TAXE SUR LES RICHES
Aussi, pour frapper les riches égoïstes et les accapareurs, qu'il qualifie d'ennemis les plus cruels du peuple, pour indemniser les sans-culottes de leurs peines et de leurs sueurs, pour faire arriver ce qu'il appelait le règne de la justice nationale, Rousselin résolut de lever une taxe sur les riches et sur les accapareurs. Ce fut, de concert avec le comité révolutionnaire, qu'il en arrêta l'exécution et en détermina le mode de perception (1); il se garda bien de consulter les sections; elles auraient pu protester contre une mesure aussi vexatoire ; il leur interdit même de se rassembler pour en délibérer. Le 22 novembre, il publia l'arrêté qui ordonnait de payer, dans les vingt-quatre heures, une taxe dont le montant devait être déterminé par le comité, en le basant sur le degré de malveillance et d'aristocratie des individus qui y seraient sujets (2).
Le département avait déjà été appelé à participer à l'emprunt forcé d'un milliard décrété le 3 septembre. Selon le conseil général, cet emprunt avait pour but d'atteindre les égoïstes mauvais calculateurs, « Point de discours, écrivit-il aux municipalités, agissez I que l'or du riche tombe sur-lechamp dans le trésor national (3). » Malgré les invitations et les menaces officielles, le recouvrement de l'emprunt était lent. La commune de Troyes avait dû nommer des commissaires vérificateurs pour indiquer les riches qui devaient être inscrits
(1) Séance du 27 brumaire. — Précis des opérations du comité.
(2) Arrêté du 2 frimaire, reproduit dans l'^t^^. du Terrorisme, p. 61, et en partie dans le Rapport de Rousselin .
(3) Proclamation du 3 brumaire.