‹ Histoire de TunisChapitre 3 sur 79 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

« Il y a une infinité d’erreurs poli»

« tiques qui, une fois adoptées, devien- « nent des principes. »

Raynal.

Les impressions favorables que j’avais conservées de mon voyage en Égypte, un attrait naturel que j’éprouvais pour les voyages et l’instruction qui en résulte , le prix que j'attachais à une vie isolée , loin du fracas de la vie européenne, l’analogie enfin qui me paraissait s’établir entre ce pays, qui le premier m’avait révélé l’Orient*, et les côtes de la Barbarie, tels furent les principaux motifsqui medéterminèrent à me rendre à Tunis et à y faire un assez long séjour.

Ce qui m’engagea alors encore plus à faire ce voyage, c’est qu’on m’assurait que les Européens, et surtout les Français, étaient plus respectés dans cette ville qu’cn aucune autre échelle des régions barbaresques, et que surtout le titre de médecin m’y garantissait plus particulièrement un accueil favorable.

Convaincu qu’on ne juge bien un pays qu’autant qu’on s’est préalablement instruit de ce qui le concerne sous tous les rapports, je travaillai dès lors à me procurer tout ce qui avait pu être écrit au sujet de cette partie de la Barbarie; mais quel fut mon étonnement de ne trouver qu’un seul voyageur , le docteur Shaw, qui s’en fût occupé avec quelque étendue (2).

(1) Cette Description sera divisée en deux parties :1a première est entièrement l’ouvrage de Louis Frank; la seconde partie, contenant les documents historiques que lui-même dans ses lettres m’invitait à y joindre, a été entièrement rédigée par moi. ( J. J. M. )

(2) Yoyages deM. Shaw, D. M., dans plusieurs provinces delà Barbarie et du Levant,

contenant des observations géographiques , physiques, philologiques, etc.; LaHaye , 1743,

2 vol. in-40.

Son ouvrage , dont l’édition anglaise fut publiée en 1737, ne donne cependant que de faibles détails sur Tunis , et ce fut en vain que je cherchai à me procurer d’autres notions, plus satisfaisantes : mais je fus bientôt convaincu qu’un pays si voisin de la France, et si intéressant pour son commerce, n’était guère connu que de nom. Je commençai alors à comprendre pourquoi les idées qu’on en a en Europe sont si vagues et si insignifiantes.

Dans ce manque total de renseignements antérieurs, à peine étais-je arrivé à Tunis, que je m’empressai de recueillir des notes sur tous les objets qui frappèrent mes regards, et je ne cessai de me livrer à cette consciencieuse investigation, pendant tout le temps que j’y séjournai , dans mes deux voyages successifs sur cette terre inexplorée.

Ce sont ces notes que j’offre aujourd’hui au public, et j’ai pensé qu’elles pouvaient intéresser, non-seulement les curieux, mais encore les commerçants , les navigateurs , et peut-être aussi1 2 * 4 notre gouvernement lui-même (3).

Le lecteur serait trompé dans son attente s’il espérait trouver ici des descriptions riantes et poétiques, des digressions théoriques ou anecdotiques, qui pourraient amuser un moment son esprit, et le délasser en quelque sorte de l’ennui que fait souvent éprouver un écrit d’une nature sérieuse : je crois devoir l’avertir que je n’ai cherché, dans ce tableau de Tunis, qu’à être vrai et utile ; et si cet opuscule consciencieux obtient quelque approbation du public,

(3) Cet intérêt, si incontestable d’ailleurs, s’accroît encore , pour nous, par les circonstances où nous place la conquête de l’Algérie, et surtout par les relations amicales maintenant établies entre la France et Tunis, relations dont la visite en France duBey de cette Régence nous donne un gage éclatant et une démonstration riche d’avenir. (J. J. M.)

L’UNIVERS

ce n’est que sous ce rapport qu’il pourra espérer de la mériter.

Il y a plus : c’est que je dois avouer que ce n’est ici qu’un itinéraire, esquissé dans l’intention d’engager quelque savant voyageur qui aura l’occasion et le temps d’entreprendre des recherches plus approfondies, à perfectionner, par un nouveau travail, celui que je n’ai pu qu’ébaucher moi-même.

Les connaissances humaines en général ne pourraient que gagner, sans doute, à acquérir des notions aussi précises qu’étendues , sur une contrée qui offre de toutes parts une récolte aussi intéressante que variée; l’histoire, la géographie, l’histoire naturelle, l’archéologie, la politique, l’industrie, l’étude des mœurs , des idiomes , des croyances, etc., telle est la riche moisson promise par les côtes barbaresques.

Je ne terminerai pas ce préambule sans solliciter l’indulgence du public pour ce travail, qu’il s’apercevra peut-être avoir été rédigé dans une langue qui ne m’est pas entièrement familière.

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