DEMANDE DE LA GUILLOTINE
trouver chez le curé de Savières ; c'est en vain que l'on prend des mesures déplus en plus rigoureuses contre les cultivateurs, qu'on les menace de confiscation, s'ils refusent de battre et de livrer leurs grains, et de six ans de fers, si, conformément à un récent décret, ils s'obstinent à ne point les déclarer (1). Comme toujours, dans les temps de disette, on crie contre les. accapareurs. Trois des sections de la ville demandent la permanence de la guillotine pour leur en imposer (2). Il y avait une guillotine à Troyes depuis un an. Le 14 mai 1792, le procureur-général syndic avait écrit à Rœderer pour le prier de charger « l'artiste » qui avait construit, pour Paris et Versailles, « la machine à décapiter, » d'en fournir une pour le département. Elle était livrée au mois de septembre. A la fin de l'année, Milony reçut l'ordre d'en faire construire une dans chaque chef-lieu de district (3). La proposition des sections ne fut pas adoptée. Il en fut de même d'une demande adressée au tribunal criminel de juger révolutionnairement, c'est-àdire sans l'assistance du jury, les prévenus d'accaparement. Le tribunal s'y refusa, en se référant à la loi du 26 juillet, qu'il interpréta dans le sens le plus conforme aux principes de la justice (4). On recourut à des moyens moins violents pour
(1) Arrêtés des 31 août et 2 septembre 1793. Ce dernier arrêté prescrit le recensement des personnes et des chevaux que chacun nourrit.
(2) Dél. du 23 août 1793. Arch. de Troyes.
(3) Arch. de l'Aube, L. 27, 17, 16. Plusieurs exécutions capitales, pour crimes d'assassinat, avaient eu lieu dans l'Aube à la fin de 1792 et au commencement de 1793.
(4) Audience du 23 août 1793, 2" registre du tribunal criminel.
GRENIERS d'abondance. 97
combattre la disette. La loi venait de prescrire rétablissement d'un grenier d'abondance dans chaque district. L'ancienne église Saint-Urbain est affectée à cet usage (1). Les troubles continuent aux abords des boutiques des boulangers ; chaque jour elles sont assaillies par une foule nombreuse, qui écarte parfois les personnes faibles et chargées d'enfants, tandis que d'autres vont de boutique en boutique se faire délivrer plus de pain qu'elles n'en ont besoin (2). Pour remédier à ces abus, la commune décide qu'un grenier d'abondance sera établi dans chaque section, et que les comités de surveillance remettront des cartes aux habitants qui voudront acheter du grain. Chaque citoyen devra déposer au grenier de sa section tout ce qu'il a de froment, de seigle et d'orge chez lui. Des fours publics sont installés. Les boulangers n'ont plus la faculté, qui leur avait été donnée provisoirement, de s'approvisionner au dehors ; ils sont tenus de le faire au grenier de leur circonscription (3) . Singulière prescription, qui montre jusqu'à quel point on méconnaissait les moyens les plus élémentaires de combattre la disette par la liberté des transactions.
. Quelques jours après, le grain des réquisitions est épuisé. La commune est obligée d'écrire au ministre de l'intérieur pour le prier de l'autoriser à s'approvisionner dans les départements voisins. Duchâtel-Berthelin et Pecquereau portent à Paris
(1) Décret da 11 août. Arrêté da 31.
(?) Dél. dép. da 21 août. Arch. de l'Aube, L. 31.
(3) Dél. man. du 2 septembre 1793. Arch. de Troyes.