CHAPITRE XXVII
LE MAIRE GACHEZ. - GARNIER A TROYES. - CRÉATION DU (X)MITÉ RÉVOLUTIONNAIRE.
La Révolution, après avoir proscrit le clergé et la noblesse, s'attaqua à la bourgeoisie qui les avait renversés. La richesse devint bientôt un crime comme la naissance et la fidélité aux vœux religieux. Au mois de mars 1793, le Journal du département de VAube dénonçait la caste cent-milliaire^ c'est-à-dire les gens qui avaient plus de cent mille livres de capital. L'aristocratie des manufacturiers et des négociants fut signalée à la haine des patriotes avec non moins de violence que l'ancienne aristocratie. Les révolutionnaires de 1790 sont accusés, en 1793, de modérantisme ; ils ne sont plus au niveau de l'opinion qui les avait portés au pouvoir; ils sont forcés de se retirer devant des hommes nouveaux qu'anime l'ambition de l'autorité et que soulève la faveur populaire. C'est ce qui arrive aux membres de la municipalité de Troyes; ils sont devenus plus modérés que les administrateurs du département et du district; eux seuls ont protesté contre l'incarcération des suspects. Loin
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d'aggraver les rigueurs des lois, ils cherchent à les atténuer. Ainsi, le 1 6 septembre, ils s'empressent d'approuver une demande de la huitième section, qui, sur de nouveaux renseignements, conclut à l'élargissement de dix-sept suspects. Le conseil général de la commune estime qu'il y a lieu de les remettre en liberté, tout en les maintenant en surveillance. Mais le lendemain, une loi plus rigoureuse que les précédentes décrétait l'arrestation de tous les suspects encore libres, et la huitième section était contrainte, le 22, de rapporter sa délibération (1).
Lorsque le décret du 1 7 septembre fut connu à Troyes, il augmenta le découragement de la municipalité. Le maire Zacharie Jacquet, qui appartenait au haut commerce, était également impuissant à empêcher le mal ou à faire le bien. Atteint d'une maladie de poitrine, qui ne lui permettait plus d'exercer des fonctions, où l'activité était plus nécessaire que jamais, il donna sa démission le 1 9 septembre. Le conseil général de la commune refusa de l'accepter, sans un certificat constatant l'état de sa santé, « considérant, disait-il, que nul fonctionnaire ne peut quitter son poste tant que la patrie est en danger. » Il fallut que Jacquet, alors à Pothières, envoyât une attestation signée de deux médecins de Châtillon, pour mettre fin aux hésitations et aux scrupules de la municipalité (2).
Celle-ci était de plus en plus dominée par la
(i) Dél. de la section, du 15 et du 22 septembre, et de la mimicipalité, dn 16. Arch. de Troyes.
(2) Dél. mun. des 21 septembre et 3 octobre 1793.