LIVRE DEUXIÈME
postés et retranchés , sacs exposer notre armée à être entièrement défaite. Mais le duc d'Enghien et le maréchal de Grammont , qui étaient d'un autre sentiment , l'ayant emporté sur lui , il fut résolu qu'on donnerait bataille ; que le maréchal de Grammont commanderait l'aile droite, le vicomte de Turenne, l'aile gauche; le comte de Marsin, maréchal-de-camp, le corps de bataille ; et le chevalier Gbabot , aussi maréchal-de-camp , le corps de réserve. Quant au duc d'Enghien , qui disposa de tous ces postes, il n'en choisit aucun pour lui, disant qu'il voulait être partout ce jour-là.
Il était déjà cinq heures après-midi , quand tout fut prêt de notre côté. Alors nous commençâmes à canonner le village, ce qui ne dura qu'une demiheure , car les batteries des ennemis, qui avaient été dressées les premières, avaient beaucoup d'avantage sur les nôtres , et le duc d'Enghien , voyant qu'il n'avançait pas beaucoup avec l'artillerie, fit attaquer le village par quelques bataillons, à la tête desquels était le comte de Marsin.
Les premiers retranchements furent bientôt forcés; mais quand on fut auprès des maisons, les ennemis, qui s'y étaient logés, et qui les avaient percées et crénelées, firent de si furieuses décharges de mousqueterie que nos gens s'arrêtèrent tout court d'abord , plièrent ensuite , et enfin reculèrent. Le comte de Marsin , y ayant été très-dan-
gereusement blessé , Je duc <f Enghien y envoya Je marquis de la Moussaye avec un renfort de quelques régiments, qui ne purent soutenir le feu des ennemis non plus que les autres , et le marquis de la Moussaye ayant été mis hors de combat par les blessures qu'il reçut , le duc d'Enghien mena luimême nos bataillons à la charge , et se ht suivre de toute l'infanterie.
Le général Mercy , voyant ce mouvement , vint aus& lui-même prendre position à la tête du village, et se rit soutenir par tout son corps de bataille. Le combat fut sanglant et opiniâtre. Le duc d'Enghien y reçut quelques coups dans ses habits , et y eut deux chevaux blessés sous lui. Le général Mercy y fut tué d'un coup de mousquet; et la mort de ce grand homme excita dans le cœur de ses soldats une fureur de vengeance qui les fit fondre sur nos gens comme un torrent qui tire de nouvelles forces de tous les obstacles qu'on oppose à sa violence : ce fut plutôt un carnage qu'un combat.
Le duc d'Enghien y fit des actions de valeur étonnantes ; mais il ne put néanmoins empêcher que la plus grande partie de notre infanterie ne lût taillée en pièces , et que toute notre cavalerie française ne fût entièrement défaite par le général Jean de Werth , qui , à la tête de l'aile gauche des ennemis , culbuta du premier choc notre aile droite , fit prisonnier le maréchal de Grammont qui la corn-