‹ Histoire de TurenneChapitre 11 sur 33 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Il n'arrive guère de malheurs à une armée , qui ne soient d'abord imputés au général ; mais bien loin qu'on rejetât celui-ci sur le vicomte de Turenne , qui au fond avait pris de grandes précautions pour s'en garantir , on releva beaucoup la présence d'esprit avec laquelle il prit le parti de marcher aux Bavarois, dans le moment même où il apprit qu'ils venaient à lui; car, s'il fût demeuré à Mariandal pour y attendre ses gens , le général Mercy aurait pu attaquer ses quartiers les plus avancés l'un après l'autre , et les enlever avant qu'ils eussent pu Je joindre ; au lieu qu'ayant gagné la tête de tout , il se trouva en état de résister aux ennemis sitôt qu'ils parurent. On Gt encore extrêmement valoir cette pénétration par le moyen de laquelle il forma le projet de sa retraite, et en prévit toutes Tes conséquences comme en un instant. On admira enfin , au-delà de tout ce que j'en saurais dire , cette profondeur de jugement et cet esprit de ressources , qui lui ûrent prendre la résolution de mener si avant dans l'Allemagne les débris de son armée battue ; car il n'y avait personne qui , en sa place , ne se fut retiré du côté du Rhin , et qui n'eût cru faire un coup de grand capitaine en allant couvrir Philisbourg , et se mettre tout ensemble à couvert de cette place. Mais le vicomte de Turenne , qui avait des vues plus étendues qu'un autre, jugea plus à propos d'aller dans la Hesse,

persuadé que les ennemis ne manqueraient pas de l'y poursuivre, dans l'espérance d'achever sa défaite, et qu'en y attirant ainsi la guerre , d'un côté nos conquêtes du Rhin seraient en sûreté , et de l'autre la landgrave de Hesse , qui , suivant l'usage d'Allemagne , voulait absolument laisser encore un mois ses troupes dans leurs quartiers d'hiver, serait obligée de les en faire sortir incessamment pour la défense de son propre pays , et de les joindre aux nôtres , ce qui nous mettrait aussitôt en état de pouvoir résister aux ennemis.

En effet , nous ne fûmes pas plus tôt dans le comté de Valdelk, que le général Mercy vint assiéger Eircheim , ville située à l'entrée du pays de Hesse. Nous n'avions pas plus de trois mille chevaux et douze cents hommes de pied. La landgrave de Hesse fut donc obligée malgré elle à faire sortir ses troupes de leurs quartiers pour aller au secours de Kircheim. Le vicomte de Turenne fît même si bien qu'il engagea le comte de Konigsmark, général des Suédois, qui hivernaient dans le duché de Brunswick , à sortir aussi de ses quartiers, et à joindre les quatre mille hommes qu'il commandait, aux six mille que ta landgrave de Hesse envoya sous la conduite du général Geis.

À la tête de cette armée , le vicomte de Turenne s'avança vers Kircheim , et le général Mercy se retira aussitôt de devant cette place. Nos soldats, qui

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