‹ Histoire de TurenneChapitre 28 sur 33 · LIVRE QUATRIÈME. i7S · texte numérisé non relu

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témoins de leurs faiblesses, c'étaient ceux qui étaient proéhe de sa personne qui avaient pour lui des sentiments d'une plus profonde vénération , parce que , voyant ses vertus de plus près , ils connaissaient mieux combien le motif en était pur et désintéressé.

C'était Je plus parfait époux et le meilleur maitre qui fût jamais. Toutes les lettres qu'il a écrites à la vicomtesse de Turenne, sa femme , sont pleines de politesses qui vont quelquefois jusqu'au respect. On n'y saurait voir sans surprise l'attention qu'il avait pour elle, au milieu de tant de grandes affaires dont il était chargé. Il est impossible qu'elle ne fût fort sensible à la manière dont il lui ouvre son cœur dans ses lettres : mais ce qui vraisemblablement la touchait encore plus , c'est une certaine joie vive qui y est partout répandue, et qui fait voir qu'if s'avait point de plus grand plaisir que celui de lui écrire*

Pour ce qui est de ses domestiques , il voulait absolument que chacun fît son devoir; mais, quand ils se conduisaient bien , ils étaient sûrs de sa protection pour eux et pour leur famille. S'ils avaient «ne affaire , il en faisait la sienne , et la sollicitait en personne , sans vouloir toutefois que son crédit fit tort à qui que ce soit. Aussi sa maison était-elle remplie d'honnêtes gens , et il n'y avait pas un de ses domestiques qui n'eût de la probité et de

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l'honneur, soit que ceux qu'il choisissait fassent tels par eux-mêmes, ou qu'il communiquât quelque chose de son caractère à tous ceux qui rapprochaient. '

' Il estimait les gens de lettres et les attirait cher lui. Il aimait l'histoire , et il en savait faire son profit. 11 n'ignorait rien de ce qu'un prince doit savoir ; et ne s'amusait pas à apprendre ce qu'il doit ignorer. La conversation des gens de bon seos et la lecture des livres solides occupèrent une partie de son loisir, pendant les six ou sept années de paix qui suivirent le traité des Pyrénées. Mais ses occupations tranquilles n'empêchaient pas qu'il ne prit part aux affaires publiques durant ce temps-là , et que , de son cabinet , il ne donnât pour ainsi dire le branle à ce qui se faisait de plus considérai* chez nos voisins-

On lui communiquait les instructions que l'*n donnait aux ambassadeurs que nous envoyions danà les cours étrangères , et les affaires les plus secrètes qu'on négociait alors avec les princes et les états souverains de l'Europe , et nous avons encore ce qu'il a écrit sur ces sortes de matières. Il y démêle les divers intérêts des princes avec les vues d'une politique très-fine , et on y trouve des réflexions si sages, qu'on peut les comparer à ce qu'il y a de plus sensé dans les meilleurs ouvrages que l'on a faits, touchant les lois de la guerre et 4e la pahu

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Outre cela, il assistait de temps en temps au conseil , où, toutes les fois que nos voisins nous fournissaient des occasions de rompre la paii , il fut le premier à dissuader de la guerre, quelque gloire qu'il fût comme assuré d'en reiirer. Le roij rendait à son désintéressement toute la justice qui lui était due, ainsi qu'à ses autres grandes qualités. De son côté , le vicomte de Turenne ne rapprochait qu'avec une espèce de timidité , et c'était toujours avec les manières les plus respectueuses qu'il lui parlait et qu'il traitait les affaires en sa présence. Cette timidité néanmoins ne l'empêchait pas de parler fortement contre les fautes des ministres * même les plus accrédités; de solliciter vivement le roi en faveur des gens de mérite , et de lui de* mander* jusqu'à . VHspdrttmité * îes prisai?» emplois du royaume pour ceux qui avaient le« qualités les plus propres à les remplir , sans que ces gens-ià même en sussent ries. Dis qu'il tel connaissait les plus dignes , il représentait eontr* mielfement leur capacité et leurs services , jusqu'à ce qu'il eût obtenu les grâces qu'il demandait pou* eux.

Telles étaient les occupations du vicomte tk Turenne lorsque la mort enleva la vicomtesse ié Turenne , sa femme. Du caractère dont était le vicomte de Turenne , il est aisé de juger cotobiem il fut vivement touché de sa perte. La tqnè^ste

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infinie qu'il avait pour elle fut la mesure de sa douleur; tout ee qu'on lui put dire pour le consoler fut inutile, il la regretta pendant toute sa vie. Cetfime il n'en avait point d'enfant , il fallut qu'il ' rendît sa dot au duc de la Force. Il voulait lui rendre plus qu'il n'avait reçu. Le duc de la Force , de son côté , en voulait moins qu'il ne lui en appartenait ; et ce combat de générosité , dont il y a si peu d'exemples , dura longtemps entre l'un el l'autre.

Ce fut dans ce temps-là que le roi , ne pouvant tirer aucune raison des Espagnols , au sujet de quelques provinces des Pays-Bas , qu'il prétendait appartenir i la reine par droit de dévolution , résolut de porter la guerre en Flandre. Le cardinal Bawrin était mort , et ie roi gouvernait par luimême. Ayant donc proposé son dessein au vicomte de Turenne , il lui dit qu'il se reposait entièrement de l'exécution sur «es propres soins; mais que cependant il voulait aller dans les Pays-Bas en personne , pour apprendre de lui le métier de là guerre*

Turenne , ravi de cette noble inclination , donnt ordre à toutes les troupes de marcher du côté de la Flandre ; et sitôt qu'elles furent assemblées sur 4a frontière, le roi s'y étant rendu. Il fut résolu que le gros de l'armée attaquerait la Flandre par le wHeu , et qu'on aurait deux camps-volants sur les

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ailes : Tua dans le Luxembourg , sous les ordres du marquis de Gréqui , pour veiller sur les Allemands , et l'autre vers la mer , sous le commandement du maréchal d'Aumont , pour attaquer quelques places de ce côté-là. Le duc de Noaillcs fut aussi envoyé dans le gouvernement du Roussillon avec quelques régiments pour avoir soin de cette province ; et la répartition des troupes ayant été faite selon les divers corps dont on voulait se servir en différents endroits , la grande armée eut ordre de marcher à Gharleroi sur la Sambre. A son approche , le marquis de Gastel Rodrigo , gouverneur des Pays-Bas , fil sauter les fortifications de la place et l'abandonna. On rétablit très-promptement ces fortifications; on s'empara de Bincbe et d'Ath . villes situées entre la Sambre et l'Escaut; on délit sept à huit cents hommes qui voulaient se jeter dans Tournay, ville de très-grande réputation , et qui ne tint pourtant que deux jours devant son armée. Ot marcha ensuite vers Douai , sur la rivière de Scarpe; on prit cette ville et son fort en trois jours , et Oudenarde sur l'Escaut en vingt-quatre heures; après quoi on se saisit d'Alost sur la Tenre , et on alla assiéger Lille , ancienne capitale de la Flandre française , fortifiée de quatorze bastions royaux , entourée de doubles fossés , dans laquelle il y avait une garnison de six mille hommes de troupes réglées, et plus de trente mille habitants portant

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les armes , et qui fut néanmoins réduite i eàpttaler en oeuf jours de trancbée ouverte. Cependant le maréchal d'Aumont, de son côté, prit Berguesy Fumes, le fort Saint-François, Anhentières et Courtrai ; si bien qu'on se rendit maître de treikè places en moins de quatre mois. Le roi foulait que le vicomte de Turenne lui fît remarquer tout ce qui se passait; qu'il raccompagnât à la tranchée, et qu'il lui rendît raison de toutes choses. Aussitôt après la prise de Lille, il fit un détachement de sou armée /qu'il envoya contre le comte de Marsin et le prince de Ligne , qui avait assemblé un corpi de troupes pour s'opposer à nos entreprises ; mais , comme ils ne voulurent pas en venir aux mains' avec nous, on les attaqua dans leur retraite auprW ju canal de Bruges. On battit leur arrière-garde ; on leur prit plus de quinze cents chevaux , on leuf tua sii ou sept cents hommes , on mit le reste en dérouté, et personne n'osa plus paraître devant nous.

Le roi , se voyant maître de la campagne , établit des contributions jusqu'aux portes des plue grandes villes ; il força les petites places i demander la neutralité, pourvut i la sûreté de celles dont il s'était rendu le maître , et fit observer la discipline la plus exacte à ses troupes dans tout le pays nouvellement conquis , afin de gagner par là le cœur des peuples , et ks faire revenir de ravfcrskft qui

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les Flamands avaient eue jusque-là pour la domination française.

Cependant les Espagnols appréhendèrent encore une fois de perdre tout le Pays-Bas. Ils offrirent de terminer par un accommodement les contestations qui faisaient le sujet de la guerre. On accepta leur offre. La ville impériale d'Aix-la-Chapelle fut choisie pour le lieu où se tiendraient les conférences; mais , de peur que les négociations ne tirassent en longueur du côté de l'Espagne , le roi en personne, suivi du prince de Condé , alla attaquer la Franche-Comté , quoiqu'on fût au plus fort de rbiver, et Ton se rendit maître de cette province en dix jours. La rapidité de nos conquêtes aug*menta les alarmes des Espagnols : ils demandèrent avec empressement la paix , laquelle fut enfin conclue par un traité qui portait qu'en rendant la Franche-Comté aux Espagnols, nous demeurerions maîtres de toutes les places que nous avions prises sur eux en Flandre.

Les occupations de la guerre n'avaient point empêché le vicomte de Turenne de continuer à chercher, dans les livres catholiques , l'éclaircissement des doutes qui lui étaient venus au sujet de la religion calviniste. La paix , durant laquelle il était bien moine occupé, lui fut encore plus favorable pour t'en éclaircir. Il sentit enfin le faible du calvinisme, et , pressé par sa conscience , il fit connaître son

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état à quelques évêques de ses amis : il s'ouvrit encore davantage au duc d'AIbret, qui, par des lumières supérieures , leva jusqu'aux moindres doutes qui pouvaient lui faire quelque peine. Alors, convaincu qu'il était hors de la véritable Eglise , quoiqu'il fût regardé parmi les calvinistes comme un des protecteurs de leur secte , il l'abandonna. 11 alla faire son abjuration entre les mains de l'archevêque de Paris , et il ne l'avertit de son dessein que la veille du jour où il la devait faire , voulant éviter l'ostentation qui accompagne ordinairement ces sortes de cérémonies , quand elles viennent à la connaissance du public. Le pape lui éerivit un bref pour le féliciter de sa conversion , qui réjouit tous les catholiques , à mesure que la nouvelle s'en répandit dans la chrétienté.

Cependant Je vicomte de Turenne , persuadé que sa conduite et ses actions devaient répondre à la sainteté de la religion qu'il venait d'embrasser, passait presque tout son temps dans des exercices de piété et de charité qui édifiaient tout le monde ; si bien qu'on pouvait le proposer pour modèle aux anciens catholiques mêmes , et que tous les calvinistes , qui se réunirent depuis à l'Eglise romaine , avouaient que rien n'avait tant contribué à leur conversion que l'exemple de ses vertus. 11 vivait à Paris avec une si grande simplicité , qu'il semblait qu'on fût , à cet égard , dans l'ancienne Rome , où

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l'on ne distinguait point les plus grands capitaines d'avec les moindres citoyens. Ainsi , libre de l'ambition et des autres passions qui attachent les hommes à la cour, et pénétré des grandes vérités de notre sainte religion , il avait résolu de passer sa vie dans quelque retraite , et ne s'occupait plus que de cette pensée.

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Guerre atee U Hollande. - Ligne det EipagnoU et de» prtnett allemands . - Amour det soldats pour Tarenne. — - Combat 4s Slntahetm. — Cemvagne da FalaUnat. - Combat d'Bnsheim , da Turtyim. — Mort da Tartane.

Lb vicomte de Turenne était dans cette pieuse disposition lorsque le roi lui fit part du dessein qu'il avait de porter la guerrç en Hollande, où il voulait aller en personne , et lui ordonna de se tenu* prêt à le suivre. •

La guerre ayant donc été déclarée aux états-généraux des Provinces-Unies, le roi fit marcher toutes ses troupes vers la frontière de la Hollande , et il donna les autres ordres nécessaires pour pouvoir attaquer avec succès cette puissante république.

Nos troupes s'étant assemblées vers Charleroi sur la Sambre, le roi s'y rendit, suivi du duc d'Orléans, son frère , du prince de Condé , et du vicomte de Turenne. L'armée se trouva de soixante mille hommes. On la partagea en quatre corps. Et le vicomte de Turenne , à la tête de celui qui devait faire comme l'avant-garde, s'étant chargé de pénétrer le premier dans les pays ennemis , et d'en

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ouvrir les passages , décampa des bords dé la Sambre , et s'avança en prenant toutes les villes qui se trouvaient sur son passage. Les ennemis alarmés accoururent du fond de la Hollande sur le bord du Rhin , de peur que nous ne fissions un pont en quelque endroit , pour entrer plus avant dans leur pays; mais nos généraux ayant été d'avis qu'on passât ce fleuve à la nage, on le traversa un peu audessous du fort de Tolhuis , à la vue d'un corps dé Hollandais retranchés sur l'autre bord. Cette action étonnante les épouvanta tellement qu'ils s'enfuirent avec frayeur au-delà de l'Issel , dernier retranchement qui pouvait seul nous empêcher d'entrer dans le cœur.de la Hollande.

Ce ne fiîfc après cela qu'une suite de nouvelles conquêtes , dont la rapidité étonna toute l'Europe. Le roi prit Dœshourg , le duc d'Orléans Zutphen y le vicomte de Turenne les forts de Skînck, de Knotzembourg , de Woorn , de Saint-André et de Crèvecœur; les villes de Nimègue et de Grave» Utrecht , Yoerden , Amersfort , Naerden , et plusieurs autres villes aussi considérables se soumirent au roi ou furent forcées par ses armes. On avait déjà plus de vingt-cinq mille prisonniers; on s'était rendu maître de quarante villes en vingt-deufc jours, de sorte que les Hollandais, résolus de mettre leur pays sous l'eau , s'ils ne pouvaient autrement sauver leur liberté , voyant que nous foi"»

tM HISTOtlB DB TURVNNE,

cions tout ce qui faisait la moindre résistance , rompirent leurs ponts, lâchèrent leurs écluses, et percèrent même en quelques endroits leurs digues , pour nous arrêter par les inondations qu'ils firent autour des places où ils se renfermèrent. Dans ce triste état , ils députèrent vers tous les princes de l'Allemagne et du Nord , pour implorer leur secours et les conjurer de s'opposer au plus tôt au torrent des prospérités de la France , dont ils disaient que l'impétuosité menaçait toute l'Europe.

Le roi , ne pouvant avancer plus loin , s'en retourna à Paris avec le duc d'Orléans , après avoir lait généralissime de toutes ses troupes qui restaient dans les Provinces-Unies le vicomte de Turenne , auquel il voulut que les maréchaux de C^qui , d'Humièreset de Bellefond obéissent comme à lui-même. Us refusèrent d'abord de le faire. Us se repentirent presque aussitôt de ne l'avoir pas fait ; mais le rot ne leur pardonna, et ne leur, permit d'aller faire la fonctiou de lieutenants-généraux, sous le vicomte de Turenne, qu'aux instances de tout le corps des maréchaux de France , qui demanda grâce pour eux.

Cependant l'empereur , le roi de Danemarck , les électeurs de Saxe,et de Brandebourg , les ducs de Brunswick et de Lunebourg , et plusieurs autres souverains , firent une ligue contre nous avec les 4t*ts-généraux des Provinces-Unies. L'électeur de

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Brandebourg fut le premier qui se mit en campagne pour Tenir à leur secours. Ce prince avait vingtcinq mille hommes de ses propres troupes , et dix mille de celles de l'empereur, que lui avait amenées le comte de Montécuculli. Il avait un équipage d'artillerie de soixante pièces de canon , et d'un très* grand nombre de mortiers.

A la tête de cette puissante armée , il se flattait d'aller fort embarrasser le vicomte de Turenne, qui , étant obligé de mettre des garnisons dans presque toutes les villes de la Hollande , ne pouvait avoir guère de troupes de reste en campagne. Il menait avec lui le prince électoral son (ils ; il croyait marcher à une victoire sûre. Il avait déjà fait sommer l'électeur de Cologne et i'évêque de Munster , nos alliés , d'abandonner les engagements qu'ils avaient avec la France , et il s'avançait vers le Rhin pour venir nous chercher.

Le marquis de Louvois , qui était secrétaire d'état, et qui avait le département des affaires de la guerre , écrivit aussitôt au vicomte de Turenne de la part du roi , lui représentant de quelle importance il était d'empêcher que l'électeur de Brandebourg ne passât le Rhin ; mais comme il n'y avait pas d'apparence qu'il pût garder tous les postes d'un fleuve de eette étendue , le roi lui ordonnait seulement d'empêcher , s'il était possible , que les ennemis n'y prissent quelques postes considérables,

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estimant qu'on ne pouvait pas rendre à l'état al plus grand service que celui-là.

Turenne ne put prendre que douze raille hommes avec lui pour aller faire tête à l'électeur de Bwtoéebourg ; encore y en avait-il parmi ce petit nombre qui n'étaient pas trop contents d'aller recommencer une nouvelle campagne , à la fin de celle qu'ils venaient de faire ; de sorte qu'il y en eut plusieurs v et mêmede la maison du roi , qui quittèrent l'armée. Le vicomte de Turenne , croyant que le manque d'argent avait obligé quelques-uns à prendre ce parti malgré eux , offrit sa bourse aux commandants des compagnies , et , les ayant engagés par-là à le suivre , il passa le Rhin à Wesel.

La hardiesse de cette démarche surprit toute l'Allemagne , qui avait cru qu'il se contenterait de défendre le passage de ce fleuve. La cour de France même en fut étonnée; et le roi lui envoya quatre mille hommes pour remplacer les soldats qui avaient quitté.

L'électeur de Brandebourg, qui s'était attendu à faire tout fuir devant lui, fut fort déconcerté quand il apprit que le vicomte de Turenne avait passé le Rhin. Il se retira devant lui ; et Turenne; le poursuivant sans relâche , s'empara des comtés de la Mardi et de Ravensberg , et poursuivit l'électeur jusque dans sa principauté d'Halberstadt , où il s'était retiré après avoir laissé une partie de

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ses troupes pour garder les postes qui étaient entré lui et nous.

La saison était eitraordinairement rigoureuse; il faisait un froid cruel , et la terre était tellement gelée qu'on ne pouvait ouvrir la tranchée devant Je* filles qu'on assiégeait , et qu'on était obligé d v ettuyfcr tout le (eu de la mousqueterie et du canon des ennemis à découvert. U fallait passer par des montagnes très-difficiles , et par des défilés très* étroits.

Le vicomte de Turenne s'étant couché un jour derrière un buisson , pour dormir pendant que J'aN ttée passait un de ces défilés qui était fort long , quelques soldats le reconnurent; et, comme la neige commençait à tomber sur lui , ils coupèrent aussitôt des branches d'arbres pour loi foire une huttet Plusieurs cavaliers qui survinrent , voyant que les branchages ne le mettaient pas assez à couvert , donnèrent fous à l'envi leurs manteaux pour lui faire une espèce de tente. Sur quoi s'étant éveillé v et leur ayant demandé à quoi ils s'amusaient au lieu de marcher : nous voulons , répondirent-ils , eo** éervêr notre général; c'est là notre plus fronde af± faire , et si nous venions à le perdre v noua m reverrions pevt-étre jamais notre pays. Cependant les peines que les soldats avaient à souffrir sont presque inconcevables ; mais l'abondance où ih se trouvaient dans un pays ennemi leur faisait oubKor

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toutes leurs fatigues; d'ailleurs , le vicomte de Turenne les ménageait eu toutes choses avec des soi ni si pleins de bonté , que la reconnaissance les aurait fait aller avec lui jusqu'au bout du monde. Ainsi , malgré tant d'obstacles qui se présentaient . il força tons les passages , à la garde desquels les ennemis avaient laissé des troupes en se retirant , et prit en si peu de temps toutes les villes où ils avaient jeté des garnisons , que l'électeur de Brandebourg , ne se croyant pas en sûreté dans la principauté d'Haïberstadt où il était , repassa l'Elbe à Magdebourg , et se réfugia i Berlin , capitale de ses états.

On ne comprenait pas comment le vicomte- de Turenne osait s'engager ainsi , avec une armée, dans un pays si éloigné , où il n'avait ni places 9 ni magasins ; il avait même réalisé son plan de campagne* en opposition avec les ordres de Louvois et même de Louis nv ; et comme , dans un si grand éloignement , il ne pouvait pas envoyer desxourriers en France aussi régulièrement qu'on l'aurait sou* batté , et comme on fut quelque temps sans recevoir de ses nouvelles , ses envieux commencèrent à déclamer contre lui , disant qu'il s'était laissé couper, et que l'armée du roi était perdue. Le roi était peut-être l'homme de son royaume qui fût le plus sur ses gardes , lorsqu'on parlait au désavantage de* absents ; d'autant plus réservé à s'expliquer sur les gens, que le déchaînement était plus grand contre

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