ORDRE DE DRESSER LA GUILLOTINE
mœurs étaient loin d'être irréprochables, s'applaudit de ces sortes de réjouissances, et osa les transformer en innocente fête. « Le peuple réjoui, dit-il dans son rapport au comité de salut public, a dansé dans le temple, et cette joie pure et simple a purifié le temple du mensonge et de l'erreur. »
C'est avec un accent de triomphe que Rousselin annonçait au comité le résultat de ses efforts. « On se battait encore, il y a quelque temps à Troyes, écrivit-il, pour le nombre d'églises et de prêtres; on pensait aux chasubles, aux mitres, et la patrie était oubliée. J'ai rappelé la patrie ; à sa voix, la commune de Troyes s'est déprêtrisée, et les prêtres supprimés à jamais. Cette action mérite à la commune de Troyes la faveur que je vous demande en son nom, la permission d'organiser une commission révolutionnaire qui mette en activité la guillotine, oisive en ce pays... (1) » Singulière demande, qu'on prendrait pour une sanglante ironie, si elle émanait d'un adversaire du régime de la Terreur. Rousselin veut remplacer les prêtres par le bourreau, et sur les ruines de la religion détruite, la suprême ambition de cet ennemi du fanatisme est d'élever la guillotine I
Le jour même où il prescrit la fermeture des églises, Rousselin expédie à l'accusateur public Sevestre l'ordre de faire dresser une guillotine sur la place ci-devant Saint-Pierre, et de « lui dénoncer le premier chef d'attroupement fanatique, sous prétexte d'approvisionnement et autres choses, pour le faire juger prévôtalement et en dernier
(l) Rapport de Rousselin, p. t3.