VIR. BON. COL. FVLVIA CVRVBIS DD. PP
En continuant de marcher au sudouest, on arrive, cinq lieues (20 kilomètres) plus loin, aux ruines de l’ancienne Neapolis, qui paraît avoir été autrefois une grande ville, mais dont la mer, aussi destructive qu’à Curubis,^ a emporté la meilleure partie.
La portion des ruines de Neapolis qui subsiste encore offrirait à l’investigateur qui aurait le temps de se livrer à cette recherche un grand nombre d’inscriptions qu’on aperçoit entaillées sur de grandes pierres longues d’environ six pieds (2 mètres ), sur trois (1 mètre) de largeur; mais, par malheur, elles sont tellement effacées, ou encroûtées de mortier et recouvertes, soit de débris, soit de terre , qu’il serait difficile de les explorer, et peut-être impossible de les déchiffrer.
Le plus remarquable des fragments antiques que j’ai pu apercevoir est un bloc de marbre blanc, encore debout au bord d’un ruisseau qui traverse ces ruines : sur ce bloc est sculpté un basrelief représentant un loup , qui m’a semblé d’un assez bon travail.
La ville moderne de Nabal, dont le nom est dérivé de Neapolis, et qui a succédé à cette ancienne cité , n’a pas été construite sur le même emplacement :
la crainte des invasions de la mer, qui avaient1 détruit la vieille ville, aura sans doute déterminé les fondateurs de la nouvelle à la transporter plus avant dans l’intérieur des terres, dans un fond défendu par une espèce de levée naturelle, à environ un mille du rivage et de l’ancienne Neapolis.
Au reste, Nabal est maintenant une ville florissante , renommée par l’industrie de ses habitants, et surtout fameuse par ses fabriques de poterie.
Après avoir quitté Nabal, on a à suivre pendant deux lieues environ (9 kilomètres) un chemin difficile et raboteux , mais délicieusement ombragé par de magnifiques oliviers : on parvient
ainsi à Hamâmèt' , que quelques-uns ont cru être l’ancienne ville d 'Adrumetum , position que la plupart des géographes s’accordent au contraire à regarder comme identique avec celle de Herklah, reculée un peu plus loin à l’est.
Ce qui vient à l’appui de cette dernière opinion, c’est que Léon l’Africain (1),
(i) Le géographe que nous connaissons sous le nom de Léon l’Africain était Maure de naissance, et professa longtemps la religion musulmane. U était né; d’une famille distinguée à Grenade dans les dernières années du quinzième siècle de notre ère, et porta alors le nom de Hassan-ben-Mohammed êl-Fdssy.
Quand sa patrie , dernier boulevard de la puissance des Maures en Espagne , fut assiégée en 1491 , ses parents l’emmenèrent encore enfant en Afrique, et lui firent donner une éducation soignée à Fez, alors la métropole des sciences dans cette contrée.
Il n’avait que seize ans quand il suivit son oncle dans une mission que lui avait donnée le roi de Fez pour le roi de Tombut ( Tembouctou ) : ce voyage dura quatre années, et fut suivi dè plusieurs autres dans l’Afrique septentrionale, qu’il parcourut souvent comme chargé des affaires de différents princes.
Il traversa l’Atlas, le grand désert du Salira, visita l’Égypte , l’Arabie , la Perse , la Tartarie, l’Arménie , la Syrie : après avoir fait un autre voyage de Fez à Constantinople, il venait de visiter l’Égypte de nouveau , lorsqu’en retournant dans sa patrie le vaisseau qui le portait fut pris par des corsaires chré-. tiens, près de l’ile de Djerby, sur la côte de Tripoli.
Devenu esclave , il fut amené à Rome et donné' en présent au pape Léon X : ce pontife, ami des lettres, n’eut pas plus tôt reconnu dans l’esclave arabe un savant distingué, qu’il l’accueillit avec une faveur particulière, et lui accorda une forte pension : bientôt après il le fit instruire dans la religion chrétienne, le fit baptiser, fut lui-même son parrain , et lui donna ses deux noms, Jean -Léon.
Le nouveau converti fixason séjour à Rome, y apprit l’italien et le latin, et y ouvrit un cours de langue arabe ; mais la mort de Léon X mit un terme à cette honorable existence : négligé par les successeurs de ce pontife, Léon l'Africain se décida à retourner en Barbarie, à y abjurer le christianisme, et à y professer de nouveau la religion mahométane.
Dès lors il vécut retiré à Tunis , au milieu de ses compatriotes et de ses coréligionn aires ; mais aucun renseignement ne nous apprend en quelle année il y est mort ; tout ce que
3e Livraison. (Tunis.)
34 L’UNIVERS
dont le témoignage ne peut manquer d’avoir le plus grand poids, nous représente la fondation de Hamâmét comme antérieure seulement de quelques années à l’époque à laquelle il écrivait sa Des cription de V Afrique : il ajoute que les premiers habitants de la nouvelle ville étaient pauvres et misérables, et il paraît même que cette cité n’est devenue florissante que vers la fin du dix-septième siècle de notre ère.
Quoi qu’il en soit, Hamâmét n’est maintenant qu’une ville peu considéra- , ble ; mais elle est opulente, et agréablement située sur une langue de terre peu élevée qui s’avance dans la mer en forme de cap.
S’il faut en croire les habitan ts, le nom que porte cette ville arabe lui aurait été donné à cause de la quantité innombrable de pigeons sauvages (1) qui peuplent les creux des rochers dans les montagnes voisines, et qui viennent s’abattre par nuées sur les minarets des mosquées et sur les terrasses les plus élevées des principaux édifices de la ville.
Les maisons de Hamâmét sont en général bien bâties , ainsi que les édifices publics , dont la construction paraît ne pas manquer d’élégance : les colonnes et les blocs de marbre qui les décorent, comme aussi plusieurs autres restes d’antiquités qu’on y retrouve en plus d’un endroit, paraissent y avoir été apportés de Qassr-êz-Zéyt , et par conséquent ne peuvent fournir aucune preuve incontestable de l’identité de la moderne Hamâmét et de l’antique Adrumetum .
Parmi les inscriptions qu’on rencontre à Hamâmét, je citerai les deux sui-
nous savons, c’est qu’il était parvenu à un âge très-avancé, continuellement livré à l’étude et à la composition d’un grand nombre d’ouvrages, dont la plus grande partie ne nous est pas parvenue. L’un des plus utiles et des plus importants de ceux que nous connaissons est sa Description de V Afrique , qu’il avait composée d’abord en arabe, à Rome, et qu’il y traduisit ensuite lui-même en italien et en latin. ( J. J. M.)
(i) Le mot arabe hâmâméh (au pluriel hamâm ) signifie pigeons sauvages. Il faut prendre garde de ne pas confondre ce mot avec celui de Hammam (pluriel hammdmyn ), qui signifie des tains chauds , des eaux thermales .
vantes, qui toutes deux ont bien évidemment été apportées de Qassr-êz- Zéyt. Voici la première , qui est entière et non mutilée :
VICTORIAE
ARMENICAE PARTHICAE
MEDICAE AVGVSTORVM A.