LEVÉE DE TROIS CENT MILLE HOMMES
municipalités à suivre l'exemple de celle de Troyes. n joignit à cet arrrêté une proclamation émou- Tante : « Qui de vous, disait-il, n'a pas un fils, un frère, un ami dans les camps I Quel citoyen digne du nom français pourrait jouir sans honte des douceurs d'une vie paisible et de l'abri de son toit paternel, en pensant que ses défenseurs marchent dénués de vêtements au milieu des glaces de l'hiver (1)1» Cependant, on ne recueillit en ville dans l'intervalle de deux mois que 5 à 6,000 liv. en espèces, et 448 paires de souliers, 318 paires de bas, 68 chemises, 52 habits ou capotes, et 70 aunes d'étoffes, que l'on envoya en grande partie à l'armée du Rhin (2). Les événements avaient tari pour la plupart les sources de leurs revenus, et ceux qui en avaient conservé, craignaient, en se montrant généreux, d'attirer sur leurs personnes l'envie ouïe soupçon.
Bientôt ce ne furent pas seulement les armes et les vêtements qui manquèrent; ce furent aussi les soldats. Sous l'influence des nouvelles de la guerre, la Convention décréta une levée de trois cent mille hommes. L'Aube dut en fournir 2,626 destinés à faire partie de l'armée de la Moselle, sous les ordres du général Beurnonville. Le contingent du district de Troyes fut fixé à 641 hommes, sur lesquels la ville en comptait 244 (3). Les opérations du recrutement commencèrent dans les premiers jours de mars. Des visites domiciliaires eurent lieu pour
(1) Extrait du registre des délibérations du 17 janvier 1793.
(2) Journal du Département.
(3) .irch. de TAube, L. 16 et 46.
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former l'état des garçons et veufs sans enfants de 18 à 40 ans (1). C*était parmi eux qu'on devait compléter le contingent, soit par un tirage au sort, soit par l'élection, dans le cas où les enrôlements volontaires seraient insuffisants.
Les enrôlements s'opérèrent avec peine, quoiqu'aucun moyen ne fût épargné pour exciter l'enthousiasme. Sutil, au nom du district, s'écriait: « Aux armes I républicains, et la rage des rois sera impuissante. Laisserons-nous rentrer des moines fainéants ? Rendrons-nous aux émigrés leurs châteaux, leurs censives, leur chasse, leur pêche, leurs justices, leurs autres droits insultants (2)... » A Troyes, l'on fit pendant cinq jours des promenades civiques, « à l'instar de Paris, » et l'on ouvrit une souscription en faveur des enrôlés. Mais la souscription ne monta pas à un chiffre élevé, et le recrutement volontaire, quoiqu'il fournît presqu'en entier le contingent, ne réunit qu'un petit nombre de jeunes gens capables de supporter les fatigues de la guerre. On accusa les citoyens aisés de s'être refusés à donner l'exemple, et les commissaires, choisis parmi les riches, d'avoir contribué avec les aristocrates à ralentir le zèle de ceux qui auraient été tentés de s'engager.
Dans les campagnes, le contingent fut en grande partie désigné par l'élection. Ce mode de désignation donna lieu à de véritables abus. Dans les communes où les citoyens pauvres se trouvaient en majorité, ils nommèrent exclusivement des jeunes
(1) Le 6 mars. Journal du Département.
(2) Circulaire du 3 mars 1793. Arch. de l'Aube, L. 46.