CHAPITRE XV
Mohammed-Bey; — Aly-Bey; — rupture avec la France ; — arrivée d’une escadre française; — bombardement de Porto- Farina et de Bizerte, de Soussah, de Monastyr; — envoi d’un qapydjy-bâchy de Constantinople ; — négociations ; — traité de paix; — ambassade en France.
La restauration de la dynastie de Hassan-ben- Aly s’était ainsi heureusement terminée, le 6 du mois de Dou-l - Hadgéh de l’an 1169 de l’hégire ( 31 août 1756 de notre ère ), et le meurtre de ce malheureux prince avait trouvé dans ses fils de justes vengeurs.
Le nouveau souverain de Tunis était un jeune prince d’un caractère doux et facile, et sa restauration sur le trône tunisien semblait promettre à la Régence de cicatriser les plaies profondes que depuis un grand nombre d’années elle avait reçues de tant de guerres et de révolutions successives : malheureusement ce prince mourut le 14 du mois de Djemâdy-él-Tâny de l’an 1172 de l’hégire ( 1 1 février de l’an 1759 de notre ère), après deux ans et demi seulement de règne , ne laissant pour lui succéder que deux fils en bas âge , Mahmoud- Bey (4) et Ismayl-Bey.
Le frère de Mohammed-Bey , nommé Aly-Bey, second fils de Hassan-ben -
tantîna, qu’elle a porté dans le moyen âge. C’est l’ancienne Cirta , résidence des rois de Nnmidie; elle avait aussi été appelée Sittianorum Colonia, du nom d’un partisan nommé Sittius , dont César tira de grands services d^ans la guerre d’Afrique.
(4) Mahmoud-Bey parvint plus tard au trône de Tunis, l’an i23o de l’hégire (18x4 de l’ère chrétienne).
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Aly, monta donc alors sur le trône le jour même de la mort de son frère, sous promesse de le restituer à l’aîné de ses neveux dès qu’il aurait atteint l’âge nécessaire pour prendre les rênes du gouvernement ; mais l’attrait irrésistible du pouvoir souverain et le désir de perpétuer ce pouvoir dans sa propre descendance persuadèrent bientôt à Aly-Bey de violer ses promesses solennelles : ainsi, loin.de songer à les accomplir, il mit tout en usage pour tenir ses neveux à l’ombre, et pour mettre en évidence son propre fils Hamoudâh : il lui donna en conséquence le commandement général des troupes de la Régence, et sollicita pour lui auprès de la Porte-Ottomane le titre de Pachâ : pour obtenir cette faveur du gouvernement de Constantinople, il employa habilement l’entremise et l’influence des ambassadeurs européens, qu’il avait su mettre dans ses intérêts.
C’est ainsi qu 'Aly-Bey parvint à assurer d’avance à son fils Hamoudah- Pachâ le respect et les suffrages de ses futurs sujets, et ce jeune prince réussit tellement à se rendre maître de l’esprit de ses cousins mêmes , qu’à la mort de son père, arrivée, ainsi que nous le verrons ci-après, le 13 du mois de Diemadyél-Tâny de l’an 1196 de l’hégire (26 mai 1782 de notre ère), après un règne de ving-trois ans, ces légitimes héritiers du trône furent les premiers à lui rendre hommage comme Bey souverain de Tunis , et se résignèrent d’euxmêmes à une condition privée, renonçant volontairement à toute prétention ultérieure au trône de la Régence , où les appelaient leurs droits méconnus d’hérédité et les promesses formelles de leur oncle.
Sous aucun règne précédent l’Etat tunisien n’avait encore joui d’une tranquillité intérieure aussi parfaite que pendant les onze premières années du règne d 'Aly-Bey, lorsqu’en l’année 1770 de notre ère( 1184 de l’hégire ) ce prince vit sontrôneexposé aux plus grands dangers par l’imprudence qu’il eut d'exciter contre lui la colère de la France, avec laquelle jusque-là il avait vécu sur le pied de la meilleure intelligence.
Plusieurs causes concoururent à appeler les armes de Louis XV contre Tu nis> qui semblait avoir entièrement
oublié les châtiments infligés, moins d’un siècle auparavant, par Louis XIV à l’audace des puissances barbaresques.
La première cause de cette rupture entre la France et Tunis tirait son origine de l’incorporation de l’île de Corse aux provinces du royaume de France, consentie par la république de Gênes, et sanctionnée par un édit de Louis XF, rendu le 15 août 1768.
La Corse avait constamment depuis le moyen âge appartenu aux Génois; mais ils avaient eu presque toujours à lutter contre l’esprit d’indépendance des habitants de cette île, et la dernière insurrection, en 1734 et 1735 avait été tellement sanglante et terrible, qu’elle avait forcé la république à réclamer les secours de la France : les troupes françaises firent rentrer l’île sous l’obéissance de Gênes; mais leur départ permit bientôt à la révolte, qui reconnut pour chef Paschal Paoli , de relever une tête plus menaçante : appelées de nouveau par la république, les troupes françaises, commandées par M. de Maillebôis occupèrent, en 1763, les villes et les places du littoral; mais les Corses, réfugiés dans leurs montagnes , se refusaient à toute espèce de soumission , et paraissaient même disposés à appeler les Anglais à leur secours : ce fut alors que le ministre Choiseul, craignant de voir cette île tomber comme celle de Mayorque et comme Gibraltar au pouvoir de l’Angleterre, traita avec les Génois pour la cession à la France d’un domaine dont la possession leur était à charge, et qui leur causait sans cesse des embarras et des dépenses sans aucune utilité réelle. Paoli, chef de l’insurrection corse, lutta encore pendant un an contre les Français, ainsi qu’il l’avait fait contre les Génois; mais la vigueur avec laquelle il fut poursuivi le contraignit enfin à abandonner la Corse, et sa fuite assura la soumission entière de cette île.
Avant l’occupation des Français Gênes et l’île de Corse étaient avec le Bey de Tunis dans un état hostile; aussi, pendant la guerre qu’y soutinrent les Français, le cabinet de Versailles avait cru devoir demander au Bey, avec lequel la France était en paix , des patentes pour servir de sauvegarde contre les corsaires tunisiens, aux bâti-
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ments employés au transport des vivres et munitions que l’armée française était obligée de tirer du continent": ces patentes avaient été délivrées sans difficulté; mais ellesfurent jugées superflues lorsque la Corse fut déclarée partie intégrante de la France , les navires corses, devenus ainsi navires français , devant dès lors participer à toutes les franchises de la marine française.
Cependant, 5 cette époque, des vaisseaux de guerre tunisiens, armés en course, rencontrèrent des bâtiments corses non pourvus de patentes tunisiennes ; les navires corses furent aussitôt capturés , et les gens de l’équipage mis aux fers. Un envoyé du ministère français vint bientôt à Tunis protester contre cette prise, et réclamer la restitution des bâtiments, ainsi que la liberté des équipages jetés dans les bagnes , alléguant que les Corses étaient devenus sujets du roi de France, c’est-à-dire d’une puissance amie, et avaient cessé d’être sujets de la république de Gênes, avec laquelle Tunis avait continué d’être en guerre.
Non-seulement Aly-Bey repoussa ces réclamations , mais il refusa même de conférer davantage avec l’envoyé français, qui , forcé de quitter Tunis , alla à Versailles faire partager au ministère son indignation et son ressentiment :
la guerre contre le Bey de Tunis fut décidée d’autant plus volontiers que deux motifs venaient encore se joindre au premier pour engager la France à une rupture.
Voici le premier de ces deux motifs :
La pêche du corail est plus abondante sur les côtes septentrionales de l’Afrique, que sur les autres points de la Méditerranée : les Génois avaient fondé pour cette pêche un établissement dans l’île de Tabarkah (1), située à trentehuit lieues ( 152 kilomètres) à l’ouest de Tunis. Cette pêche leur produisait des profits considérables, et ils en jouissaient en toute sécurité moyennant une faible redevance qu’ils payaient au souverain de Tunis ; mais cet établissement avait passé entre les mains de la compagnie fondée en France sous le titre de Compagnie d’Afrique : à l’époque où Tunis
' (i) Voyez ci-dessus, p. a2.
était en guerre avec la France la pêcherie de Tabarkah avait été détruite par Aly- Pachâ, et tous les Chrétiens qui l’habitaient avaient été réduits en esclavage.
Dès lors Tabarkah n’eut plus de pêcherie de corail', dont le privilège ne fut conservé que par les habitants de la Calle (2). Lorsque la paix eut été rétablie entre la Régence et la France, celle-ci demanda au Bey la concession du droit de pêcher le corail dans les eaux de Tunis ; les bateaux corailleurs devaient en partant de la Calle stationner soit à Tabarkah , soit à Bizerte ; et cette concession pour deux années, fixées par un traité, moyennant un droit fixe à payer au gouvernement tunisien, pouvait être renouvelée ou cesser d’avoir lieu à l’expiration du terme , suivant que le gouvernement français en manifesterait l’intention. La pèche s’établit; mais à l’expiration des deux années Aly-Bey, contrairement aux stipulations formelles du traité, annula la concession , et déclara la pêche du corail désormais interdite aux bateaux de la Calle : ce fut en vain que les Français réclamèrent le droit authentique qu’ils avaient seuls, de prorogation ou de renonciation au privilège de la pêcherie, et les bateaux qui, forts de leur droit, osèrent se présenter à Tabarkah ou à Bizerte furent immédiatement capturés.
Enfin, un troisième motif accéléra le commencement des hostilités.
Un vaisseau de guerre tunisien, armé en course, commandé par un Rays (3) nommé Souleymân-êl- Djerby , rencontra en mer un navire de commerce français , il en fit venir le capitaine à son bord, en exigea des vivres au delà de ses besoins, et s’empara même de force d’une partie des provisions. Le capitaine français, qui avait voulu réclamer contre cot abus de la force, avait été maltraité par le Rays et cruellement battu : ses doléances, portées par lui devant l’Ami-
(2) La Calle est une petite ville située entre Tabarkah et Bône . elle était occupée par une population presque toute française, dont les habitants payaient un droit fixe et annuel aux souverains de Tunis et à ceux d’Alger.
(3) On donne ce titre aux capitaines des bâtiments soit de la marine militaire, soit de la marine marchande.
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rauté de France, décidèrent le départ de l’expédition, dont les préparatifs avaient été tenus secrets jusque alors, pour ne pas laisser le temps au gouvernement tunisien d’apprêter sa défense.
Le jeudi 28 du mois de Moharem de l’an 1184 de l’hégire (23 mai 1770) trois gros vaisseaux français vinrent jeter l’ancre devant la Goulette, et envoyèrent chercher le consul de France à Tunis; en même temps tous les bâtiments du commerce françaisqui se trouvaientdans le portde.Tunis quittèrent ce mouillage pour aller se rallier aux trois vaisseaux de guerre ; et dès lors les Tunisiens ne purent plus douter dès intentions hostiles de l’escadre française.
Cette rupture inattendue avec la France inquiéta d’autant plus Aly-Bey, qu’iL venait d’apprendre la victoire que les Russes avaient remportée (1) sur le sultan Moustafâ (2).
Les trois vaisseaux de guerre français n’étaient que l’avant-garde de forces plus imposantes, qui devaient les re- | joindre ; ils se contentèrent donc de tenir en état de blocus pendant vingtcinq jours le fort de la Goulette et l’entrée du canal. Ledimanche 27 du mois de j Safar 1184 de l’hégire (21 juin 1770) le reste de l’escadre arriva devant Tunis: cette division navale, commandée par le j comte de Broves , se composait de seize bâtiments, savoir : deux vaisseaux de guerre, l’un de 74, l’autre de 50 canons, deux frégates chacune de 26 canons, une grosse barque armée de 18 canons, deux chebeks chacun de 20 canons, deux galiotes à bombes, une flûte , et, de plus, d’autres navires armés fournis par la marine de Malte.
Les vaisseaux français ne firent aucun
(1) Bataille gagnée sur les bords du Prouth par le maréchal Romanzof.
(2) Le sultan Moustafd-ben-Ahmed fut le vingt-sixième sultan de la dynastie ottomane ; il est désigné par nos historiens sous le nom de Moustafd IIIe du nom. Ce prince, fils de Ahmed- ben-Mohammed ( Ahmed III), succéda à son cousin Othmân- ben-Moustafd (Otlimân III), l’an 1171 de l’hégire ( 1757 de l’ère chrétienne, et, après un règne de dix-sept ans environ, laissa, l’an 1187 de l’hégire xi774 de notre ère), le trône de Constantinople à son frère Abdêl-Hamyd-ben- Ahmed.
13e Livraison. (Tunis.)
mouvement pendant deux jours; puis le chef de l’escadre fit passer au Bey une dépêche portant les réclamations suivantes :
1° La participation de la Corse aux avantages des traités conclus antérieurement entre la France et Tunis;
2° La restitution par le gouvernement tunisien de tous les bâtiments et de tous les esclaves pris par le Bey ou ses sujets sur la Corse depuis sa réunion à la France;
3° La restitution des esclaves corses capturés avant que la Corse fût devenue française ;
4° La continuation du privilège pour les pêcheries de corail ;
5° La réinstallationd’un établissement français tel qu’il existait précédemment à Tamekart (3) , petite ville située sur le cap Negro , entre Mie de Tabarhah et Bizerte ;
6° La punition du Ray s tunisien Souleymân-él- Djerby , pour son attentat envers un sujet français;
7° Enfin le remboursement de tous les frais qu’avait occasionnés à la France son armement contre Tunis.
La dépêche ajoutait que si le gouvernement tunisien n’obtempérait pas à ces demandes , les hostilités commenceraient; et le chef d’escadre accordait trente heures pour que le Bey pût réfléchir et lui rendre une réponse; ce délai expiré, devait commencer immédiatement le bombardement.
La réponse d 'Aly-Bey fut remise au terme prescrit; mais elle était vague, cvasive et ne décidant aucun des points de la demande. Le chef d’escadre se décida alors à laisser seulement devant la Goulette les trois vaisseaux qui en avaient commencé le blocus, et avec le reste del’escadre il alla bombarder Porto- Farina et Bizerte . Le bombardement de Porto-Farina dura deux jours entiers ; celui de Bizerte commença le mercredi 1 0 Raby-êl-Tâny 1 185 de l'hégire ( août 1770) , et dura un jour et une nuit ; plus de 300 bombes furent lancées sur la ville, et des brûlots allèrent porter l’incendie dans son port. Les habitants, épouvantés, abandonnèrent la ville pour aller
(3) Cet établissement avait été fondé à la fin du dix-septième siècle.
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se réfugier avec leurs femmes et leurs enfants dansl’intérieur des terres, à l’abri des projectiles incendiaires dont l’escadre française ne cessait d’écraser leurs maisons/ déjà presque entièrement détruites.
Un violent coup de vent força l’escadre française de quitter le 4 août le mouillage devant Bizerte, pour venir reprendre celui de la Goulette : deux jours après (le 6 août) elle appareilla de nouveau, et se dirigea vers le sud-est : elle vint, le 13 août (mardi 21 de Rabyêl-Tâny, jeter l’ancre devant Soussah, dont elle commença le bombardement dès le lendemain : la population se hâta de fuir, et la ville, déserte, fut seule exposée au feu des Français, qui lancèrent sur Soussah plus de mille projectiles.
Après avoir fait subir le même sort au port de Monastyr , l’escadre vint à la fin d’août reprendre son mouillage devant la Goulette .
Les hostilités duraient ainsi depuis plus de trois mois, sans que le Bey annonçât plus de propension à céder, et sans'que je chef d’escadre se désistât des conditions qu’il avait imposées; rien ne semblait donc présager un terme prochain à cet état de choses, lorsqu’il arriva à Tunis un Qapydjy-Bachy de Constantinople : cet envoyé extraordinaire de la Porte-Ottomane avait profité, pour aborder les côtes delà Régence, de l’absence de l’escadre française, occupée alors, dans l’est , aux” bombardements de Soussah et de Monastyr :
le but de sa mission était de demander à Aly-Bey un contingent d’hommes et de vaisseaux pour aider le Sultan à se défendre contre les Russes, qui le pressaient vivement.
Voyant que la position du Bey luimême le mettait dans l’impossibilité absolue de satisfaire à cette demande et le contraignait de réserver toutes ses forces pour sa propre défense, le Qapydjy-Bâchy prit le parti de se rembarquer pour retourner à Constantinople, persuadé que s’il rencontrait l’escadre française en mer, il aurait une sauvegarde suffisante dans son titre d’envoyé du Sultan , avec lequel la France était alors en bonne intelligence.
En effet, en revenant à son mouillage de la Goulette , l’escadçe française ren¬
contra le navire du Qapydjy-Bâchy, que le commandant fit venir à son bord et avec lequel il s’entretint des affaires
de Tunis.
Le Qapydjy-Bâchy , après avoir témoigné ses craintes qu’une telle attaque contre un vassal de la Porte-Ottomane ne fût capable d’amener une rupture entre la France et le sultan, s’offrit pour être l’intermédiaire d’une négociation qui pût rétablir la paix entre les Tunisiens et les Français ; cette offre fut acceptée par le chefd’escadre , et l’envoye ottoman retourna à Tunis, accompagné de M. Barthélemy deSaizieUj consul de France dans cette résidence, et de quelques officiers de la marine française, chargés de renouveler les sept demandes qu’avait formulées le chef d’escadre dans sa dépêche préliminaire.
Aly-Bey donna son adhésion aux deux premières réclamations, dont il reconnut la justice ; il repoussa la troisième , la quatrième et la cinquième ; promit de faire examiner la conduite de Sou leymanét- Djerby^ qu’il assurait être en fuite et qu’il ferait punir, si ce Ray s était reconnu coupable ; mais il se refusa absolument au remboursement des frais d’une guerre qu’il assurait lui avoir été injustement intentée , et pour laquelle il prétendait, au contraire, avoir lui-même le droit de réclamer des indemnités.
Cependant un armistice fut accordé par M. de Broves; des conférences continuèrent d’avoir lieu , et enfin la paix fut conclue le 2 septembre sur les bases suivantes :
1° La Corse fut assimilée à la France pour toutes les franchises et les privilèges qu’assuraient aux Français les traités antérieurs ;
2° Les esclaves corses faits depuis l’incorporation de la Corse à la France devaient seuls être immédiatement rendus par le gouvernement tunisien : les Lâtiments corses pris sous pavillon français devaient être restitués, ou remplacés par une juste indemnité;
3° La jouissance de la pêche dq corail était prorogée pour cinq années ; elle devait être exécutée par douze bateaux coraiileurs de la Galle , et le Bey s’obligeait à indemniser la Compagnie d’A-
TUJNIS.
frique du dommage qu'elle avait reçu par l'interruption de cette jouissance;
4° La Compagnie d’Afrique obtenait le privilège d’exporter de la Régence, sans être assujettie à aucun droit, trois mille nâ/yz (I) de blé;
5° La France renonçait à ses prétenlions sur la restauration de l’établissement de Tamekart ;
6° La France devait faire au Bey de Tunis les présents consacrés par l’usage à la conclusion de chaque traite de paix ;
7° L’indemnité pour frais delà guerre devait être réglée a Versailles par un ambassadeur que le Dey y enverrait prochainement ;
8° Les hautes parties contractantes déclaraient que parla signature de ces articles étaient rétablies dans toutes leurs teneurs les stipulations et conventions réciproques contenues dans les traités de paix et de commerce antérieurement conclus, notamment ceux dj 1720 et de 1742, pour recevoir désormais leur plein et entier effet comme avant les hostilités.
A près la signature de ces conventions l’escadre appareilla, et revint en France. Quelque temps après Aly-Bey envoya à Versailles, pour recevoir la ratification du traité, une ambassade de plusieurs membres du Divan, à la tête desquels il plaça Ibrahym-Khodjah , secrétaire général de cette assemblée : l’ambassade rapporta de riches présents pour le Bey ; et dès lors la bonne intelligence fut entièrement rétablie entre Tunis et la France.
Sorti ainsi heureusement de cette crise fatale, Aly-Bey vit la plus grande tranquillité établie dans ses États pendant tout le reste de son règne : les douze années qui s’écoulèrent depuis l’époque de ce traité jusqu’à la fin de sa v?e ne furent troublées par aucune agitation intestine, par aucune tentative de révolution ; et les princes qui auraient pu avoir quelque intérêt à essayer de le remplarer sur le trône, où il s’etait assis au mépris de leurs droits, paraissaient avoir trop à se louer du sort qu’il leur avait fait pour vouloir s’engager contre lui dans des entreprises hasardeuses et incertaines.
(i) Voyez sur cette mesure de capacité, ci-dessus, page 88.
La meilleure intelligence continua à régner entre ce prince et la France , et nous en trouvons la preuve dans une lettre écrite, le 15 juillet 1778, par M. de Sartine , alors ministre de la marine, et adressée aux amirautés des ports de la Méditerranée (2) à l’époque où la France était en guerre avec l’Angleterre.