‹ Histoire de Tunis; précédee du̕ne description de cette régenceChapitre 57 sur 77 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Dynastie des Zey rites ; — Yousouf- Abou-l- Fotouh; — révoltes de Êbn-èl-Qadym , d'Abd- Allah et de Khalaf beu-Khayr ;

— Abou-l-Qassem-al-Mansour; — Abou- Mounad-Badys ; — Abou-Temym ; —■ révolte de Ahmed-ben-Nasrouyah; — il est chassé de Tuais; — Yahyè; — Aly; — révolte de Rafv-hen-Makan ; — Hassan;

— conquêtes des Normands en Afrique;

— prise de Tunis par Abd-èl-Moumen ;

— dynastie des Al monades; — prise de Tunis par Taq-y-ed-dyn-Qara-Qouch; — prise de Tunis par Aly-ben-Ishaq ; — Nasser-le-dvn-Illah ; — Almoravides; — fin de la domination des Almohades.

Le premier de ces vassaux ou vicerois africains fut un prince de la famille des Zeyrites (1). Yousouf, surnommé .

Abou-l-Fotouh etés-Senahedjy (2), avait suivi en égypte le khalvfe \loéz-le-dyn- Illah, qui lui donna l'investiture des domaines du khalyfat en Afrique , comprenant , entre autres riches provinces , Tunis, Tripoli, et la Sicile. Accueilli avec joie par les Africains, victorieux en plusieurs combats contre les Zenètes (3),

io° Êl-Amer-bt-dhkâm-lUah, l'an 49,5 (noi de l'ère chrétienne ).

ii° Êt-Hdfezz~ledyn-Illah, Tan 5a4 (i 129).

xa° ÊA-Dàjer bc-àmr'Illah % l'an 544(i 149).

i3° Êl'Farz-be-nasr-Illalt, Tan 549 (11 54).

i4° Êl'Added'U-dyn-lUah, l'an 55 7 (1160).

Ce dernier prince mourut sans postérité , et à sa mort tous les domaines qui avaient appartenu aux khalyfes fatymites, par conséquent Tunis et les autres villes de l'Afrique septentrionale, passèrent entre les mains de Youse/-ben-Ayoub ( le célèbre Sa lad in ) et de ses descendants, qui formèrent la dynastie des Ayoubites ; mais ces derniers princes, dont les regards éiaient plus particulièrement tournés vers l'Orient, n'exercèrent, ainsi que les Fatymites, qu'un pouvoir de suzeraineté nominative sur les provinces africaines, où de grands vassaux continuèrent d'être réellement les maîtres immédiats et indépendants.

(1) Les Zeyrites, en arabe Zeyryèh, sont les princes auxquels les Espagnols donnent le nom de Zégrts, et qui sont si connus par leurs querelles sanglantes avec les Abencerrages.

(a) Il était fils de Zeyry-ben-Mounoud, fondateur de la dynastie des Zeyrites, qui régna pendant environ deux siècles en Afrique.

(3) Les tribus que nous connaissons sous

auxquels il enleva Telmessân (Tremecen), il eut dans l'intérieur à se défendre contre plusieurs révoltes : le drapeau de la rébellion était arboré dans Qayrouàn par Ébn-él-Qadym , puis par Abd- Allah f descendant de la famille des Aghlabîtes.

En même tem ps Kh alaf • ben-Khayr faisait soulever les Berbères : ces révoltes furent étouffées l'an 369 de l'hégire ( 979 de l'ère chrétienne ) ; et YousottJ, libre de toute inquiétude àcet égard, put poursuivre le cours de ses conquêtes, qu'il étendit jusqu'à Fez, à Sedjelmesse , et sur tout le reste du Moghreb.

Yousouf mourut (4) à la fin de l'année 373 de l'hégire (984 de l'ère chrétienne); son fils Abou-lQassem-âl- Mansour, qui lui succéda , signala son avènement au trône par la reprise de Çabès et de Sedjelmesse, dont les Zenètes s'étaient emparés de nouveau à la mort de son père. Abd-Allah l'Aghlabite. qui s'était déjà révolté contre Yousouf, fut tué dans une nouvelle tentative de rébellion. La, fin de son règne (5) ainsi que ceux de son fils, AbouMounad-Badys (6), etde son petit-fils, AboU' Temym, surnommroé el-Moêz et Chorf-êd-aoulah (7) . furent presque continuellement troublés par des soulèvements et des révoltes, ou par des guerres contre les Zenètes, et des efforts impuissants pour

le nom de Zenètes ou Sférinites sont désignées par les Arabes par celui de Beny-Meryn; les princes de ces peuplades descendaient de Abou-Kara-él-Maghyly, qui s'était révolté à Telmessàn l'an 129 de l'hégire (746 de l'ère chrétienne). Un de ces princes, Abdél-Haqq, fils à'Yahya et descendant de Meryn, établit sa domination dans le Moghreb l'an 6x0 de l'hégire (iai3 de notre ère). Cette dynastie, qui compte dix-huit princes, régna pendant environ un siècle et demi à Fez, à Marok, et sur presque tout le littoral de l'Afrique septentrionale.

(4) Au mois de Doul-luidjéh.

(5) Il mourut après un règne d'environ douze années, dans le mois de Raby-él~âouel de l'an 386 de l'hégire ( 996 de l'ère chrétienne ).

(6) Il régna près de vingt et un ans, et mourut au mois de Dou-i-QadèU de l'an 406 de l'hégire ( 10 16 de notre ère ).

(7) Son règne fut de quarante-neuf ans : il mourut l'an453 de l'hégire (1061 de notre ère ).

TUNIS

conserver la Sicile sous le joug de l'islamisme.

Temym, fils de êl-Moêz, eut aussi à combattre plus d'une rébellion. L'an 455 de l'hégire (1063 de l'ère chrétienne), il réduisit à son obéissance les villes de Sfax et de Soussah, qui avaient pris les armes contre son autorité. Trois ans après , l'an 458 de l'hégire ( 1066 de notre ère), il rentra dans Qayrouân, et reprit Tunis, où Ahmed-ben-Nasrouyah s'était établi. L'an 466 de l'hégire (1076 de notre ère) l'Arabe Malek-ben-Alouy, qui avait osé mettre le siège devant la ville de Mahadyéh, en avait été repoussé avec perte. Cet échec ne l'empêcha pas de se jeter sur Qayrouân, dont il se rendit maître; mais presque aussitôt il en fut expulsé par Temym.

L'an 481 de l'hégire (1088 de l'ère chrétienne), les Normands, victorieux en Sicile et unis aux Grecs , s'étaient emparé de l'île de Panfellaria (1) , d'où ils menaçaient également Tunis, Bizerte, et le reste de la côte africaine; Temym, déjà trop occupé par ses guerres continentales, acheta la paix, moyennant quatre- vingt-mille pièces d'or et la promesse de renoncer à toute intervention dans les affaires des Musulmans en Sicile (2).

En effet, à cette époque un Turk, nommé Chah-Mélik, était venu avec quelques troupes tenter une invasion en Afrique; if s'était déjà emparé de Tripoli, lorsque Temym courut à sa rencontre et le força d'évacuer cette ville.

Pendant ce même temps les villes de Qabés, de Sfax et de Tunis même s'étaientsoustraites à son autorité; et ce ne fut que Tan 491 de l'hégire (1098 de l'ère chrétienne) que ce prince, obligé d'employer la force des armes, parviat à s'en rendre de nouveau le maître.

Enfin, après avoir eu continuellement à défendre son trône pendant un règne d'environ quarante-huit années, Temym

(i) En arabe Qoujrrah, la Cossyra des ancien* géographes.

Fer MU est MeUUs tUrili vicina Cosyrce.

OviD.

(a) Les Musulmans furent entièrement expulsés de la Sicile l'an 484 de l'hégire ( 1091 de l'ère chrétienne). Voyez ci-dessus, la note a de la page 16a.

mourut dans le mois de Iiecljeb de l'an 501 de l'hégire ( 1108 de l'ère chrétienne), laissant le trône de Tunis à son fils Yahyd, qui mourut l'an 609 de l'hégire (1115 de notre ère), et dont le court règne n'offre d'autre événement important que l'arrivée de Tripoli au territoire tunisien, de Mohammed-ben- Tomrout, surnommé Él-Mahady , qui dans la suite devait être le fondateur de la dynastie des Almohades.

Yayhâ eut pour successeur son fils Aly ; ce prince commença son règne en envoyant une flotte contre les habitants de nie de Djerby, qui s'étaient révoltés et infestaient les côtes d'Afrique par leurs pirateries; puis, l'an 511 de l'hégire (1117 de l'ère chrétienne), il alla assiéger la ville de Qabés, toujours portée à la rébellion, et dans laquelle Rafy-ben-Makân, secouru par les troupes de Roger (3) , roi de Sicile, s'était déclaré en révolte ; Aly éprouva plusieurs échecs, qui le contraignirent de lever le siège , et Rafy, profitant de ses avantages , vint à son tour mettre le siège devant Mahadyéh; mais il fut défait par Aly, et se réfugia à Qayrouân, d'où il retourna à Qabés.

Aly n'avait régné qu'environ cinq années lorsqu'il mourut (4), Tan 515 de l'hégire (1121 de l'ère chrétienne).

(3) Roger II, fils du prince dont il a été question ci-dessus, dans la noie a de la page 16a, était né l'an 1097 de notre ère, et à la mort de sou père, Tan 1101, il fut proclamé comte de Sicile et de Calabre , sous la régence de sa mère Adélaïde. Il prit le titre de roi de Sicile , en 1 i3o ; l'an 1147 il avait envoyé une flotte attaquer Tripoli, dont les pirateries dévastaient les côtes de ses Étals; l'armée sicilienne prit la

.ville, et ramena en Sicile un grand nombre de prisonniers. L'an 1 i5a , profitant des querelles qui s'étaient élevées entre les princes musulmans de l'Afrique, le roi Roger II porta la guerre sur leurs côtes, et y fit plusieurs conquêtes. Aussi avait-il pris pour devise ce vers latin :

Appulus et Calabtr, Sicultu mihi servit et Afer.

Enfin Tan 1 15 4 ce prinoe mourut, à l'âge de cinquante-huit ans. Il avait favorisé les sciences, et avait appelé à sa cour les plus savants des Musulmans, parmi lesquels ou remarque surtout le célèbre géographe Êl-Edryssy, qui composa pour lui plusieurs savants ouvrages.

(4) Dans le mois de Raby-il-àklier,

L'UNIVERS

Le règne de son fils Hassan , auquel il laissa le trône, ne fut qu'une suite de désastres. L'an 519 de l'hégire (1 125 de l'ère chrétienne) les Normands de Sicile s'étaient emparés de l'île de Djerby sur la côte d'Afrique. A cette époque une famine cruelle ravagea les provinces africaines , et un grand nombre de familles de ces pays vint chercher en Sicile un abri contre ce fléau. Le roi Roger, instruit de l'état misérable des populations de l'Afrique, voulut profiter de cette circonstance; îl arma une flotte, qu'il réunit, auprès de l'île de Pantelerie, débarqua sur la côte barbaresque, et l'an 541 de l'hégire ( 1 146 de notre ère) s'empara de Tripoli , puis l'an 543 de l'hégire ( 1 148 de notre ère) de Mahadyéh , de S fax et de Soussah ; de manière que les Francs se virent ainsi maîtres de toute la contrée qui s'étend depuis Tripoli jusques à Tunis,

Hassan avait abandonné sa ville de Mahadyéh , et avait pris avec toute sa famille la route de l'Égypte, dans le dessein de se réfugier auprès du khalyfe Hâ]fezz-le-dyn-Illah (1 ); mais en chemin il changea d'avis , et, retournant sur ses pas, il préféra chercher un asile auprès d'Abd-él-Moumen, qui venait d'établir avec éclat la dynastie des Mmohades (2) dans le Moghrebêl-Aqsâ (3), dont il espéraitobtenir des secourscontre les Francs.

(i) V oyez ci-dessus la note 3 de la page i63.

(a) La dynastie qui porte le nom à'Almohadet chez nos historiens, et tiil-Mouahedyn, c'est-à-dire unitaires, chez les Arabes, commença à paraître en Afrique l'an 5 14 de l'hé-

fire ( 1 iao de l'ère chrétienne ). El-Mahadym-Tomr oui, dont nous avons parlé ci-dessus, en fut le fondateur. Ayant été chassé de la ville de Marok par Aly, prince des Atmoravide*, il se retire à Soussah, où il se fit proclamer souverain par les tribus qui l'avaient suivi dans sa retraite. Cette dynastie, qui compte douze souverains , parmi lesquels le plus illustre est Abd-êl-Moumen-ben-Aly, qui succéda à él-Mahady, régna sur l'Afrique ot une partie de l'Espagne pendant cent cinquante quatre-ans , jusqu'à Tannée 668 de 1 hégire (ia6«> défère chrétienne), qu'elle fut renversée par la dynastie des Merinites ou Zenètes.

(3) Les Arabes désignent par ce nom la partie la plus occidentale des côtes barbaresques.

En même temps il envoya trois de ses

enfants, Yahyâ, Aly et Temym, vers un prince de la famille des Beny-Hammed (4), nommé Yahyâ (5),conime l'aîné de ses fils.

Abd-êl-Moumen se décida facilement à aller expulser les Francs de leurs conquêtes d'Afrique; il connaissait leur esprit entreprenant, et leur établissement sur la cpte africaine lui faisait concevoir des inquiétudes pour la sûreté de ses propres États : il fit en conséquence tous les préparatifs nécessaires pour la délivrance des Africains musulmans que la victoire avait soumis au joug des chrétiens de Sicile; il voulut lui-même présidera cette guerre sainte, et partit de Marok, l'an 564 de l'hégire (1159 de l'ère chrétienne ) , à la tête d'une armée de cent mille hommes, dont il confia la conduite sous ses ordres à un général nommé Hassan comme le prince fugitif.

Il se rendit d'abord maître de Tunis,

f>uis il alla assiéger Mahadyéh. Pendant e siège il prit possession des villes de Tripoli, de S/ax, de Qabès , et de tout le territoire qui en dépend : une flotte envoyée de Sicile pour porter des secours à la garnison assiégée fut battue par la flotte musulmane.

Enfin l'an 555 de l'hégire (1160 de notre ère), Abd-él-Moumen entra dans Mahadyéh , où il établit un gouverneur, et qu'il mit en état de se défendre contre les nouvelles attaques . que les Francs auraient pu tenter : bientôt après il compléta la conquête des autres places et des autres parties du territoire, et se vit ainsi en possession de toute l'étendue de pays qui avait appartenu aux Zeyrites. Toutefois , aucune partie de ces conquêtes ne fut rendue au prince détrôné , et par cette spoliation fut complétée l'extinction de cette dynastie,

(4) Cette famille était une brauche de celle des Zeyrites; elle descepdait deftammdd, fih de Yousoufei petit-fils de Zéry : elle habitait les montagnes situées au sud de la ville de Bougie.

(5) Ce prince était le fils de Azyi-b-M&h , septième descendant du fondateur de la famille. Celte dynastie, dépouillée par Ahd-él- Mounun , l'an 546 de l'hégire ( n5i de notre ère ), avait régné en Afrique sous neuf princes, pendant cent soixante années.

TUNIS

3ui avait régné sur l'Afrique pendant eux cents années.

Chacune des provinces conquises eut son gouvernenr particulier, nommé par Abd él-Moumen, et Tunis n'eut pas un sort différent de celui auquel furent soumises les autres parties du vaste territoire incorporé par la victoire au grand empire des Almohades.

Tant que la dynastie Almohade , dont Mnrok était la capitale, conserva sa puissance en Afrique, Tunis fut gouvernée par des délégués envoyés de la résidence royale , et cette ville fut ainsi en proie aux vexations de nombreux oppresseurs, profitant de l'éloignement du cheflieu du gouvernement pour se supplanter et se dépouiller mutuellement, par une série non interrompue de petites catastrophes intérieures saus aucune importance historique, mais dont le peuple payait toujours les frais en avanies et en spoliations de toute espèce : plus d'une famille musulmane abandonna alors Tunis pour aller chercher asile et protection chez les Chrétiens de la Sicile.

Une autre circonstance contribua encore à accroître cette émigration.

Abd-êl-Moumen , dont la passion favorite était celle de guerroyer en Espagne, pour en chasser les Chrétiens ou les soumettre de nouveau aux Musulmans, avait d'abord espéré pouvoir faire de ses nouveaux sujets autant de soldats pour recruter les armées qu'il voulait envoyer sur le continent européen.

Mais les Arabes refusèrent hautement de quitter leur pays, et se retirèrent dans le désert et dans les parties adjacentes du territoire, où ils excitaient des séditions : il fallut y envoyer des troupes et en venir aux mains avec eux ; ils turent battus l'an 556 de l'hégire ( 1 161 de l'ère chrétienne), et les tribus qui prirent le parti de se soumettre furent immédiatement envoyées en Andalousie; mais la majeure partie de cette population, attachée au sol natal , se maintint opiniâtrement en hostilité avec l'autorité des rois de Marok.

Cet état de choses dura sous Abou- Yaqoub, ât-Mansour- Yaqoub et AAsser-le-dyn-Illan, successeurs d'Jbd-él- Moumen , jusques à Fan 603 de l'hégire (1206 de l'ère vulgaire).

Pendant cet espace de temps les seuls

événements qui eurent quelque rapport avec J'unis sont les suivants :

Tandis que Abou-Yaqoub , petit-fils et successeur d'Abou-t-Moumeu , était oecupé en Espagne à combattre le roi Alphonse, plusieurs troubles avaient agité ses provinces africaines.

L'an 568 de l'hégire (1172 de notre ère), une troupe de Turks, qui avaient quitté l'Égypte sous le règne de Salah-éd' dyn ( Saladin ) avaient été conduits sur les côtes harbaresques par Taqy-éddyn-Qara-Qouch ; les populations mécontentes des Arabes indigènes s'étaient jointes à ces étrangers, qui s'étaient rendus maîtres de Tripoli, je Tunis, Mahadyéh, et de quelques «utres places importantes.

Abou-Yaqoub se hâta d'accourir pour repousser les envahisseurs; et il les eut bientôt expulsés de ses domaines. Lorsqu'il fut entré à Mahadyéh , il y reçut des ambassadeurs du roi de Sicile, avec lesquels il conclut une paix ou du moins une longue trêve , qui devait lui ôter toute inquiétude sur la sûreté de ses provinces orientales, et lui permit de retourner à son expédition de la péninsule espagnole.

Abou-Yaqoub faisait le siège de Santarem, en Portugal, lorsqu'il mourut, Pan 580 de l'hégire ( 1 184 de l*ère chrétienne), laissant le trône à son fils Ai- Mansour- Yaqoub , surnommé Abou- Yousouf.

La mort à Abou-Yaqoub avait failli donner lieu en Afrique a une révolutiou générale. A la nouvelle de cet événement, Aly-Ben-Ishaq, de la race des Mombethyn (Aimoravides)(l), qui régnait dans

(i) La dynastie des princes que nos historien* nomment Almoravides ou Marabouts* et que les Arabes nomment êl-Morabettya ou él-Molaiemin, tirait son origine des tribus llemyurites que le premier khalyfe des Musulmans, AbouAteker-es-Sodya, avait autrefois envoyées conquérir la Sy rie. Quelques-unes de ces tribus passèrent ensuite en Égypte, et de là dans le Moglircb avec Moussa, fils de ISassyr, sous lequel se fit la conquètede l'Espagne. Ces tribus ne suivirent l'expédition de Jdreq que jusqu'à Tandfah (Tanger ), où elles quittèrent ce général, lorsqu'à entra en Espagne : elles allèrent chercher dans le Sahra quelque point où elles pusseut fixer leur habitation, et peu après s'emparèrent de Sedjclmesse. Ce fut

LUNIVERS.

l'île de Mayorque , vint avec une flotte attaquer la ville de Bougie, et s'en rendit maître, ainsi que de Tunis, de Oabês et des autres places principales de ce territoire; il enchâssa tous \ts Almohades* et fit faire la khotbah (1) au nom du Khalyfe de Baghdâd, Nâsserle-dyn-Illah (2), annonçant ainsi solennellement qu'il abjurait toute obéissance envers les khalyfes d'Occident. Al-Manaoût accourut aussitôt attaquer les troupes du prince almoravide , les battit, leur reprit Tunis et toutes les autres places dont ils s'étaient emparés , et les força à chercher un asile dans le désert.

Al'Mansour-Yaqoub était retourné à la guerre contre les Espagnols; mais il se hâta de quitter son armée d'Espagne

alors qu'un de leurs chefs, nommé Djouhar, de la tribu de djoudalah, appela auprès de lui un docteur, nommé Abd- Allah, pour instruire ses compatriotes, qu'il regrettait de voir plongés dans la plus profonde ignorance. Bientôt d'autres tribus se joignirent à la première pour participer à cette instruction ; et Abd- Allah leur persuada d'élire pour chef suprême un personnage recommanda bit? par sa piété et ses vertus , nommé Abou-otAerben- Omar, en lui conférant le titre d'Émjr-él- Moumenyn, c'est-à-dire prince des croyants.

C'est à cette époque que les tribus qui reconnurent l'autorité de ce nouveau prince adoptèrent le nom d'él-Morabetyn, c'est-à-dire, liés, attachés à la religion. La dynastie des Almoravide* comprend six princes, qui régnèrent pendant quatre-vingt onze ans sur l'Afrique et sur une portion de l'Espagne, depuis Fan née 45o de l'hégire ( io58 de l'ère chrétienne ) jusqu'à l'an 54 1 de l'hégire ( i x4fl de notre ère ). Les Almohades détruisirent la dynastie des Almor avides, dont quelques-uns se retirèrent dans les déserts et dont les autres restèrent possesseurs des îles Baléares.

(t) La khotbah est une formule de prière publique qui se fait le vendredi dans toutes les mosquées : l'imam y fait mention du nom du prince régnant, et cette mention est l'acte solennel par lequel on reconnaît sa souveraineté.

(a) A/asser-le-dyn- Itlah fut le surnom du khalyfe Ahmed-abou-l-Abbas, trente-sixième pince de la première dynastie des Abbassides ; il était le fils de AJostaddy-be-amr*Illah, auquel il succéda, l'an 575 de l'hégire (uSode notre ère) ; il régna quarante-six ans et onze mois, et mourut Âgé de soixante-dix ans, l'an 6aa de l'hégire (raa5 de notre ère), laissant le trône du khalyfat à son fils Dàher-b*lllah.

à la fin de Tan 593 de l'hégire (1196 de notre ère), en apprenant qu'Ah/ben- Ishâq et les Almoravides étaient sortis du désert avec un grand nombre d'Arabes, dont ils avaient su attacher les tribus à leur parti ; mais la maladie le saisit en route, et il fut forcé de s'arrêter à Marok , où il mourut, dans le mois de Raby-él-âkher de l'an 595 de l'hégire ( 1 199 de l'ère chrétienne) , après un règne de quinze années.

Abou - Abd - Allah - Mohammed, surnommé Nâsser-le-dyn~lUah , fils d'Aï- Mansour, qui succéda à son père, se rendit lui-même dans les provinces orientales d'Afrique, l'an 607 de l'hégire (1 205 de notre ère). Ce prince vint à bout de pacifier cette contrée et d'y apaiser tous les troubles que Aly-Ben-Ishaq et ses Almoravides n'avaient cessé d'y susciter. Il quitta alors l'Afrique pour aller continuer la guerre en Portugal ; mais à peine Abou- Abd- AUah fut-il sorti de l'Afrique , croyant y avoir pleinement rétabli son pouvoir, que cette contrée changeait de nouveau de maîtres, et tombait des mains des Almohades en celles des Bêny-Hafs.

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