LIVRE DEUXIÈME
Tarenne lient tète au général Mercy, et avec le duc d'Engbien se rend naître de pluttenrs provinces et de tout le cours du Rbta , depuis Strasbourg jusqu'à Coblentz. — 11 délivre Baccarach et s'empare de cinq places importantes — Combat acbarué près de Hariandal. — Défection du général Konigsmark. — Bataille de Norlinghem ; mort du général Mercy. — Turenne rétablit l'électeur de Trêves. — Jonction de l'armée suédoise à la notre. — Les Français enlèvent un grand nombre de places fortes à la Bavière. — Traité de Munster.
Lb maréchal de Guébriant , qui , après la mort du duc de Weimar , avait été mis à la tête de son armée , Venait de mourir de la blessure qu'il avait reçue au siège de Rotweil , ville impériale , située à la source de Necker. Le comte de Rantzaw , qui était le plus ancien officier de Tannée , en avait pris le commandement , et l'avait menée aux environs de Dutlinghen , ville peu éloignée de la source du Danube , où le baron de Mercy , général des troupes du duc de Bavière , qui s'était ligué avec l'empereur contre nous, l'enleva avec tous ses officiers-généraux et toutes ses troupes , à la réserve de cinq à six mille hommes qui se sauvèrent en deçà du Rhin , sans chef, sans argent et sans armes. C'est à quoi se trouvait réduite cette armée , qui avait été la terreur de l'empire sous le duc de Weimar; et ce
40 HISTOIRE DE TDBENNE.
fut avec ce débris de troupes , sans autres forces , qu'on chargea le vicomte de Turenne de défendre la France , du côté de l'Allemagne , contre les effort» des armées de l'empereur, du duc de Bavière et du duc de Lorraine , que les ennemis avaient réunies dans l'espérance de proûter du triste état où l'affaire de Dutlinghen nous avait réduits. Pour surcroît de malheur, Torstenson , général de l'armée suédoise t qui jusque-là avait agi de concert avec la nôtre contre les Impériaux , s'en alla dans le Holstein, sans même nous donner avis de son départ.
Tel était l'état de nos affaires en Allemagne lorsque le vicomte de Turenne y arriva. 11 commença par emprunter sur son crédit une somme considérable d'argent pour subvenir aux besoins de» troupes ; et pendant que presque tous les grands du royaume survendaient à la reine régente les moindres services qu'ils rendaient à la couronne , il fit remonter la cavalerie et rhabiller l'infanterie à se» propres dépens; il acheta de nouveaux équipage» d'artillerie , et les recrues de chaque régiment ayant été faites , il trouva, par la revue qu'il en fit , que ce petit corps de troupes était de six i sept mille hommes.
Avec une aussi faible armée , bien loiô de faire aucune entreprise , il n'y avait pas d'apparence qu'il pût seulement tenir la campagne. Néanmoins, comme au commencement d'une minorité , il était