l'opéra des Visitandines ; pendant le carnaval de Tan vu, une bande de joyeux compagnons emprunta les costumes des acteurs, et parcourut la ville, en escortant une voiture découverte dans laquelle Tun d'entre eux portait le costume d'évêque et un autre celui à*abbesse des Visitandines. En même temps Ton publiait, au nom de celui qui Tavait représenté, une parodie du dernier mandement de Tévêque, où l'on tournait toutes ses paroles en dérision (1). La guerre que lui firent certains catholiques fut impitoyable et excessive. Elle rappela, avec moins de grossièreté dans les termes, mais avec non moins d'âpreté, les attaques dirigées contre Sibille dans les Groups Sire Jean, Une tragédie burlesque, composée de vers pillés çà et là, mais écrite avec verve, mit les rieurs du côté des adversaires de Tévêque constitutionnel (2). Elle fut accompagnée d'une violente diatribe, où Ton inculpait ses mœurs d'une manière odieuse (3). Blampoix protesta contre ces libelles, et interdit à tous les fidèles du diocèse de les lire (4) ; mais ses protestations furent vaines; une partie du clergé refusa de le reconnaître pour évêque (5), et l'union

(1) Lettre pastorale de Vévêque du département de VAube,^ Ripailles, de l'imprimerie de Jacques Niquet, rue des Facéties. In-8' de 8 p.

(2) La Mort de Blampoix, tragédie. Paris, an ix, in-S" de 23 p.

(3) Béatification de J.-B. Blampoix, évéque de Troyes et martyr. A Niaisopolis, chez Jocrisse Souillard, imprimeur de monseigneur l'Evêque. — Paris, an ix, in-S" de 24 p.

(4) Mandement de V évéque y in-8- de 8 p. — f^n Mot de Vévêque de Troyes contre la dernière diatribe. S. d. in-8° de 6 p.

(5) Des polémiques eurent lieu entre les ministres des deux cultes. Voir entre autres : Lettre d'un catholique troyen à un paroissien de Saint-

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ne fut rétablie dans le diocèse que lorsque le Concordat eut mis à sa tête un prélat également reconnu par le Saint-Siège et par le gouvernement de la France.

Blampoix, à son début, fut aussi en butte à la colère des révolutionnaires. Dans la lettre pastorale, où il faisait connaître sa nomination, il annonçait rintention de réorganiser son diocèse, et il le divisait en sept diaconés, composés chacun de trois archiprêtrés (1). D'autres passages de cette lettre provoquèrent le mécontentement de Tadministration départementale. « Blampoix, disait-elle, s'arroge une autorité que la loi ne lui reconnaît pas, lorsqu'il parle de diocèse, de fidèles, d'archiprêtres, de curés, de diacres... Ce sont des semences de discordes. Il reconnaît la prétendue autorité du Saint-Siège; il traite d'actes arbitraires les peines prononcées contre les prêtres insoumis ; il se plaint de la pénurie des prêtres en termes tendant au soulèvement. » En conséquence, le département décidait que Blampoix serait arrêté et conduit à la maison de réclusion des prêtres (2). Les modifications appoj'tées par les élections dans l'esprit de l'administration empêchèrent de donner suite à ces rigueurs.

Les autorités avaient jusque-là témoigné la

Martin-èS'Vignes, contenant quelques réflexions sur un journal intitulé : Annales philosophiques, littéraires et morales, an viii, in-S» de 7 p. — Défense des pasteurs dits Constitutionnels contre les calomnies du citoyen Emé, ex-chanoine, desservant la paroisse de Saint- Martin-ès-Vignes, an viii, in-8° de 54 p.

(1) Lettre pastorale de Vévéque de l'église de Troyes, 15 nivôse an vu, in-4" de 28 p.

(2) Dél. dép. du 9 ventôse an vu. Arch. de TAube, L. 30.

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