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CHAPITRE XVIII

Othmâu-Bey; — Mahmoud-Pacha ; — Sydy- Housséyn-Bey ; — Moustafâ-Bey; — Sydy- Ahmed-PachâBey, maintenant régnant ; — description de son sceau; — ses réformes; sa tendance vers la civilisation européenne; — érection de la chapelle consacrée à saint Louis; — collège Européen.

Hamoudah-Pachà eut pour successeur son frère Othmân-Bey , fils, comme lui, d’Aly-Bey, ce prince prit possession de l’autorité souveraine le lendemain de la mort de son frère, c’est-àdire le jour même de la fêted 'êl-Fettar de l’an 1229 de l’hégire (15 septembre 1814 de notre ère) ; mais son règne, plus court que celui d’aucun de ses prédécesseurs, comprit à peine trois mois entiers dans sa durée éphémère (2). Quatre-vingtseize jours après son avènement, il quittait à Ja fois et le trône et la vie , et le 8 du mois de Moharrem de l’an 1230 de l’hégire (20 décembre 1814 de notre ère ) il était massacré avec ses en-

Le diamant. ( elmâs ) n’est pas moins utile contre l’épilepsie , les maux d’estomac et la colique.

La turquoise ( fyvouzéh ) fortifié la vue, guérit les ophthalmies et lés piqûres de scorpion.

La cornaline ( aqycj ) calme la colère, arrête les hémorragies, guérit les maux dé dents ; elle préservé de la mauvaise fortune , est un gage de bonheur constant et de prolongation de la vie.

L’hématite {trtaghnâitys} calme les douleurs de la goutte, facilite raceouchement, détruit l’action des poisons.

Le jade ( yechm ) garantit de la foudre et des mauvais rêves.

Enfin la gemme appelée œil de chat ( aynel-hor ) préserve de l’influence des mauvais regards et met à l’abri des coups du sort ; bien plus, dans un combat elle rend celui qui la porte invisible aux yeux de son adversaire ; etc.

(2) Trois mois et six jours.

TUNIS

fants, abandonnant par ce meurtre le suprême pouvoir à son cousin Mahmoud , fils de Mohammed-Bey, et l’aîné des deux princes que l’usurpation de leur oncle Aly-Bey avait écartés du trône.

De toute la famille d ' Othmân- Bey il n’y eut d’epargné que les deux plus jeunes de ses enfants, qui , assure-t-on , vivent encore , et qui sont renfermés dans une prison avec leur mère.

Avec Othmân-Bey s’est éteinte la branche collatérale descendant d’ Aly- Bey , et le pouvoir suprême est rentré dans la branche aînée des descendants A'Aly-ét-Turky.

Le jour même du meurtre d’ Othmân, Mahmoud, .qui prit le titre de Pacha, s’était empare du trône de Tunis ; son ambition, longtemps dissimulée, était parvenue au but de ses désirs ; mais sa jouissance se borna a neuf années trois mois et dix jours, et il mourut le 28 du mois de Redjeb de l’an 1239 de l’hégire ( 30 mars 1824 de l’ère chrétienne).

Il laissa le trône de Tunis à son fils, Sydy- Housséyn-Bey , qui fut reconnu | pour souverain le jour même de la mort de son père.

Ce prince régnait depuis dix années à Tunis, lorsqu’une catastrophe qu’on était bien loin de prévoir est venue soudainement changer la position des puissances barbaresques et préparer à l’Afrique septentrionale un nouvel avenir : cet événement fut l’outrage qu’osa se permettre envers la Ffance le Dêy d’Alger Housséyn-Pachâ, et la vengeance qu’en tira cette puissance en le renversant de son trône et en faisant la conquête de ses États.

La Régence de Tunis s’était bien gardée de prêter le moindre secours à celle qui s’était montrée constamment sa rivale et son ennemie ; le Bey s’était même empressé d assurer sa position auprès des vainqueurs, en souscrivant à un traité conclu avec M. Mathieu de Lesseps, consul général, le 8 août 1830, et dont, entre autres conditions, l’article 2 abolissait pour toujours dans les États tunisiens la course des pirates et l’esclavage des Chrétiens (1).

(r) Voyez, sur cet esclavage, ci-dessus le chapitre XVIII de la première partie, dans lequel le docteur Frank raconte les détails révoltants

On assure d’ailleurs que ce prince, qui régna sur la Régence pendant onze années et deux mois, y parut suivre, dans sa politique et son administration, la marche sagement progressive dont Ha moudah-Pachâ avait légué l’exemple à ses successeurs.

Sydy- Housséyn-Bey mourut le 29 du mois d e Moharrem de l’an 1251 de l’hégire (26 mai 1835 de notre ère).

Sa mort fit passer la souveraineté de la Régence entre les mains de son frère , Moustafà-Bey , qui en prit possession le lendemain de la mort de son frère, c’est-à-dire le 30 du mois de Moharrem ( 27 mai), et qui, après avoir régné seulement près de deux ans et demi (2), par sa mort, arrivée le 10 du mois de Redjeb de l’an 1253 de l’hégire (11 octobre 1837), transmit le trône de Tunis à son fils Sydy - Ahmed- Bey , maintenant régnant.

Ce prince a été proclamé souverain de la Régence le jour même de la mort de son père, et dès le commencement de son règne il a obtenu de la Porte - Ottomane la dignité de Pachâ, dont le titre avait déjà été accordé par le Divan de Constantinople à plusieurs de ses prédécesseurs.

Depuis qu’il a reçu cette faveur, il a changé son nom ô?Ahmed-Bey en celui d ' Ahmed-Pachâ-Bey, ainsi qu’on peut le remarquer dans l’empreinte de son sceau, que le lecteur verra peutêtre ici avec, plaisir :

On lit en effet dans le cartouche que forme le cercle intérieur de ce sceau les

dont il fut lui-même témoin pendant son séjour à Tunis.

(2) Deux ans cinq mois et sept jours.

L’UNIVERS

mots suivants, tracés en caractères arabes, remarquables par leur élégance :

A*bd-ho Ahmed-Pachà-Beyk (1).

Ce titre de Pachâ ne lui avait pourtant pas été concédé par la Porte-Ottomane aussitôt après son avènement au trône de Tunis ; les premiers rapports du gouvernement de Constantinople avec lui s’étaient montrés malveillants , et le Divan avait témoigné son mécontentement des innovations que le nouveau prince commençait à introduire dans ses États.

En \ 838 une expédition partit de Constantinople, sous les ordres de Tàhir-Pa cliâ, et se présenta dans les eaux de Tunis, afin de rétablir la domination turke et de détrôner le Bey . Grâce à l’attitude ferme du gouvernement français , qui , prévenu à temps , envoya sur les lieux les amiraux Lalande et Gallois pour s’opposer au débarquement de Tahir- Pachâ , cette expédition échoua complètement, et l’amiral turk fit exécuter à Tripoli ce qu’il n’avait pu faire à Tunis.

Ce fut alors que le titre de Pachâ fut accordé au Bey par le Divan , comme un témoignage authentique des dispositions pacifiques du sultan à son égard.

Ce prince a paru, dès son avènement au trône tunisien, plus porté encore que ses prédécesseurs à introduire parmi ses peuples les bienfaits de la civilisation européenne , et chaque jour de son administrationa été marqué par une amélioration nouvelle; voulant s’associer autant que le lui permettaient les mœurs de ses sujets aux efforts que les puissances chrétiennes tentaient pour l’abolition de l’esclavage, il avait fait un

(i) Le mot d’bd-ho, qui commence cette légende , signifie latéralement le serviteur de Lui, et est employé habituellement par les Arabes comme synonyme de l’expression Abd- Aflah (le serviteur de Dieu ).

En effet, dans le langage mystique des Musulmans le mot HOU (nui) est regardé comme un des principaux noms de Dieu, signifiant ainsi l’Être par excellence, celui qui est : ce nom paraît correspondre au nom divin de Jéhovah, usité chez les Hébreux, et dont le Hou des Arabes est peut-être dérivé.

Ce mot sacré, fortement articulé du fond de la poitrine, forme le cri que poussent en chœur les derviches en tournoyant frénétiquement dans leurs danses mystiques.

pas vers ce but en interdisant absolument dans ses États la vente à l’enchère des esclaves, et avait fait fermer le marché où se faisait publiquement cet odieux trafic (2). Dédaignant les préjugés du vulgaire des Musulmans contre les Chrétiens , non-seulement il a accueilli et favorisé les Européens dans ses États, mais il y a appelé des officiers français pour discipliner ses milices et les former à la tactique européenne (3) ; il a même confié à des ingénieurs français l’exécution d’une grande carte générale de toutes les provinces de la Régence (4).

C’est à l’affection particulière professée par Ahmed -Pachâ- Bey pour la France que nous devons l’autorisation donnée par ce prince pour l’érection d’une chapelle consacrée à saint Louis, au milieu des ruines de cette Carthage illustrée par les derniers exploits et la mort du saint roi : cette autorisation est d’autant plus remarquable , qu’elle enfreint de la manière la plus frappante les usages de ces contrées et les préjugés qui y sont enracinés depuis tant de siècles par les traditions musulmanes.

En effet, quoique l’exercice de la religion chrétienne n’y soit point interdit , et que l’existence des chapelles et autres lieux consacrés au culte chrétien y soit autorisée , cependant l’érection de tout

(2) Voyez ci-dessus le chapitre 'KVII de la première partie, dans lequel le docteur Frank donne les détails les plus circonstanciés sur ce marché et sur les ventes qui y avaient lieu journellement.

(3) Le Bey s’occupe avec un soin tout particulier de son armée, dont il regarde la création comme son œuvre favorite : ses troupes régulières montent déjà à vingt mille hommes disciplinés et formés à la tactique européenne.

Les officiers français qui avaient été chargés par notre gouvernement, sur la demande du Bey, d’aider le prince de leurs lumières dans l’organisation de son armée, étaient en 1845 le colonel d’infanterie Lavelaine, le lieutenantcolonel d’artillerie Lecorbeiller, et le chef de bataillon Gillard.

(4) Cette belle carte a été dressée et publiée en 1841, au dépôt général de la guerre, sous la direction de M. le général Pelet, d’après les observations et les reconnaissances de M. Falbe, capitaine de vaisseau danois, de M. Pricot-Sainte-Marie, capitaine d’état-major, et d’après les renseignements recueillis par eux.

Trais.

nouvel édifice de cette espèce y est sévèrement prohibée, et les permissions n’ont jusqu’à présent été jamais accordées que pour la réparation des édifices déjà existants. Bien plus, Ahmed-Pachâ- Bey a refusé de vendre le terrain destiné à la construction de cette nouvelle chapelle , et a voulu en faire un don gratuit à la France.

Ce monument, édifié par l’ordre et aux frais du roi Louis-Philippe, à la mémoire de son illustre aïeul , et comme un complément lointain du magnifique musée historique de Versailles, occupe au centre même des ruines de Carthage le sommet de la colline où fut assise autrefois l’antique citadelle de Byrsa : la chapelle est entièrement isolée de toute habitation ; et la solitude de ce monument ajoute encore à la majesté des souvenirs qu’il consacre. On ne voit autour de la modeste enceinte qui le forme que quelques misérables tentes de poil de chameau, où quelques bergers nomades cherchent un asile contre les ardeurs du soleil africain.

On doit féliciter l’architecte (!) d’avoir, dans la construction de ce monument à la fois français et barbaresque, su fondre quelques détails de l’art arabe dans les formes de l’architecture gothique.

Dans le jardin qui entoure la chapelle ont été disposées çà et là quelques belles colonnes trouvées dans les fouilles nécessitées par la construction : on v remarque aussi un beau torse d’une statue en marbre, une élégante mosaïque qu’on a ingénieusement placée au fond d’un bassin d’eau limpide, dont le cristal fait vivement ressortir les couleurs diverses dont les dessins sont diaprés.

Enfin, la même enceinte renferme des dépendances où un logement a été préparé pour l’abbé Bourgade (2), aumônier de la chapelle.

(1) La construction de cette chapelle a été dirigée par M. Jourdain, l’un de nos architectes les plus recommandables par leur goût et leurs connaissances.

(2) Auteur d’un ouvrage conçu dans les vues les plus utiles, publié par souscription, en 1847, chez MM. Firmin Didot frères, sous le titre de Soirées de Carthage, et dont le produit doit être consacré à augmenter les ressources de l’hôpital de Tunis ainsi que du collège Européen.

Mais ce digne chapelain fait sa résidence la plus habituelle dans la ville ; car il partage ses soins entre le sanctuaire qu’il est chargé de desservir et le soulagement des pauvres chrétiens, pour lesquels son zèle évangélique a su créer à Tunis un hôpital avec les seules ressources de la charité.

Un autre établissement, que la Régence tunisienne doit également à la sollicitude patriotique et éclairée de M. l’abbé Bourgade , et qui est en même temps une des preuves les plus remarquables du penchant que ne cesse de témoigner Ahmed-Pachâ-Bey pour la France , ainsi que de son constant désir de propager dans ses États la civilisation et les institutions de l’Europe, c’est \ecollége Européen, créé à Tunis sous la direction de zélés et savants missionnaires.

Dans ce collège, véritable gymnase de régénération, sont admis à participer aux bienfaits d’une instruction salutaire, non-seulement les enfants des chrétiens établis dans la Régence, mais encore ceux des populations musulmane et juive; ils y reçoivent ensemble, avec l’enseignement de la langue française et des autres idiomes principaux de l’Europe , les premiers éléments des sciences les plus utiles à la société humaine.

Ahmed-Pachâ-Bey paraît avoir compris toute l’importance qu’aura pour l’amélioration de ses peuples cet établissement salutaire ; il ne s’est pas contenté d’autoriser sa création , mais il a voulu en mainte circonstance témoigner son approbation à cette entreprise, et il s’est empressé de lui accorder tous les encouragements qui ont été sollicités auprès de son gouvernement.

C’est déjà un progrès bien remarquable que cette fusion dans une même réunion scolastique et dans une communauté d’enseignement des enfants musulmans avec ceux des Chrétiens, jadis objet de leur antipathie, et surtout avec ceux des Juifs, jusque alors véritables parias de l’Orient, à peine regardés par

L’auteur de cet ouvrage emploie les connaissances qu’il a acquises de la langue arabe et de fci religion musulmane à essayer de convertir par le raisonnement et la cilation des phrases mêmes du Koran les sectateurs de l’islamisme à la religion chrétienne.

L’UNIVERS

les Musulmans comme appartenant à l’espèce humaine; et on peut certainement calculer d’avance quelle haute influence aura cette institution par la suite, même d§ns un avenir peu éloigné, sur la civilisation future des populations barbaresques , et sur la propagation des lumières de notre Europe dans ces contrées, qui s’enorgueillissaient autrefois à juste titre d’être la patrie des saint Cy - 'prieri , des saint Augustin , parmi les Chrétiens; des êbn Khaledoun (1), des Léon V Africain (2), parmi les Arabes, et de tant d’autres savants illustres ; mais qui depuis plusieurs siècles n’ont plus été fameuses que par l’ignorance la plus abjecte et la plus infâme piraterie (3).

(1) Le nom de ce célèbre historien arabe est un de ceux qui ont le plus souvent retenti, depuis quelques années, dans le monde savant ; et les manuscrits que possèdent maintenant de ses ouvrages plusieurs bibliothèques de l’Europe ont pu nous convaincre qu’il n’y avait rien d’exagéré dans les éloges que lui ont donnés les Orientaux.

Son nom entier est Oualy-êd-dyn-abou- Zeyd-Abd-êr-Rahman : on ne sait d’où lui vient le surnom à'Ebn-Kha/edoun, sous lequel il est généralement connu ; il naquit à Tunis, l’an 732 de l’hégire ( x332 de notre ère). Après avoir étudié dans sa patrie auprès des hommes les plus savants de son temps, il s’attacha au général Mohammed-ben-Tafarken, gouverneur de Tunis ; puis il passa au service des souverains de Fez et d’autres princes d’Afrique.

L’an 784 de l’hégire ( 1 385 de l’ère chrétienne) il quitta tout à fait cette contrée pour passer à Alexandrie, et de là au Kaire, où il fixa sa résidence; il y fut nommé gaand Qâddy des Malekites par le sultan mamlouk Barqouq. Destitué plusieurs fois, par suite d’intrigues, mais rétabli chaque fois avec honneur dans cette place éminente, il suivit en Syrie Faradj, successeur de Barqouq , qui allait s’opposer aux progrès de Tamerlan. Quoique accueilli de la manière la plus favorable par le conquérant mogol, qui voulait l’attacher à sa cour, Ebn- Khaledoun revint au Kaire, où il mourut dans les derniers jours de Ramaddân de l’an 808 de l’hégire ( 1406 de notre ère ), âgé de soixante seize ans et vingt-cinq jours.

(2) Voyez sur cet illustre géographe la note 1, page 33 , ci-dessus.

(3) L’utilité du collège de Tunis paraît avoir été appréciée par notre gouvernement et avoir excité son intérêt ; les journaux du mois de

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