‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 62 sur 351 · EXÉCUTION DE LA LOI DU 17 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

EXÉCUTION DE LA LOI DU 17 SEPTEMBRE

laire même étaient tenus de lui représenter leurs pouvoirs, « car l'administration regardait comme possible qu'on prît le nom et l'apparence de patriotes dans de mauvaises intentions (1). » Dans les temps troublés, les moindres faits prennent des proportions graves. Le département déférait à l'accusateur public un individu qui avait blessé grièvement de deux coups de sabre un volontaire, en lui disant : <i Vous aimez donc la Constitution et la Révolution? » La commune mandait devant elle plusieurs gendarmes qui s'étaient fait ouvrir deux fois, pendant la nuit, la porte de Saint- Jacques, et leur demandait compte de leur conduite (2). Quelques jours plus tard, le bruit se répandit en ville qu'il existait un complot pour piller et peut-être incendier les propriétés des aristocrates. La municipalité ordonna, le 7 octobre, aux comités de faire des recherches pour découvrir « l'origine d'un dessein, qui n'avait jamais dû entrer dans les sentiments des vrais patriotes (3). » Le lendemain, elle écrivit au comité des Quatrevingt-seize de prendre les mesures nécessaires pour l'exécution de la loi sur l'arrestation de tous les suspects. Les membres du comité se réunirent aussitôt, et prêtèrent le serment solennel de garder un secret absolu sur leurs délibérations, sous peine d'être traités comme traîtres. D'après les ordres qui furent donnés dans la soirée, la garde

(1) Dél. du 14 septembre 1793. Arch. de l'Aube, L. 46.

(2) Lettre du 20 septembre. Id., L. 313. Dél. mun. des 18 et 24 septembre. II était interdit, par un récent arrêté, de sortir de ia vilie après 10 heures du soir, sans être muni d'une carte civique.

(3) Reg. du Gom. de surveillance de la 5** sect. Arch. de l'Aube, L. 53.

nationale fut convoquée à quatre heures du matin, et des visites domiciliaires furent faites, le 9 octobre, au point du jour, dans la ville et dans les faubourgs. Les arrestations eurent lieu d'après les listes dressées par les sections, avec une précipitation telle qu'on négligea la formalité des mandats d'arrêt. Le comité des Quatre-vingt-seize, auquel cette irrégularité fut signalée, décida qu'on la réparererait en faisant signer des mandats d'arrêt collectifs, portant les noms des personnes déjà incarcérées.

Un piquet du deuxième bataillon de la garde nationale, n'ayant pas trouvé chez lui le suspect Labaume, qu'il était chargé d'arrêter, se saisit de sa femme et de son fils. Lorsque Labaume connut l'acte de violence arbitraire qui avait été commis à leur égard, il vint se constituer prisonnier. Le comité, l'ayant appris, prononça l'élargissement de la mère et du fils, sans blâmer d'une manière formelle l'abus d'autorité dont ils avaient été victimes.

La rage de l'arrestation était poussée à un tel point que les révolutionnaires se faisaient quelquefois arrêter les uns les autres. Les agents de la municipalité étaient, sur certains points, en conflit avec les commissaires des sections. Un de ces derniers, nommé Roblin, fut incarcéré par ordre de .l'huissier de police Paris on. Roblin, ayant été relâché, dénonça Parison aux Quatre-vingt-seize. Les Quatre-vingt-seize le firent arrêter à son tour. Mais il arriva que l'innocence de Parison fut reconnue, et que son dénonciateur fut convaincu de l'avoir accusé injustement. En conséquence, le co-

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mité invita Roblin à se rendre à la maison d'arrêt « tant pour engager Parison à sortir, que pour se réconcilier avec lui, et prendre sa place, si celui-ci l'exigeait. » Il ne l'exigea point, et avant la fin de la séance, les deux patriotes réconciliés rentrèrent dans la salle, où ils furent reçus au milieu des plus vifs applaudissements (i).

Il est permis de croire que l'humanité ou l'indiscrétion portèrent quelques membres du comité à trahir le serment qu'ils avaient prêté. Les arrestations furent moins nombreuses qu'on ne pourrait le supposer; elles montèrent à trente environ. Dans la troisième section, sur sept suspects, trois étaient absents. Quelques-uns de ceux qui furent arrêtés, entre autres Fromageot fils, obtinrent de rentrer chez eux, sous la surveillance d'une garde placée à leurs frais. Plusieurs sections mirent en liberté sous caution les suspects, chez qui l'on n'avait rien trouvé de compromettant. Une d'entre elles fut dénoncée pour leur avoir délivré des cartes de civisme. Le représentant Garnier venait d'arriver à Troyes ; il se rendit avec Bouille et Ventrillon au comité des Quatre-vingt-seize, et l'invita à faire dresser une nouvelle liste de suspects, qu'il examinerait à son retour. Il fit prêter à tous les membres le serment « de s'occuper tout à fait de la chose publique, » et ne se retira qu'après avoir reçu du président, au nom de tous les commissaires, « le baiser fraternel (2). »

(1) Registre des|délibératioDs des Quatre-vingt-seize, séances des 8, 9 et 10 octobre 1793.

(2) Dél. des comités de sarv. des 3* et 4* sections. Les eommissaires de

L'intervention de Garnier stimula le zèle des révolutionnaires. Truelle-Chambouzon en fut Tune des premières victimes. Dès le 18 septembre 1793, il avait été dénoncé à la Société populaire par plusieurs membres du comité de subsistances de sa section pour avoir tenu des « propos incendiaires» à deux femmes du quartier. A neuf heures et demie du soir, deux envoyés du club vinrent le chercher dans sa maison, à la tête de quatre cents personnes, et l'entraînèrent à la Société populaire oh il fut violemment accusé par Duperron et Hadot. Truelle fut remis entre les mains du juge de paix de son quartier, qui le laissa en liberté sous la responsabilité de trois de ses amis. Cette tolérance dura peu. Le 18 octobre, il fut définitivement incarcéré comme perturbateur du repos public, sous le prétexte qu'il avait été chassé du district» en 1791, pour cause de dilapidation (1).

Plusieurs sections dressèrent de nouvelles listes de suspects. Guérard-Labrun,Camusat de Riancey, Mitantier père et fils, Noël de Courgerennes, Margery, l'ancien directeur des postes Cam usât, furent du nombre (2). La plus extrême rigueur était recommandée par les représentants. Robin se joignait à Garnier pour stimuler le zèle des citoyens et les engager à faire les arrestations sans scrupules, au nom du Génie de la Liberté. « Le génie de la Liberté nous gouverne en ce moment, écri-

la 3* déclarent qu'ils n ont rien trouvé dans les visites domiciliaires. — D^I. des Quatre-vingt>seixe, du 15 octobre 1793. Le registre du comité cesse le lendemain, ^6* jour du premier mois.

(1) Réclamation de Truelle, etc. Arch. de TAube, L. 1502 et 1433.

[t) Comité de surv. de la 5* sect., du 17 octobre.

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