MESURES DE LONGUEUR
Les mesures en général , soit de longueur, soit de capacité, portent le nom de qyâs.
Il existe à Tunis trois différentes mesures linéaires ou de longueur, et on les comprend toutes les trois sous la double dénomination de deraa (coudée ), qui signifie en même temps le bras, ou plus exactement Y avant-bras, et de pyk, nom d’origine grecque, dérivé de celui de 7rwo<; (coudée).
Les règles dont on se sert pour dé»
terminer les mesures des coudées sont faites ordinairement de fer om de oui*
TUNIS
vre, quelquefois même de bois pour les plus pauvres débitants; mais toutes en général et surtout celles qui sont employées à Tunis pour le mesurage des grosses toiles et autres étoffes communes, sont d’une exécution tellement grossière , et d’une graduation si peu exacte, qu’on ne peut que difficilement parvenir à une appréciation précise de leur longueur totale, et du rapport corrélatif que devraient avoir entre eux les points de leur division, de manière à établir un échantillon régulier qui puisse servir d’étalon unique et légal.
Pour cela Userait nécessaire de faire la comparaison entre elles de la plupart de ces règles, et d’en fixer le résultat moyen, en éliminant celles qui pèchent soit en plus , soit en moins ; et il est à remarquer que ces dernières forment généralement le plus grand nombre.
Chaque règle porte seize divisions, qui devraient être égales; mais il est rare que la plupart se coordonnent régulièrement entre elles; on remarque même généralement que les deux divisions qui terminent de part et d’autre chaque extrémité de la mesure sont plus longues que les divisions intérieures, et cet excès est trop considérable pour pouvoir être attribué au hasard ou a la maladresse ou à la négligence de l’ouvrier qui a établi ces mesures : il paraîtrait plutôt que cet excès est introduit à dessein, et qu’il est toléré par le gouvernement comme nécessaire aux besoins du commerce de detail.
Quoi qu’il en soit de ces imperfections et de ces inexactitudes, les trois mesures de longueur usitées à Tunis Sbnt les suivantes :
1° Deraa-êl-hendâzéh , nommé aussi py k-hendazéh , qui équivaut à 673 millimètres de nos mesures décimales; cette coudée sert à mesurer les draps et les étoffes de laine.
2° Deraaét-tourky (coudée turke), qui correspond à 637 millimètres de nos mesures métriques. Cette coudée sert à mesurer les étoffes de soie ou de fil. On donne aussi à cette coudee le nom de pyft-tourky, et souvent même elle est designée par le nom seul de pyk , sans épithète.
3° Cnfin, deraa-ël-araby (coudée érabe ), dont la valeur en mesures déci¬
males est seulement de 488 millimètres, et sert à mesurer les toiles et les étoffes de coton : cette coudée, qui porte aussi le nom de pyk-araby ou pyk-beledy ( coudée du pays), est aussi désignée fort souvent par l’appellation de deraa, sans aucune épithète.
Cette coudée arabe paraît être identique avec celle qui fut autrefois employée par les astronomes du khalyfe^/- Mamoun; car en supposant cinquantesept milles arabes au degré terrestre qu’ils mesurèrent, et en attribuant quatre mille coudées à chacun de ces milles, on trouve avec une différence très-minime la coudée arabe de Tunis pour résultat de la ebudée qu’ils ont du employer dans leurs calculs astronomiques.
En effet, cette valeur de la coudée arabe donne pour celle du mille 1,949 mètres ou justement 1,000 toises de nos anciennes mesures; ainsi la coudée arabe se trouve être avec la toise dans la proportion de 14 à 15, avec le pied ancien comme 3 est à 2 , et avec le mètre , presque exactement comme 1 est à 2; rapports utiles pour simplifier les calculs du commercent doutant plus importants à remarquer que l’emploi de la coudée arabe ne se borne pas seulement à Tunis, et que son usage est général sur toutes les côtes barbaresques, à Tripoli, à Alger, et même dans l’empire de Marok, où l’on ne se sert d’aucune mesure turke.
On ne doit pas s’étonner de voir conservées ainsi jusqu’à nos jours parmi ces peuples les mesures du temps du khalyfat; la posit on géographique de ces contrées, l’isolement des Orientaux dans leurs croyances, leurs mœurs, leurs usages, font véritablement de cette population un peuple monumental , chez lequel tout se conserve et se transmet de siècle en siècle : lois, coutumes, habillements, mesures , et toutes les choses de la vie, qui sont si variables dans notre Europe, sont stables dans l’Orient, et à l’abri de tout caprice de mode et de changement. Ainsi on trouve encore aujourd’hui sur les côtes barbaresques les lois, les habitudes, les costumes et les préjugés qu’y ont introduits les Arabes à l’époque de leur première invasion et de leur conquête.
Quoique j’aie donné le rapport des
trois coudees tunisiennes avec les me2'
L’UNIVERS
sures métriques, j’ai cru qu’il ne serait peut-être pas désagréable au lecteur de trouver ici le rapport de ces trois espèces de coudées avec l’ancienne aune de Paris.
Cent coudées hendâzéh équivalent à 56 aunes et 61 centièmes;
Cent coudées turkes, à 53 aunes et 60 centièmes ;
Cent coudées arabes , à 41 aunes et 9 centièmes ;
Cent anciennes aunes de Paris équivalent à 176 coudées hendâzéh et 64 centièmes; à 186 coudées turkes et 57 centièmes; à 243 coudées arabes et 38 centièmes.
Il y a encore deux autres mesures de longueur qui sont quelquefois employées à Tunis, et dont l’usage remonte incontestablement à la plus haute antiquité chez les peuples orientaux.
La première de ces mesures est celle du chebr (l’empan ou palme); mais cette mesure est plutôt approximative que rigoureusement applicable.
Huit empans forment une canne , que l’on évalue ordinairement à la toise ancienne ou à environ deux mètres : la mesure de la canne paraît, au reste, avoir été introduite à Tunis parle commerce de Provence.
Une autre mesure également assez en vogue , et sans détermination bien précise , est celle de la hauteur d’homme : cette mesure porte le nom de qâméh; c’est celle que la plupart de nos voyageurs traduisent le plus ordinairement par toise, ce qui peut occasionner habituellement une erreur d’environ un sixième dans leurs calculs.