ARRESTATION DES SUSPECTS. — DISETTE ET MAXIMUM
La constitution, votée par la Convention après la chute des Girondins, fut accueillie avec ces démonstrations irréfléchies que les institutions nouvelles provoquent d'ordinaire. En l'annonçant aux habitants de l'Aube, Touché déclara « qu'elle consommerait par l'amour une révolution que la justice populaire avait commencée par la terreur (1). » Lorsqu'il en donna lecture à Troyes aux citoyens réunis dans leurs sections, elle fut* saluée par les plus vifs applaudissements (2). Cet enthousiasme était partagé par les corps administratifs. Le conseil général du département s'empressa d'envoyer à la Convention une adresse, dans laquelle il n'hésitait pas à proclamer que la Constitution fondait le bonheur du peuple et préparait la liberté du monde (3). Le district ne restait pas en
(1) Proclamation du 29 juin 1793.
(2) Moniteur du 3 juillet 1793.
(3) Adresse du 2 juillet 1793. Arch. de l'Aube, L. 31. C'était le style officiel ; mais ceux qui l'employaient ne croyaient pas à ces hyperboles, à en juger par leur correspondance intime. Raverat, envoyé avec Gonthier à la Convention pour y lire cette adresse^ écrit le 10 juillet : c Noos avons
arrière. Il lui attribuait le mérite de détruire les vices, de corriger, d'arrêter et de punir les crimes. Cette constitution, à laquelle on donnait tant de vertus, et qui avait le défaut radical de ne pouvoir être appliquée, fut proclamée le 7 juillet à Troyes, et 2,400 exemplaires en furent distribués dans les sections (1).
Les assemblées primaires furent appelées à se réunir, le 14 juillet, pour en voter l'acceptation. Le curé de Clérey saisit cette occasion nouvelle de publier une brochure, dans laquelle il exalta l'œuvre de la Convention : « Si la Divinité, dit-il, eût daigné parler aux hommes, son langage n'eût pas été plus clair, sa morale n'eût pas été plus pure... » Et pour engager les électeurs à voter affirmativement, il leur disait : a Chaque assemblée primaire, qui accepte la constitution, assène sur la tête des factieux un coup de la massue d'Hercule (2). »
Le procureur-général-syndic, en convoquant les électeurs, ne doutait pas que la constitution ne fût acceptée par eux (3). Elle le fut, en effet, à l'unanimité, dans les sections de Troyes. Dans la deuxième, on commença par décider que les suspects ne se-
été admis hier à la Couvention. J'ai débité ma petite marchandise et j*ai été payé en monnoie courante. Mention honorable, insertion au Bulletin avec les honneurs de la séance, dont nous n^avons voulu jouir qu'un instant, parce que nous voulions voir le citoyen Robin... » Arch. de TAube, L. 1401.
(1) Adresse du 10 juillet 1793. Lettres du 7 et du 13. Arch. de Troyes.
(2) Adresse aux citoyens réunis en assemblées primaires pour Vacceptation de la Constitution républicaine, par le citoyen Lejeune, curé de Clérey, Sainton, in-8* de 7 p.
(3) Lettre du 7 juillet 1793. Arch. de TAube, L. 1595.
raient pas admis à voter. Le procès-verbal constate que 317 votants acceptèrent avec reconnaissance, sans réclamation et aux cris de : Vive la République! Tacte constitutionnel dont on venait de leur faire la lecture. Dans la septième section, les citoyens jurèrent de vivre ou de mourir pour son maintien (1).
La constitution de 1793, loin de fonder la liberté du monde, fut impuissante à faire respecter en France les principes les plus élémentaires de la liberté. Les mesures prises contre les adversaires de la Révolution étaient, en effet, plus rigoureuses que jamais. Ce n'étaient plus seulement des délits définis par la loi que Ton poursuivait, tels que Témigration, le refus de serment, la correspondance avec les émigrés. Les intentions elles-mêmes étaient érigées en crimes, et la Convention, appliquant cette détestable doctrine préventive, ordonna l'incarcération des suspects que jusque-là on s'était contenté de surveiller.
Déjà la Société populaire en avait dressé la liste ; elle contenait les noms de 78 nobles, de 1 00 prêtres et d'environ 230 personnes appartenant à la bourgeoisie, au commerce, à toutes les fractions de l'ancien Tiers-Etat (2). Après le 31 mai, le conseil général du département ordonna aux comités de
(1) Procès- verbaux. 11 y a 428 électeurs présents dans la 7* section.
(2) Liste du 12 mai. — On remarque dans le nombre de ces derniers 7 médecins ou chirurgiens, 8 notaires, 6 huissiers, 9 épiciers, 6 perruquiers, 5 orfèvres, 7 employés des contributions, 5 commis du département, etc. On dressa en même temps une liste des nobles, des prêtres et de leurs agents, sujets au désarmement. Ils sont au nombre de 78. Arcb. de l'Aube, L. 1433.