LIVRE QUATRIÈME
avancer son armée. II n'y avait qu'une heure qu'il faisait jour, et il n'était encore que cinq heures du matin. I! ordonna aux marquis de Créqui et de Castelnau , qui étaient à la tête des escadrons de nos deux ailes , de modérer leur ardeur dans les approches , et de ne commencer le combat que lorsque l'infanterie serait arrivée, et pourrait donner en même temps que la cavalerie. On monta et l'on descendit plusieurs fois dans les dunes. A chaque fois qui le canon se trouvait sur les hauteurs, on en tirait quelques volées sur l'armée ennemie , et l'on fit ainsi quatre ou cinq décharges durant la marche. On allait au petit pas , afin de pouvoir garder les rangs dans un terrain si inégal ; on était souvent obligé de s'attendre les uns les autres , pour les redresser; de sorte qu'on mit trois heures à faire le quart de lieue qui était entre nous et left ennemis ; le vicomte de Turenne reconnaissant toujours davantage leur position , leur contenance et leur force , à mesure qu'on approchait plus près d'eux. Il était huit heures quand on fut tout-à-fait en présence. Alors Turenne <, ayant fait remettre en ordre tout ce que la marche avait dérangé, se montra à tous les corps de l'armée avec un air de gaieté qui inspire de la confiance à tout le monde , et il fit marcher aux ennemis. Comme les Anglais , par le rang qu'ils avaient dans notre première ligne , se trouvèrent justement vis-à-vis de cette haute dune
que les Espagnols avaient occupée, et qui était plus avancée vers nous que les autres , lorsque , . dans la marche , ils furent arrivés au pied , le vicomte de Turenne envoya prier le général Lockart de s'en rendre Je maître ; ce qui fut fait, après des prodiges de valeur de part et d'autre.
Le marquis de Castelnau, ayant , selon Tordre du vicomte de Turenne, fait marcher le long de l'estrang la cavalerie de l'aile qu'il commandait» prit non-seulement en flanc les ennemis, mais se jeta brusquement entre leurs première et seconde ligne; et, ayant ainsi coupé leurs rangs, les prend a revers, les charge de tous les côtés , et les jette dans une très-grande confusion. Tous ceux qui pouvaient encore s'enfuir se sauvèrent. De ceux de la première ligne , qui ne le pouvaient pas , on ût prisonniers ceux qui voulurent bien se rendre , et on passa les autres au fil de Fépée.
Turenne s'était toujours tenu jusque-là au centre .de l'armée , d'où il envoyait partout ses ordres et des troupes, suivant le besoin. Il observait du haut des dunes tout ce qui se passait , et voyant que le marquis de Gréqui s'engageait trop avant au milieu des ennemis , il courut aussitôt de ce côté. Ce marquis avait d'abord fait plier l'aile gauche qu'il avait eu ordre d'attaquer , et il l'avait même poussée près de quatre cents pas devant lui; mais, comme il n'était suivi que par quatre escadrons, les Espa~