LEVÉE DE CAVALIERS
tyrans I Paix aux chaumières I Vive la Montagne I Vive la République (1 ) I II n'était plus question des enrôlements volontaires. Depuis un an, tous ceux qu'animait l'ardeur militaire étaient partis, et en comptant les levées de 1791, de 1792, de mars, de juin et de juillet 1793, le département de l'Aube avait fourni aux armées près de 6,000 recrues. Un appel fait au département pour concourir au recrutement de 30,000 hommes de cavalerie resta d'abord sans résultat. Le contingent de l'Aube était de 270 hommes, celui du district de Troyes de 65. Tous les chevaux de luxe devaient être amenés dans les huit jours au chef- lieu. Les citoyens non mariés, de 18 à 40 ans, étaient appelés, le 3 septembre, au district pour désigner ceux d'entre eux qui devaient partir. Le nombre des engagés fut insuflSsant; le 20, la municipalité fit promulguer la loi avec appareil, pour provoquer l'enrôlement des 25 cavaliers que devait fournir la ville. On fut obligé, le 4 octobre, de recourir au tirage au sort (2). Les administrateurs du département cherchaient cependant à stimuler le zèle des habitants. « Si les ennemis de la Liberté, disaient-ils dans une proclamation énergique, ont eu quelques avantages, ils ne le doivent qu'à d'odieuses trahisons, dont la honte retombera tout entière sur eux ; ils peuvent les devoir aussi à leur plus grand nombre de troupes à cheval. » Mais ce n'étaient pas seulement les cavaliers qui se refusaient au recrute-
(1) Adresse à la Convention nationale , par le citoyen Lejeune,,. 19 août 1793, in-8» de 7 p.
(2) Arch. de l'Aube, L. 46. — Arch. de Troye».
ment', c'étaient aussi les chevaux. Chaque canton fut invité à offrir six chevaux équipés à laRépublique (1). Des chevaux mis en réquisition. furent achetés pour une somme de 30,000 liv. On parvint ainsi, au moyen de nombreux efforts, à.four-^ nir le contingent de cavalerie de l'Aube.
La levée en masse, décrétée le 23 août, n'admettait ni choix, ni tirage au sort, ni remplacement. Tous les Français furent en réquisition permanente pour le service des armées ; les jeunes gens non mariés et veufs sans enfants de 1 8 à 25 ans furent appelés les premiers. Ils formèrent ce qu'on nomma la première réquisition. Cette mesure, qui ne faisait d'exception qu'en faveur des fonctionnaires publics, s'exécuta dans l'Aube au commencement d'octobre. Le ministre Paré» fut obligé d'écrire au département pour se plaindre de sa né^îgence à faire procéder à la levée, et « à profiter des bonnes dispositioias des habitants des campagnes, qui ne demandaient qu'à voler aux frontières (2). » On évaluait à 8,000 le nombre des jeunes conscrits ; il n'atteignit pas 6,000. Le district de Troyes en fournit 1369; la ville 258 (3). Le rassemblement des conscrits au chef-lieu fut si considérable, que l'administration dut établir un bureau supplémentaire
(1) Proclamation du 20* jour du premier mois de Tan second.
(2) Dél. du district du 16 septembre 1793. — Lettre de Paré du 29. Arch. del'Aube^L. 46etl435.
(3) Adresse des administrateurs du 4 brumaire an ii. ~ Tableau alphabétique de la première réquisition du district. Contrôle des compagnies. La ville fournit quatre compagnies, commandées par les capitaines Reinhard, Gouthier, Gobelet et Dereins. Il y eut environ 50 réformés. Arch. de TAube, R. 4,177.
pour procéder à leur signalement et à leur incorporation (1).
Il fallut aussi s'occuper du casernement. Le Petit-Séminaire, l'Arquebuse, la Maîtrise, les maisons des Frères et de l'émigré Jeanson furent destinés à cet usage. A la même époque, 3,900 hommes dé cavalerie furent annoncés à Troyes, Le Collège, le Boii-Pasteur, le Petit-Séminaire, Foicy furent mis à leur disposition. On prescrivit des mesures pour recevoir les chevaul aux écuries des Jacobins et du Palais, dans les anciennes églises Saint- Denis, Saint-Loup et des Cordeliers, dont on fit enlever les dallages et les jubés (2).
Morée, employé du département, et Ludot furent nommés, l'un chef de bataillon du district, l'autre quartier-maître. Tous deux passaient pour contrerévolutionnaires. Morée avait autrefois, dans des f epas nombreux, « prêché l'amour du royalisme, » et forcé de crier Vive le Roil Ludot avait voulu empêcher à la Comédie de jouer l'air : Ça ira! Queiquéà jours auparavant, on avait été crier à la porte du prernier : Vive Morée I A bas le club \ Il n'en fallut pas davantage pour qu'ils fussent dénoncés. Le conseil général permanent du département destitua Morée de l'emploi qu'il occupait dans ses bureaux, ordonna une enquête sur ses actes, ïe fit arrêter ainsi que Ludot, et invita le re-
(1) Dans la maison de Haez de Pouilly, place de TEtape-au-Vin, anjourdliui la succursale de la Banque de France. Délibér. du District du 7 oètobre.
(2) Arrêtés du district, de la ville et du département des 7, 23 ei 25 septembre 1703. Ce rassemblement de cavalerie ne parait pas avoir eu fîeu. Dél. dép. du 7 octobre.
présentant Garnier, alors à Troyes, à les priver l'un etTautre de leurs grades (1).
Les « volontaires » de la première réquisition du district furent passés en revue sur le Mail, le 17 octobre. La veille, une loi, que l'administration qualifiait de bienfaisante, permettait de suspendre le départ des cultivateurs jusqu'à la fin des ensemencements, et de maintenir à leurs travaux les imprimeurs et les ouvriers employés à la fabrication des armes (2), Il était impossible, en efi'et, d'organiser, d'équiper et d'armer simultanément tous les jeunes gens appelés sous les drapeaux. Le département avait 6,000 uniformes à faire confectionner pour ses recrues. Cependant on annonça, pour le 25 octobre, le départ du bataillon d'Arcis pour Verdun; le 26, celui de Troyes devait le suivre (3) . Le bataillon de Bar-sur-Seine, composé de onze compagnies « nerveuses, » n'était point encore parti le 1 5 décembre, et les « administrateurs sans-culottes » de ce district n'en exaltaient pas moins leur patriotisme à la Convention (4). Il est permis de croire que, dans l'Aube comme dans
(1) Déi. du 2* jour du second mois. (22 octobre 1793.) Arch. deFAube, L. 31.
(2) Arrêté du 26* jour du l*** mois de Tan second. Certains jeunes gens restèrent plus longtemps à faire les semailles que la loi ne le leur permettait, et excitèrent ainsi la jalousie de leurs camarades. Lettre du capitaine Simonnot, du 24 brumaire. Arch. de l'Aube, R. 4177.
(3) Adresse à la Convention du 4* jour du 2* mois. Journal du Département.
(4) Moniteur du 25 frimaire an ii. Le 6 frimaire (26 novembre), le ministre de la guerre presse le départ des trois derniers bataillons de réquisition de TAube. Lettre adressée au directoire de Bar-sur-Aube. Arch. de l'Aube, L. 1486.
les départements voisins, le départ de quelques compagnies fut retardé jusqu'au milieu de Thiver.
Les réquisitionnaires de la levée en masse furent incorporés, en vertu d'un décret du 22 novembre, dans les cadres existants de Tinfanterie. Ils formèrent, avec les vieilles troupes disciplinées de l'ancienne monarchie, avec les volontaires de 1792 et les recrues de mars 1793, le noyau de ces armées incomparables, dont les combats et les succès provoquèrent, pendant vingt ans, l'admiration de l'Europe. L'Aube avait déjà fourni près de 12,000 soldats à la patrie, en moins de quinze mois. Combien d'autres devaient les suivre dans cette carrière glorieuse et sanglante, ouverte pour la défense du territoire, et poursuivie pour satisfaire l'ardeur de la domination et la passion des conquêtes I