LIVRE CIKQUlfeSB
nette, el il eut encore ton épée cassée d'un second coup de pistolet. Nos autres officiers firent également paraître leur courage dans les diverses rencontres qui se présentèrent. La poussière était si grande qu'on ne se voyait presque point ; et la confusion inévitable dans ces sortes d'occasions contribuant au carnage, on s'acharna tellement que Ton était mêlé ensemble , amis et ennemis , quelquefois sans se connaître , ni pouvoir rejoindre ceux de son parti ; le désordre était souvent égal de part et d'autre. Les ennemis se rallièrent jusqu'à sept fois et firent huit charges consécutives, mais il* furent toujours rompus et repoussés ; et comme à èhaque charge ils perdaient un peu de terrain que gagMient aussitôt nos troupes, nous étendions toujours de plus en plus le front de notre armée ; de sorte qu'il se trouva jusqu'à dix-huit escadrons à notre première ligne , ou il n'y en avait eu d'abord que cinq ; et que , montant toujours peu à peu , nous arrivâmes enfin presqu'au sommet de la montagne. Alors le vicomte de Turenne marcha aux ennemis avec la première ligne., résolut de les charger et de les pousser avec toute la vigueur possible. Mais le duc de Lorraine et le comte de Caprara , voyant le terrain que nous avions gagné sur eux , ne jugèrent pas à propos de nous attendre ; et , profitant de l'avantage de la poussière , qui nous empêchait de les voir Wen distinctement , ils firent approcher peu
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i peu leur armée du bois qui était derrière eux , et où tous les ennemis se jetèrent pêle-mêle , pour se retirer du côté d'Heidelbourg , faisant couvrir leur retraite par quelques escadrons, qui , après avoir fait une assez légère charge à l'arrière-garde , les suivirent aussitôt et se retirèrent avec eux.
Le vicomte de Turenne , ayant reconnu les bords du bois et l'entrée des routes , s'y jeta avec toute «on armée. On y trouva les équipages des ennemis et leurs blessés , qu'on prit avec les traînards. On passa le bois , qui avait une demi-lieue de largeur. On suivit les ennemis plus d'une heure dans la plaine , jusqu'à un autre bois où ils entrèrent et où ils continuèrent leur retraite. Mais, comme ils prirent diverses routes qui nous étaient inconnues, et que d'ailleurs nos troupes étaient extrêmement fatiguées , Turenne se contenta de faire poursuivre les ennemis jusqu'à Necker, par le marquis de Kenly , à qui il donna un corps de cavalerie , et il campa entre les deux bois avec le reste de son armée. Cette retraite se fit avec tant de frayeur de la part des ennemis , que plusieurs ne se croyant pas en sûreté , après avoir passé le Necker à Hei~ delberg , tirent encore plus de seize lieues par delà, et ne s'arrêtèrent point qu'ils ne fussent arrivés à Francfort.
La bataille , avec les actions qui la précédèrent, .dura depuis trois heures du matin jusqu'à cinq
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heure» du soir. Nous y perdîmes les sieurs de Coolanges et de Roehefort , tous deux mestres-de-camp, près de cent quatre-vingts officiers subalternes , et environ onze cents soldats qui furent tués. Le marquis de Saint-Àbre , le sieur de Siltery , et le sieor de Beauvezé y furent blessés à mort ; le chevalier de Bouillon , le comte de la Marck , les marquis d'Aubelerre et de la Salie , et la plus grande partie des officiers subalternes y furent aussi blessés, mais moins dangereusement. Il demeura , du cdté des ennemis , plus de trois mille morts sur le champ de bataille , sans les blessés ; on fit cinq ou sis cents prisonniers; on prit plusieurs drapeaux , étendards et timbales , et quarante chariots chargés de bagage. Le vicomte de Turenne mit tout le Palatioat à conr triiwttoo ; il fit donner des vivres en abondance à ses troupes harassées , et pour les remettre entièrement de leurs fatigues , il les ramena au-delà du Rhin, où étaient les équipages de Farinée.
La France , pour consacrer à la postérité la mémoire d'une expédition si prompte et si vive , fit frapper la médaille où Ton voit un foudre ailé. Les mois de la légende : VU et cclcrUat , signifient : Vigueur et viteae; et l'exergue : Pu§*a ad Sinixhemium M. DC. LXXIV. Bataille de Sinizheim. 1674.
Depuis cette bataille , les ennemis , qui avaient été dispersés dans leur retraite , s'étaient rassemblas
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tu-delà du Necàer, où le duc de BouraonviMe, .général de l'armée impériale , les avait enfin jointe avec un corps de huit raille hommes. Ils n'osaient Jiéaaœoins tenir la campagne , et ils se retranchaient dans leur camp , où ils étaient résolus de demeurer en attendant les troupes des cercles , des princes et des états de l'empire, qui venaient les joindre. Mais le vicomte de Turenne , qui voulait encore les combattre avant cette seconde jonetioo , ayant fait suffisamment rafraîchir son armée , qui venait d'être renforcée de quinte cents chevaux, et de l'infanterie qu'il avait à Hochfeld , passa encore une fois le Rhin à Philisbourg , sans emmener de bagages avec lui , aiin dé pouvoir aller plus vite ; il marcha trois jours et troits nuits y et arriva au Necèer. L'armée dos ennemis était de treize à quatorze mille hommes , et la notre n'était que de dix à onze mille ; néanmoins, le vicomte de Turenne , ayant résolu de 1m aller attaquer, borda le Necker de son canon à Wiblinghen , où il voulait passer, et y faire un pont •ous le feu de soh artillerie ; mais à peine ce pont étâit-il commencé que les ennemis abandonnèrent leur camp et leurs retranchements , et se retirèrent vers le ftfein, du côté de Francfort.
Le vicomte de Turenne détacha après eux fa comte de Roye avec un corps de cavalerie , lui or* donnant de les charger sitôt qu'il serait à portée pour les arrêter , et de lut donner le temps d'arriver
*vec |e reste de l'aria, à laquelle il fit pr*»***jpent passer le Necker moitié à gué , moitié sur sop pont. Jamais troupes ne marchèrent avec pins d v arcteur que les nôtres ; quelque diligence que .Ht ta cavalerie, l'infanterie la joignit à tous les défiléa. Mais lés ennemis avaient tellement peur que uo«s jie tombassions sur eux , qu'ils tirent quatorze lieues tout d'une traite ; ils étaient au-delà de Zwiugbeaberg, lorsque le comte de Roye commença h charger leur arrière-garde ; le vicomte de Turenne y étant arrivé bientôt après avec toute l'armée , la frayeur «aisit tellement les ennemis à notre approche , qu'Us se débarrassèrent de tout ce qui les pouvait incommoder, pour fuir avec plus de précipitation. Toute leur route était semée de cuirasses et d'autre^ sortes d'armes; ils laissèrent derrière eux beaucoup d'bwimes et de chevaux fatigués , que noq* prîmes , et on les poussa enfin si vivement, que l'infanterie s étant débandée à droite et à gauche dans les moqtagnos et dans les bois, il ne s'en tira pas quatre c^nts hommes ensemble» et que leur cavalerie ne s'arrête point qu'elle ne fût derrière Francfort , au delà du Mein. Nous les suivîmes jusque sur les borda de ce fleuve; nous prîmes les principaux officiers qui étaient a l'arrière-garde , et un grand nombre ée soldats , six pièces de canon et une partie du ba~ jgege; et ce fut pour immortaliser cette déroute jquon frappa la médaille où l'on voit u» bemme à
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cheval , qui tient un étendard aux armes de France et qui court à toutes jambes après les ennemis. Derrière est le fleuve du Necker. La légende : Germants iterkm /um , signifie : les Allemands défaits une seconde fais ; l'exergue : ad Nicrum, M. DC. LXXIV, sur les bords du Necker, J674.
Par cette fuite des ennemis , le vicomte de Turenne , se trouvant maître du Palatinat , y fit vivre ses troupes à discrétion ; et son armée , en quatre ou cinq campements, qui durèrent près d'un mois, consomma tous les fourrages et toutes les moissons de ee pays , de manière qu'il eût été impossible à aucun corps dé troupes d'y subsister. La plupart des paysans du Palatinat , dépouillés de toutes choses , furent obligés d'abandonner leurs maisons et de sortir du pays ; mais il n'y eut sortes de cruautés qu'ils ne lissent souffrir à ceux de nos soldats qu'il purent prendre , pour se venger de l'extrémité où nous les réduisions. Ils en pendirent quelques-uns h* tête en bas, et les firent brûlera petit feu, ou les laissèrent ainsi mourir sans les étrangler ; ils arrachèrent le cœur et les entrailles à quelques autres encore en vie , et leur crevèrent les yeux ; et , après les avoir tous massacrés ou mutilés avec la cruauté la plus barbare, ils les exposèrent en cet état sur les grands chemins. Notre armée eut ce triste spectacle en plusieurs endroits de sa marche; 'et tas Anglais ayant trouvé le corps de quelques.-
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ubs de leurs camarades ainsi misérablement tronqué» , cette barbarie les outra de telle sorte qe'ile allèrent comme des furieux, le flambeau à la main, mettre le feu partout aux environs , et brûlèrent quantité de bourgs et de villages , et même quelques petites villes dont les habitants furent contraints de s'aller établir dans d'autres étals.
L'électeur palatin, voyant son pays ainsi dépeuplé et ravagé , était au désespoir de n'avoir pas accepté la neutralité que nous lui avions offerte» Irrité 4e, la désolation de ses états, n'ayant point d'armée pour s'en venger , et ne sachant à qui s'en prendre, H envoya faire un appel au vicomte de Turenne t et lui écrivit une lettre par laquelle il lui mandai qu'il le voulait voir, l'épée à la main , dans un combat particulier. Comme cette lettre lui fut apportée devant tout le monde par un trompette , il la lut en présence de quelques officiers qui étaient avec lui ; mais il n'eut pas plus tôt tu ce qu'elle contenait qu'il fut très-fâché de l'avoir lue publiquement , par considération pour l'électeur palatin,, à la réputation duquel if craignit que cette lettre ne Ht beaucoup de tort ; car cet électeur passait pour Je prince de tout l'empire qui avait le plus d'esprit ; et le vicomte de Turenne , jugeant bien qu'il ne serait pas longtemps à se repentir de l'appel qu'il lui avait (ait faire , aurait bien voulu ménager l'hon- t »*ur de ce prince* En eflet, il n'eut pas plus tôt
fM fUSTUftt M TtMN*S.
)t» la réponse pleine de sagesse que lui fit le viconrt» à* Tartane, qu'il demeura confus de ce que fa patsfoft lui avait fait faire. Le vicomte de Turenne ne voulut donner à qui que ce soit copie de cette lettre , et il ne Renvoya même au roi qu'après qu'il lui eut promis qu'il ne la ferait ?oir à personne. Il fit un châtiment exemplaire de ceux qui avaient été les auteurs des incendies ; et comme c'étaient la plupart de fort braves gens , il ne put les condamner à la mort sans se foire une extrême violence ; ce que tout le monde remarquant , il Ait toujours regardé comme le père de ses soldats , lors même, qu'il les faisait punir suivent toute la rigueur de?' oréomisnées.
Au reste , après avoir consommé les fourrages et tout œ qui pouvait servir aux ennemis dans la partie ' du Palatinat qui esta la droite du Rnih, il revint dan» celle qui est à la gaucfhe , pour en faire au* tant. Ce fut là que la dyssenterie s'étant mise dans son armée , on reconnut , encore mieux qu'en aucune autre occasion , jusqu'où s'étendait sa bonté pour les troupes ; car le meilleur père ne se donna jamais plus de mouvements et de soins pour la gàérison de ses enfants qu'il s'en donna pour celle de ses soldats. Aussi étaient-ils pleins d'amour et de vénération pour lui. Us n'avaient nulle iaquié- ' tuée, pourvu qu'ils sussent qu'il était en bonne santé ; mais 1e travail et les fatigues continuelle* 1