‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 72 sur 351 · ARRÊTÉ DE LA COMMUNE · texte numérisé non relu

ARRÊTÉ DE LA COMMUNE

chargés de les en « faire déguerpir; » on leur permit cependant d'emporter leur mobilier particulier. Le conseil général de la commune chargeait en même temps l'ancien oratorien Bouille de rédiger une pétition pour obtenir la destruction de tous les signes extérieurs « qui entretiennent les préjugés religieux (1). » Quelques jours plus tard, la commune, enhardie parTexemple de Paris, s'empressa d'appliquer la loi de la Convention qui ordonnait de célébrer les fêtes des décades; elle supprima le repos du dimanche, invita les marchands à fermer les boutiques les jours de décades, et décida que ces jours seraient « consacrés au brûlement successif de tous les papiers et titres féodaux rappelant les signes du despotisme sous lesquels les Français avaient si longtemps gémi. » La commune alla plus loin; « considérant, dit-elle, que l'ostensibilité des signes n'ajoute rien à l'eflScace salubrité des secours que les catholiques attendent de la seule réalité, » elle défendit aux prêtres « d'exercer leurs fonctions en dehors de l'enceinte des temples et de sortir vêtus d'aucuns habits ou autres marques distinctives de leur caractère; » elle interdit de tendre les maisons des morts, d'exposer leur cercueil devant leur porte, d'annoncer les services funèbres au son des cloches, d'accompagner les convois et les enterrements des cérémonies du culte (2). La haine de la religion allait jusqu'à priver les familles de leurs dernières consolations.

(1) Le 3 brumaire. Arch. de l'Aube, V. 4024. Dél. mun. du 8 et du 9.

(2) Arrêté du 21 brumaire. Journal du Département du 23.

C'était le prélude de nouvelles confiscations. Le département prescrivit l'inventaire de tous les objets précieux et des meubles se trouvant dans les églises; et comme on s'efTorçaitdejustifierles actes les plus iniques par des raisonnements philosophiques, on dépouillait les églises, parce que, disait-on, « la matière des objets qui servent au culte est indiflFérente à la religion qu^on pratique et au Dieu qu'on adore (1). » Quelques escrocs profitèrent de l'exécution de ces mesures pour devancer les agents de l'administration et se faire remettre les vases sacrés dont on devait dépouiller les églises. Le département fut obligé de prévenir les officiers municipaux pour les mettre en garde contre les démarches de ces spoliateurs sans mandat (2).

L'un des premiers actes de Rousselin,le jour de son arrivée, fut de faire prendre par le comité révolutionnaire un arrêté pour la remise des objets précieux qui se trouvaient dans les églises. Il somma le lendemain le citoyen Sibille, qu'il ne désignait que sous le nom de curé de la ci-devant cathédrale, d'ouvrir au commissaire du comité « tous les lieux où étaient les objets, tant en or qu'en argent, et autres ustensiles du culte, » sous peine d'être regardé et poursuivi comme suspect (3).

(t) Lorsque Louvois voulut, en 1690, faire convertir en es[)èce8 Targenterie des églises, il disait a que Ton éviterait par ce moyen plusieurs sacrilèges qui arrivent souvent dans les églises par Tespérance qu*ont les voleurs qui y entrent d'y trouver de l'angt^nterie. » G. Rousset, Histoire de Louvois, iv, p. 378. En 1759, Louis XV, comme Louis XIV, provoqua la fonte de leur argenterie; mais il ne s'agissait que de l'argenterie superflue, et Ton ne demandait que des dons volontaires.

(2) Arrêté du Département du 22 brumaire, imp.

(3) Arrêté du 25 brumaire. Précis. Ordre dn 26 . Une copie, remplie de fautes grossières d'orthographe, a été conservée.

Page 1