LIVRE QUATRIÈME. i6î
portes de la ville de Fumes , derrière laquelle ils se retirèrent. On fit plus de quatre mille prisonniers; on mit leur cavalerie en déroute; la meilleure partie de l'infanterie fut défaite , et toute leur armée tellement dissipée et détruite , qu'à peine purent-ils réunir six mille hommes pendant lé reste de la campagne.
Turenne ne suivit point l'armée espagnole pi y s loin. Voulant retourner au plus tôt au siège , il rallia les troupes qui s'étaient un peu dispersées ; il renvoya au prince de Condé douze de ses gardes; il donna ordre qu'on menât le reste des prisonniers où on devait le conduire ; il Ht descendre devant Dunkerque , par le canal de Fumes , les barques chargées des munitions , que les ennemis avaient fait venir avec eux par ce canal pour leur subsistance, et il rentra avec l'armée dans son camp. Chacun y prit son premier poste ; le vicomte dé Turenne y passa la nuit à cheval , dans la crainte de quelque surprise , et fît commencer la sape. Les assiégés, quoique sans espérance de secours, se défendaient toujours avec la môme vigueur , et Ton fut encore trois jours à prendre la contrescarpe au pied de laquelle on était avant la bataille.
De notre côté , le marquis de Gastelnau reçut une blessure dont il mourut quelques jours après, avec la triste consolation d'avoir été fait maréchal de France sur son lit de mort. Du côté des ennemis , le mar-
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quis de Leede fut blessé à mort le deuxième jouf après notre retour au siège. Enfin , tous les dehors ayant été emportés , et nos troupes étant logées pu pied du dernier ouvrage , la ville 6e rendit , le septième jour après la bataille , et le dix-huitième depuis l'ouverture de la tranchée , et le roi y entr* en triomphe.
Pour cpnverver la mémoire de cette importante conquête, et celle de la victoire des dunes, qui l'avait précédée, on frappa deux médailles. La première fait voir une Victoire, qui, le caducée en main , marche sur les ennemis terrassés. Ces mots de la légende : Victoria pacifera , signifient : La victoire apportant la paix. Ceux de l'exergue ; Hispanis çœsis ad Dunkercam , M. DC. LVIJ1 :
Les Espagnols défaits près de Dunkerque , 1658.
La seconde représente une autre Victoire , qui tient un bouclier ou sont les armes de la ville de Dunkerque. La légende Dunkerca iterum capta , signifie : Dunkerque prise pour la seconde fois. A l'exergue est la date de 1658.
Après la prise de Dunkerque , Turenne se rendit maître en moins de huit jours du fort de Linck , et des villes de Bergues, de Fumes et de Dixmu de ; il favorisa la prise de Gravelines en couvrant l'armée qui en faisait le siège. De Gravelines , il rç passer la Lys à Deynse ; il se saisit du château de Graves sur l'Escaut; il marche à Oudenarde; il
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trouve en chemin le comte de Chamilly, à qui le prince de Condé avait donné ordre de se jeter dans la ville avec trois régiments; il enlève ce comte et la moitié de ses troupes , et se rend maître d'Oodenarde. Il marche à Menin , pour passer la Lys et aller assiéger* Ypres ; et , ayant rencontré sur sa route le prince de Ligne , qui conduisait trots mille hommes à Tournai , il les attaque , et il en fait deux mille cinq cents prisonniers. Il force les habitants de Menin à laisser passer son armée sur leur pont; il enlève outre cela un régiment de dragons que don Juan d'Autriche envoyait dan* Ypres , et réduit cette grande ville à capituler en cinq jours de siège; après quoi il prend encore Comines, Grammont et Ninove ; et , mattre de tout le pays qui est entre l'Yper, la Lys et l'Escaut, il envoie des partis jusqu'aux portes de Bruxelles , où le prince de Condé et don Juan d'Autriche avaient été obligés de se retirer.
Pour immortaliser le souvenir de la prise de toutes ces places, le roi fit frapper la médaille où Ton voit une Bellone dans un char traîné par deux chevaux , et autour d'elle trois dieux-fleuves renversés. Les mots de la légende : Ad victoriarum impetus , et ceux de l'exergue : Ad Sealdim , Lysam et Yperam, M DC. LVIII , signifient : la rapidité des victoires de la France sur l'Escaut , sur la Lys $t sur l'Yper. 1658.
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Celte rapidité de victoires fit trembler l'Espagne pour la perte des Pays-Bas , et amena une suspension d'armes.
Comme Cromwel était mort quelque temps avant cette trêve , il s'éleva alors en Angleterre un parti considérable qui prit les armes en faveur du roi Charles h. Le vicomte de Turenne , ravi de trouver une occasion de rendre service au roi d'Angleterre , et , persuadé en même temps que le rétablissement de ce prince serait avantageux à la France , résolut de profiter de cette conjoncture pour le faire remonter sur le trône. Il savait que la flotte d'Angleterre était sur la mer Baltique ; il voyait la paix résolue et presque conclue avec l'Espagne ; il n'y avait rien à faire pour nos troupes dans le royaume durant la trêve : il les lit donc filer vers les côtes de la Picardie , et il s'avança jusqu'à Montreuil , afin d'être à portée de disposer toutes choses pour l'embarquement qui devait se faire à Estaples. Il acheta pour cela tous les vaisseaux qui étaient sur la côte , et toutes les munitions de guerre et de bouche nécessaires» Il donna ce qui lui restait d'argent au ducd'Yorck, qui vint à Montreuil; il lui offrit , outre cela , sa vaisselle d'argent et son crédit pour emprunter de quoi fournir à la dépense de «ette expédition. Il voulut que ses neveux , le duc de Bouillon et le comte d'Auvergne , accompagnassent ce prince en Angleterre , et l'affaire fut si