LIVRE QUATRIEME. |(M
gpols , ayant reconnu le peu de monde, qu'il mit avec lui , l'eurent bientôt ramené battant jusqu'au (Iront de notre aile droite.
Le prince de Condé , qui avait coutume de pousser Jes succès aussi loin qu'ils pouvaient aller, voulut tirer avantage de celui-ci ; et, s'étant mis à la tôle d'un grand corps de cavalerie, avec les officiers- {généraux et toutes les personnes de qualité de son armée, il chargea vigoureusement le marquis d* Créqui ; il rompit même quelques-uns de nos rangs , et peu s'en fallut que , perçant à travers notre armée , il ne pénétrât jusqu'à Dunkerque , et pe jBecourût la ville assiégée , après avoir perdu la bataille.
Mais Turenne , étant venu justement pour soutenir le marquis de Créqui , mena lui-même à la .charge les escadrons de notre aile droite , enveloppa presqu'entièrement ceux du prince de Condé, et , les prenant tout à la fois par la tête et par les deux flancs , fit faire une si furieuse décharge sur ce corps de cavalerie, qu'il l'ouvrit en plusieurs ^endroits. Il y fit entrer aussitôt le comte de Bussy f avec des troupes fraîches.
Les, ennemis tombent de toutes parts , ou morts , ou blessés, ou démontés; sous le feu de nos gens, tout plie, tout se renverse. Le prince de Condé rallie jusqu'à trois fois ses escadrons; mais, ayant toujours été rompus par le vicomte de Turenne ,
WW BîSTMRE DE TCREKKE.
ils se lassent enfin de revenir tant de fois à ta charge. Le prince s'avance encore une fois vers nous, pour redonner du courage i ses soldats ; il s'expose même beaucoup plus qu'il ne l'aurait dû , croyant leur inspirer par émulation quelque désir de gloire , mais il n'en saurait venir à bout. Tous ses gens rebutés l'abandonnent , à la réserve des seigneurs français qui , fiers d'avoir ce prince à leur tête , ne savent ce que c'est que de se ménager.
Cependant le vicomte de Turenne , poussant toujours avec la même vigueur le prince de Condé, t'approcha enfin de si près , que le cheval de ce prince fut tué dans une décharge. Groussolcs , l'un de ses gentilshommes, lui donne aussitôt le sien t aux dépens de sa liberté, ayant 'été fait prisonnier , ainsi que les comtes de Meilles , de Coligny , de Bouteville , et le marquis de Romainville , qui se sacrifièrent pour favoriser la retraite du prince et sauver sa personne.
Comme cette défaite de l'aile gauche des ennemis arriva presqu'aussîtôt que celle de l'aile droite , on vit ainsi toute leur armée se retirer presque en même temps. Le vicomte de Turenne commença par renvoyer le marquis de Richelieu devant Dunkerque avec la réserve , afin que , par ce renfort \ les troupes qui y étaient restées fussent en état de s'opposer aux sorties que les assiégés pouvaient faire. H se mit ensuite à poursuivre les ennemis jusqu'aux