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A cette nouvelle , le vicorate de Turenne , prenant l'infanterie qu'il avait auprès de lui , rétolut d'aller promptement au secours du maréchal d'Hocquincourt, quelque danger qu'il y eut pour lui i se mettre en marche sans sa cavalerie , à qui il envoya ordre de le venir joindre en diligence à Ouzouer, entre Bien eau et Gien , où il fallait nécessairement qu'il allât se poster , afin de mettre la cour hors d'insulte. Malheureusement pour lui, il ne put trouver aucun guide , de manière que la nuit étant très~obscure , il devait craindre de donner i tops moments dans les troupes du prince de Condé. Il fallait donc qu'il s'arrêtât presque à chaque pas pour écouter les tambours et les timballes , et voir si nous ne nous approchions point trop des ennemis. Ayant marché dans ces inquiétudes durant toute la nuit , enûn il se trouva à la pointe du jour dans une fort grande campagne , où la cavalerie l'était venue joindre ; il vit deux ou trois des quartiers du maréchal d'Hocquincourt en feu , et il apprit que le prince de Condé en avait enlevé cinq de suite , pillé tous les bagages , forcé l'infanterie à se renfermer dans Bleneau , et poussé la cavalerie trois ou quatre lieues vers Ja Bourgogne. La nouvelle de celte défaite répandit l'alarme dans la ville de Gien, et jeta la cour dans la dernière consternation. On crut que le roi allait être enlevé par le prince de Condé ; on ne savait où le sauver , et le conseil ,
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auquel assista le maréchal du PJessis-Praslin , délibéra sur la proposition qui fut faite de Je mener promptcment à Bourges, et de rompre le pont de Gien dès qu'il aurait passé la Loire.
Cependant le vicomte de Turenne, jugeant qu'il aurait bientôt le prince de Condé sur les bras, cherchait quelque poste avantageux où il pût l'arrêter seulement pendant un jour , pour donner le temps au maréchal d'Hocquincourt de rassembler les troupes dispersées ; tous les officiers-généraux , au contraire, étaient d'avis qu'au lieu d'attendre avec des forces si inégales l'armée victorieuse, il fallait retourner vers Gien pour mettre la personne ; du roi en sûreté , soutenant que c'était le seul parti qu'il y eut à prendre dans celte extrémité. Mais Icvicomte de Turenne, persistant dans son dessein , marchait toujours en avant. Fortement occupé du soin de pourvoir à un si grand danger, il n'écoutait personne ; ainsi , sans rien répondre , il donnait ses ordres , et se hâtant de gagner un endroit qu'il avait remarqué la veille, en revenant du quartier du maréchal d'Hocquincourt , et qu'il croyait tout-à-fait propre pour exécuter ce qu'il avait envie de faire, il pressait les troupes, qui allaient déjà à grands pas , de hâter encore leur marche , tellement qu'étant arrivé à ce poste qu'il cherchait, il résolut d'y attendre les ennemis.
La Berge, son capitaine des gardes, lui vint dire
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là que chacun murmurait, et qu'on croyait qu'il allait tout perdre s'il ne retournait au plus tôt à Ja personne du roi pour le sauver, a II faut, répondit Turenne , vaincre ou périr ici. » Le prince de Gondé avait quatorze mille hommes , et lui n'en avait que trois mille cinq cents. Néanmoins il envoya dire au cardinal Mazarin que Je roi pouvait demeurer à Gien en assurance.
D'autre part, le prince de Condé, qui venait de défaire le maréchal d'Hocquincourt , ne croyant pas que le vicomte do Turenne osât l'attendre, s'avançait vers Gien , à dessein d'y envelopper le roi et toute la cour , et il fut fort surpris lorsque , étant arrivé au bout de la chaussée opposée à celui où était le vicomte de Turenne, il le vit arrêté là, de manière qu'il semblait vouloir lui disputer le passage. Il est certain que s'il avait eu la liberté de mettre toute son armée en bataille dans le même côté de la plaine où était Te vicomte de Turenne, il l'aurait taillé en pièces , et il eût pu passer également par sa droite et par sa gauche , en faisant le tour du marais ou du bois; mais le vicomte de , Turenne , voulant l'empêcher d'y faire réflexion , et l'engager à entrer dans la plaine , en passant par la chaussée , sans lui laisser le temps d'examiner s'il ne pouvait point aller d'une manière plus sûre par un autre endroit, leva tout d'un coup son camp, et, reprenant le chemin de Gien , il ût marcher ses
troupes avec la même vitesse que s'il avait pris la fuite.
Le prince de Condé , persuadé qu'il se sauvait à Gien , enfila aussitôt la chaussée pour le poursuivre. Le vicomte de Turenne , de son côté , ravi de le voir donner dans Je piège , continuait à fuir devant lui; mais ne voulant pas laisser passer plus de troupes qu'il n'en pouvait battre, il lit enfin tout d'un coup volte-face, et marcha , Tépée à la main , aux ennemis. Le prince de Condé , qui vit bien alors qu'il s'était laissé surprendre, envoya ordre à ses troupes de passer au plus vite ; mais le vicomte de Turenne , ayant prévu ce mouvement , avait fait pointer tout son canon droit à la chaussée, si bien que le canon , emportant des Oies entières de ceux qui la repassaient, elle fut bientôt toute couverte de morts.
Cependant la cour était dans de grandes inquiétudes touchant le succès de cette journée , quelque chose que le vicomte de Turenne lui eût fait dire pour la rassurer. On envoyait des gens à tous moments pour savoir des nouvelles de ce qui se passait. On commençait à défendre l'appartement de la reine; les équipages avaient même passé le pont, et les pionniers se tenaient tout prêts à le rompre , pour mettre la Loire entre le roi et les ennemis v lorsqu'on apprit que le prince de Condé, ayant manqué son coup, s'était retiré avec son armée,
LIVEB TROISIÈME. 1 i£
et que Je vicomte de Turenne revenait à Gien sans avoir perdu ua seul homme. Le roi , le cardinal Mazarin , et toute la cour , lui donnèrent mille marques de reconnaissance ; et la reine , rendant témoignage à ce qui lui était dû pour un si important service , dit encore devant tout le monde , qu'il venait de remettre une seconde fois la couronne sur la tète de son fils.
Le prince de Condé se plaignit fort du malheur qui lui avait justement fait trouver en son chemin le seul homme du monde qui le pouvait empêcher de mettre fin à la guerre ce jour-là ; et , laissant sou armée sous les ordres du comte de Tavannes , il s'en alla à Paris pour y rassurer ses partisans, qui étaient fort ébranlés de ces deux grands coups , par lesquels le vicomte de Turenne venait de donner tant de réputation aux armes du roi.
Le cardinal Mazarin fit faire une relation de cette heureuse journée où , reprenant les choses dès la veille , il commençait par le conseil que le vicomte de Turenne avait donné qu maréchal d'Hocquipcourt de rapprocher ses quartiers ; mais le vicomte de Turenne , ayant vu cette relation avant qu'on l'imprimât , pria le cardinal Mazarin d'ôter cet article, lui représentant que ce maréchal avait déjà assez de chagrin d'avoir été battu , sans l'augmenter encore par un# circonstance si mortifiante , et l'article fut été à sa prière ; pendant que le maréchal
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cTHocquincourt , voulant rejeter sa faute sur le vicomte de Turcnne , se plaignait hautement de ce qu'il n'était pas venu assez tôt à son secours , et faisait tout ce qu'il pouvait pour lui imputer sa défaite; ce qui ayant été rapporté au vicomte de Turenne , il ne dit autre chose , sinon : « Qu'un homme aussi affligé que l'était ce maréchal , devait avoir au moins la liberté de se plaindre. »
Après une brillante affaire sous Étampes , Tu* renne résolut d'aller assiéger cette villle , ou plutôt l'armée qui y était renfermée. Cette armée était de six mille hommes, et il n'en avait que sept mille cinq cents. Tout le monde regarda ce siège comme l'entreprise la plus téméraire ; mais le prince de Gondé , qui connaissait mieui que personne la capacité et la prudence du vicomte de Turenne , en jugea autrement. L'armée, qui était dans Étampes , était tout ce qui lui restait de troupes ; il manda à l'archive Léopold que , s'il ne lui envoyait promptement du secours , son parti allait être entièrement détruit. L'archiduc , voyant le pressant danger où il était , fit marcher en diligence vers Paris le duc de Lorraine , qui , dépouillé de ses états , n'avait pour tout bien que neuf à dix mille hommes de troupes , qu'il s'était engagé d'employer au service du roi d'Espagne pour cette année-là.
A cette nouvelle , le vicomte de Turenne leva le siège d'Etampes , vint passer la Seine à Corbeil ,
traversa la forêt de Senart , et s'approcha le plus près qu'il put du duc de Lorraine. Ce prince s'était campé sur la hauteur de Villeueuve-Saiot-Georges , poste très-avantageux, où il avait devant lui la rivière d'Yerre , à sa gauche un bois , et à sa droite la Seine , sur laquelle il faisait faire un pont , afin que son armée et celle du prince de Condé se pussent joindre. Le vicomte de Turenne , ayant reconnu cette disposition , alla sur le soir passer l'Yerre auprès de Brunoy, marcha toute la nuit autour de Grosbois , et , ayant gagné le derrière du camp des ennemis à la pointe du jour, il se disposa à aller les attaquer, quoiqu'il eût trois mille hommes moins qu'eux. Le duc de Lorraine , qui ne subsistait plus que par le moyen de ses troupes , ne voulant pas les exposer au sort d'une bataille , lui envoya demander quartier. Le vicomte de Turenne , sachant que l'armée d'Elampes venait joindre les Lorrains , et craignant qu'elle ne parût à tous moments , demanda au duc de Lorraine qu'il lui livrât son pont sur-le-champ , et qu'il sortit de son poste à l'heure même, pour s'en retourner d'où il était venu ; et, s'avançant toujours plus près , pour achever de le déterminer, le duc, qui vit bien qu'il allait charger, livra son pont, qui fut aussitôt rompu, et donna des otages pour assurance qu'il sortirait du royaume à jours comptés , et par la route qui lui serait prescrite. Au même instant il commença à faire
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défiler ses troupes devant le vicomte de Turenae f qui demeura en bataille jusqu'à ce qu'elles fussent entièrement sorties de leurs retranchements. L'armée d'Étampes, qui arriva alors de l'autre côté de la Seine , voyant le pont rompu et le duc de Lorraine parti, se retira à Villejuif, où le prince de Condé étant venu en prendre le commandement, il la mena à Saint-Cloud. Il la lit camper le long de la rivière jusqu'à Surène , et s'étant assuré du pont de Saint-Cloud , il crut n'avoir rien à craindre dans ce poste , quoiqu'il n'eût plus que cinq mille hommes.
Mais le vicomte de Turenne , de concert avec le maréchal de La Ferté, le força bientôt à quitter ses positions et le poursuivit jusqu'à Paris ; il joignit l'arrière-garde de son armée au faubourg Saint- Martin , et l'ayant fait charger, l'alarme se répandit en un moment jusqu'à l'avant-garde , qui était déjà bien près du faubourg Saint-Antoine.
Le prince de Condé , voyant alors qu'il lui était impossible de se retirer sans coup férir , fait faire halte ; et les Parisiens ne voulant pas recevoir ses bagages dans la ville , il les fait mettre le long du fossé ; il fortifie les retranchements et les barrières autant que le temps le peut permettre; il fait faire des barricades et des traverses au milieu des rues ; il fait percer les maisons , et y loge des mousquetaires qui puissent tirer par tous les endroits par où