‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 80 sur 351 · NOMINATION DES JURÉS · texte numérisé non relu

NOMINATION DES JURÉS

des aristocrates de Troyes, la découvrit, la fit glisser dans une de ses poches, et déclara, après avoir feuilleté toutes les pièces du carton, qu'il ne Tavait pas trouvée. L'archiviste, interpellé, vérifia le carton, et fit d'autres recherches, qui naturellement furent infructueuses. Courtois se retira, très-mécontent en apparence, et lorsque les députés du comité vinrent lui demander le résultat de ses démarches, il leur manifesta le regret de n'avoir pu satisfaire à leur désir, malgré trois heures de recherches obstinées (1). Cet acte d'humanité, qu'il ne put accomplir qu'au moyen d'un subterfuge, témoigne en faveur des sentiments d'humanité de Courtois, et lui attira plus tard la reconnaissance de ses concitovens.

Tandis qu'on sollicitait la création d'un tribunal révolutionnaire, Rousselin nomma, avec le concours de la Société populaire, les jurés qui devaient envoyer à la mort les suspects. Gâchez fut du nombre; il promit que le sort des accusés serait bientôt décidé; le chef des jurés prêta, dit-on, le serment qu'il n'en échapperait pas un seul, et en attendant l'entrée en fonctions de la commission révolutionnaire, on discuta sur l'emplacement où l'on guillotinerait le médecin Gillet, alors incarcéré (2). Mais le président de la commission, désigné par Rousselin, écrivit au comité de salut public pour réclamer contre la mission dont on voulait le charger. Aussi, malgré la pétition de la Société populaire, malgré l'appui que donna à cette

(U Note manuscrite sur 'Courtois, communiquée par M. L. Pigeotte. Ç.) Adresse d'Augustin Guélon le jeune.,., p. 4.

pétition le directoire du département (1), aucun tribunal spécial ne fut autorisé, et la guillotine, tout en restant en permanence, ne fonctionna pas. Rousselin dissimula mal sa colère, et Ton prétend qu'il s'écria à la tribune de la Société populaire, que si l'on n'avait pas la satisfaction de voir jouer la guillotine à Troyes, le comité de salut public lui avait promis de renvoyer aux Troyens les têtes des suppliciés dans des paniers (2).

Mais, si la guillotine resta oisive, Rousselin eut du moins la satisfaction de remplir les prisons d'un plus grand nombre de suspects. Dès le lendemain de son arrivée, il écrivit aux huit comités de surveillance, pour les inviter à recueillir dans le jour môme tous les renseignements qu'ils pourraient avoir sur les modérés, les royalistes, les accapareurs et les ci-devant nobles de la commune et des environs. Il leur enjoignit de mettre « promptitude exacte à cette recherche d'hommes suspects, car sans cela ils seraient eux-mêmes suspects à ses yeux (3). » De nouvelles listes furent dressées; de nouvelles arrestations eurent lieu. Parmi ceux qui en furent victimes se trouvaient Corps-Dessain, le médecin Bouquot, le procureur Millard (4), le notaire Brocard, ancien président du district. Lerouge-Collinet, et deux personnes qui n'apparte-

(1) Dél. du 15 frimaire. Arch. de TAube, L. 13.

(2) Compte-rendu d'Albert, p. 7. Hist. du Terrorisme, pp. 8 et 9. - Guélon attribue ce propos à Gâchez, dans sa dénonciation. Ârch. nationales.

(3) Lettre du 26 brumaire. Arch. de l'Aube, L. 1509.

(4) Millard, incarcéré, obtint l'autorisation dé défendre, comme avocat, les accusés au tribunal criminel.

naient pas aux classes supérieures : Sourdat, concierge de la Chambre littéraire, où se réunissaient les aristocrates (1), et la citoyenne Sainte-Marie, femme exaltée, compromettant les idées républicaines par ses discours extravagants, et qui avait pris le nom de Cornélie (2). Un vieillard de 82 ans, presque aveugle, Héroult de la Clôture, fut arraché de son domicile à deux heures du matin, traîné au corps-de-garde, et conduit au Grand-Séminaire. Il était si âgé et si infirme qu'il obtint de se faire soigner chez lui, sous la surveillance d'un gardien (3).

L'incarcération de Lerouge donna lieu à un incident curieux. Un jeune homme de vingt-deux ans, nommé Blavoyer, se présenta au comité de surveillance de la première section, en se disant commis de Rousselin, et chercha à justifier Lerouge. Les membres du comité s'en étonnèrent; ils se rendirent chez Rousselin, qui déclara que Blavoyer n'était pas son commis et qu'il ne lui avait donné aucun pouvoir. On s'informa, et l'on reconnut que la démarche de ce jeune homme était inspirée par l'affection qu'il portait à la fille du détenu. Il ne paraît pas avoir été arrêté pour une ruse, dont l'amour était le mobile, et l'humanité l'excuse (4).

Quelques arrestations eurent lieu par l'ordre du

(1) Elle est qualifiée de club monarchien» dans le précis des opérations du comité.

(2) En outre, Odin, notaire, Paquet, papetier, Vincent, Mocqueris. 25 et 26 brumaire. Registre d*écrou. Arch. deTAube. L. 571.

(3) Arch. de TAube, L. 1489.

(4) Reg. du comité de surv. de la 1" section. Arch. deTAube, L. 1509.

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comité, à qui ron donna, pendant quelques jours, le nom de tribunal révolutionnaire (1); d'autres sont faites au nom du peuple souverain. Augustin Guélon fut arrêté momentanément. Parmi ceux qui ont été incarcérés à cette époque, nous remarquons Charles Valois, descendant d'un fils naturel de Henri II, Du Buisson, ex-garde-du-corps, et plusieurs curés et fonctionnaires du département.

Depuis le mois d'octobre, les suspects avaient été transférés au Grand-Séminaire. Les bâtiments de l'Oratoire étant insuffisants, on avait donné l'ordre de mettre en état l'ancienne abbaye de Notre- Dame-en-l'Isle, située à l'extrémité de la ville, d'en supprimer les portes inutiles, d'en élargir les fossés et de les garnir de palissades (2). On y établit aussi deux infirmeries, pour ôter tout prétexte aux suspects malades ou infirmes de demander à rentrer chez eux pour se faire soigner.

De nombreuses réclamations étaient adressées journellement par les détenus. Le 24 novembre, le comité décida qu'il ne recevrait plus de pétitions pour les laisser sortir. Le 29, il arrêta qu'il serait fait une nouvelle liste des suspects d'aristocratie et de modérantisme, que l'on incarcérerait les uns, et que l'on donnerait aux autres des cartes rouges. Cette mesure, qui créait une troisième catégorie de suspects, fut regardée comme illégale et inique, même par les partisans du régime de la Terreur. Il en fut de même de l'arrêté, qui fut pris par le comité, le 8 décembre (18 frimaire). La Société

(1) Le 4 et le 7 frimaire. Registre d'écrou.

(2) Arrêté du département du 25 septembre. Areh. de l'Aube, L. 15.

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