LIVRE QUATRIÈME, IT
avancée que l'on était déjà à la veilie du jour fixé pour rembarquement , lorsqu'on apprit que le corps de troupes , qui s'était déclaré pour le roi d'Angleterre , avait été entièrement défait et dissipé par ceux du parti opposé aux intérêts de ce prince ; de sorte que le vicomte de Turenne ne put pas pousser plus loin cette entreprise.
Cependant les articles du traité de paix entre la France et l'Espagne, et ceux du contrat de mariage du roi avec l'infante , furent enfin arrêtés et signés au pied des Pyrénées, sur les confins des deux royaumes ; et ce fut par cette célèbre alliance que finit une guerre qui durait depuis vingt-cinq ans.
Le roi , voulant récompenser le vicomte de Turenne des services qu'il lui avait rendus pendant te cours de cette guerre , lui donna la charge de maréchal-général de ses camps et armées. Le cardinal Mazarin lui fit même entendre qu'il ne tenait qu'à lui qu'il ne fût élevé à une plus haute dignité ; que la charge de connétable, qui était la première du royaume , avait à la vérité été supprimée à cause de la trop grande puissance qui y était attachée j que néanmoins le roi la rétablirait volontiers en sa faveur , si lui-même n'y mettait un obstacle parla religion qu'il professait. Mais le vicomte de Turenne n'était pas d'un caractère à se laisser tenter par l'attrait des honneurs quand il s'agissait de religion. L'offre de la première charge de la couronne ne Ait
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pas capable de le foire changer de religion, comme nulle considération ne put le retenir quand il fut persuadé que le calvinisme n'avait pas d'appui solide.
Les intervalles de la guerre font ordinairement de grands vides dans l'histoire des généraux d'armée , qui , tirant pour la plupart toute leur élévation du commandement des troupes à la tête desquelles Us sont , se trouvent au niveau des autres hommes durant le temps de la paix, où ils ne font plus rien qui soit digne de la connaissance de la postérité , et qui puisse par conséquent servir de matière i l'histoire.
Il n'en est pas de même des grande hommes : ils impriment jusque dans leurs moindres actions je ne âais quel caractère singulier qui les consacre en quelque manière , et qui les rend dignes d'être proposés pour modèles à tous les siècles i venir.
Tel fut le vicomte de Turenne. Quand il n'aurait jamais donné ni batailles ni combats, il n'aurait pas laissé de s'acquérir une très-grande réputation par le seul mérite de ses vertus civiles.
Il eut toujours pour les vérités fondamentales du christianisme un attachement à l'épreuve de ses pjropces passions et des mauvais exemples d'autrui. Il ne pouvait souffrir l'impiété des sentiments , ni le l$ertiaage des mœurs; et personne n'avait plus ^aversion que lui pour les gens qui menaient une