‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 73 sur 351 · ROUSSELIN A SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

ROUSSELIN A SAINT-PIERRE

Il restait à supprimer le culte dont on prenait les ornements, à fermer les églises qu'on dépouillait. Rousselin y procéda sans hésiter. Assuré de Tappui de la Société populaire et du comité révolutionnaire, il fit convoquer au son du tambour le peuple à Saint-Pierre, monta dans la chaire oii le commissaire Hion avait déji\ harangué la foule, et attaqua avec la plus grande violence le fanatisme, dont il fit voir « la mo.;struosité. » Surexcités par sa parole déclamatoire, les assistants crièrent à plusieurs reprises : Plus de prêtres I plus de prêtres! Nous n'en voulons plus. Rousselin alors leur demanda : Toutes les églises doivent-elles être fermées, le culte catholique aboli, les prêtres supprimés et renvoyés? Presque toutes les mains se levèrent pour Taffirmative. On vit alors un triste .spectacle. Plusieurs prêtres, applaudissant à la décision qui les frappait, déclarèrent que « le temps était venu de désabuser le peuple du fanatisme et de la superstition où il croupissait depuis longtemps, » renoncèrent à leurs fonctions, et abdiquèrent leur caractère sacerdotal pour ne professer à l'avenir d'autre culte que celui de la raison, de la liberté et de l'égalité (1). Ce fut le président du département, Raverat, qui prit l'initiative de cette apostasie (2). Parmi ceux qui l'imitèrent se trouvaient Dupuy, Ride, Bourdon, Pointel, ex-curé de Massey, les curés de Villette et de S.-Pouange,

(1) Extrait des délibérât, de la Société des amis de la liberté et de V égalité... y imp. de 2 p. Lettre de Rousselin du 25 brumaire. Notes manuscrites communiquées par M. PigeoUe. 8,000 pjrsonnes se seraient, dit-on, réunies à Saint-Pierre. Questionnaire. Arch. de l'Aube, L. 1591.

(2) Séance du département du 25 brumaire. Arch. de TAube, L. 13.

136 FKRMETDRE DES ÉGLISES.

elle fameux Lejeune, curé de Clérey, qui, dès le 2 décembre 1 792, avait demandé que si les citoyens d'une paroisse voulaient se passer du culte extérieur, leur ministre fût congédié avec une pension égale aux deux tiers de son traitement (1).

Fort de l'adhésion de la foule rassemblée à Saint-Pierre et de Tappui des prêtres qui reniaient leur foi, Rousselin publia un arrêté pour ordonner que « les maisons nationales, connues précédemment sous le nom d'églises, seraient fermées, » et qu'elles ne pourraient être ouvertes gratuitement à aucun culte particulier. Elles devaient être consacrées au culte universel de la liberté, que l'on célébrerait les jours de décades, et dont les ministres seraient « les pères de famille, bons citoyens, qui auraient donné leurs enfants à l'éducation nationale et les vieillards sans-culottes. » Il motivait la proclamation de ce nouveau culte sur l'opportunité de « mettre silencieusement en pratique les vérités qui n'existeraient point, si elles se trouvaient réduites à une théorie chimérique (2). )> C'était en émettant des aphorismes aussi obscurs, c'était, d'un autre côté, en invoquant la liberté universelle de tous les cultes (3), qu'on portait

(t) Adresse à la Convention nationale sur la liberté des cultes. — Sainton, in-S" de 12 p.

(2) Arrêté du 28 brumaire. Rapport de Rousselin. Journal du Département du 4 frimaire. Cet arrêté, ainsi que la lettre du 25, sont reproduits dans la Feuille du Salut public (n*** 143 et 146) dont Rousselin était le rédacteur.

(3) On avait une singulière manière de comprendre alors la liberté des cultes. On lit en effet dans un règlement de Lequinio aux dtoyens de la Vendée :

Art. 1*'. — Afin que la liberté des cultes existe dans toute sa plénitude,

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