CONDAMNATION DE PERRIN
On prétendait qu'en deux mois il avait bénéficié sur TEtat de plus de 400,000 liv. Perrin avait été le partisan des Girondins; il fut victime de la haine de leurs adversaires. Le tribunal révolutionnaire, sans examiner ses comptes, sans constater qu'ils attestaient une avance envers TEtat de plus de 62,000 liv., le condamna, le 19 octobre, à six heures d'exposition et à douze ans de galères (1). Une gravure du temps (2) nous montre ce malheureux député, assis sur un échafaud, attaché à un poteau, exposé aux regards du public, au milieu de la place de la Révolution, où la tête de Marie- Antoinette était tombée quelques jours auparavant. Pendant qu'il était exposé, l'armée révolutionnaire défila devant lui, et il n'y eut pas un seul des individus qui la composaient qui ne lui crachât lâchement au visage (3). Perrin fut conduit au bagne de Toulon, où il mourut bientôt sous le poids de l'ignominieux traitement qu'on lui fit subir. Justice éclatante fut rendue plus tard à sa mémoire par la Convention (4), et ses contemporains attribuèrent sa condamnation à une basse vengeance de ses ennemis politiques.
Parmi ses juges se trouvait David Delisle, l'un des suppléants des députés de l'Aube. Il fut accusé plus tard d'avoir contribué à la condamnation
(i) L*ordre d'exécution du jugement, signé par Fouquier-Tinville, est conservé à la bibliothèque de Troyes, manusc. n° 2413.
(2) Révolutions de Paris, de Prudhomme, n" 212.
(3) Discours de Pierret à la Convention. Moniteur.
(4) La Convention, le 17 fructidor an m, annula, sur le rapport de Girot-Pouzol, le jugement qui avait condamné Perrin, et fit payer à sa veuve son indemnité de député.depuis le jour de son arrestation. Moniteur,
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de Perrin pour occuper son siège à la Convention (i).
Ce fut au milieu de la terreur répandue parmi les royalistes par l'exécution de la reine, parmi les négociants et les républicains modérés par la condamnation de Perrin, que Gâchez entra en fonctions. Pour assurer le triomphe des principes démagogiques, qu'il représentait, il allait trouver des auxiliaires, non-seulement dans les membres les plus ardents de la Société populaire, mais aussi dans le conventionnel Gamier.
De tous les députés de l'Aube, Gamier était le plus violent dans son langage et dans ses doctrines. Lorsqu'il avait été nommé, le huitième sur neuf, par l'assemblée électorale tenue à Nogent, le président de cette assemblée, tout en applaudissant au choix qui venait d'être fait, déclara qu'il tremblerait pour lui-même, si le nouvel élu poussait jusqu'à leurs dernières conséquences ses sentiments sur l'égalité. Gamier avait répondu qu'on avait donné à ses idées plus d'extension qu'elles ne devaient en avoir, et qu'il forcerait bientôt, par sa conduite, ses détracteurs à l'admirer (2). Il réussit plus facilement à se faire craindre par eux. Nous avons vu quelles mesures il suscita, pendant la mission qu'il remplit avec Turreau, dans les départements de l'Yonne et de l'Aube. La veille du jour où Perrin fut décrété d'accusation, Gamier
(1) David Deiisie, dans le procès-verbal de l'Assemblée électorale de PAube (Arch., L. 1595), n'est désigné que sous le nom de Delisle.
(2) Proc. verb. de l'Assemblée électorale de 1792. Arch. de l'Aube, L. 1595.