‹ Histoire de TurenneChapitre 27 sur 33 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

vie scandaleuse. Il y avait près de cinquante ani qu'il était calviniste , et des doutes sur la vérité clé sa croyance commencèrent à entrer dans son âme. Il ne s'en ouvrit néanmoins d'abord à personne ; et il tâcha seulement de s'éclairer lui-même de ses difficultés par la lecture des livres catholiques. Cette lecture augmenta ses doutes , et lui fit entrevoir les erreurs dans lesquelles il se trouvait engager par Je malheur de sa naissance ; dès-lors la religion calviniste lui devint suspecte. Il avait un grand respect pour les choses saintes ; tout ce qui portait quejque caractère de religion lui était sacré : iï respectait nos églises , nos mystères et nos cérémonies* Aussi était-il en vénération aux catholique* eux-mêmes.

Quant à ce qui regarde Ta société civijé , jaéâïïf homme ne fut d'un commerce plus aisé. Parlant des plus petites choses comme s'il eût ignoré leï grandes , et cela , avec les personnes de la moindrf condition , sans jamais se prévaloir de la supériorité de son rang ni de celle de son esprit, il s'accommodait avec tant de complaisance au caractère et à l'humeur de tout le monde , qu'on était souvent - étonné qu'avec de Si grandes qualités pour la guerre, il fiU encore le plus poli et le plus aimable homme de son temps. Tout était vrai et sincère en lut { sentiments , mœurs , manières. Aussi éloigné de 1* fausse modestie que de l'orgueil , il se laissait voir

à tout le monde tel qu'il était : il parlai! de ses actions avec simplicité et avec ingénuité ; sans rien exagérer par une vanité ouverte, et sans rien abaisser par le raffinement d'une vanité plus détournée. Ennemi déclaré des flatteurs, qui que ce soit n'eût osé Je louer. Il marchait le plus souvent sans équipage et sans domestiques , se mêlant dans ta foule comme un homme du commun ; mais il avait beau se confondre , sa réputation Je faisait partout reconnaître : le peuple , au milieu duquel il se mêlait avec tant de modestie , ne laissait pas de le regarder comme un des plus grands ornements du siècle. Chacun s'empressait pour le voir. Ceux gui le connaissaient le montraient des yeux et du geste à ceux qui ne le connaissaient pas. Les étran- — gmqirr?enaiejU^rmn^^ satis-

faits quand ils l'avaient vu ; et souvent nos ennemis même enchérissaient sur nous , quand on se mettait à faire le dénombrement de ses exploits , ou à rappeler la mémoire de ses vertus.

Réduit à quelque chose de plus particulier encore r et renfermé pour aitasi dire dans les bornes de sa maison , il n'y était pas moins admirable qu'à la guerre et dans la société. C'est là qu'il paraissait véritablement grand. Jusqu'aux gens qui le servaient, tout le monde était étonné de cette sagesse : car, au lieu que la plupart de ceux qui attirent l'admiration du public rendent leurs domestiques

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