‹ Histoire de TurenneChapitre 5 sur 33 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

très-important, pour les intérêts de la France, de faire tête partout aux ennemis , le vicomte de Turenne passa le Rhin à Brissac; et, ayant su que le frère du général Mercy était avec un corps de deui mille chevaux aux environs d'Hutinghen , au-delà de la Forêt-Noire , il le lit attaquer par quatre ou cinq régiments ; il lui tailla en pièces six cents hommes , et en lit cinq cents prisonniers, avec beaucoup d'officiers ; le reste se sauva vers le général Mercy , qui , malgré cet échec , ayant encore quinze à seize mille hommes , alla mettre le siège devant Fribourg , capitale du Brisgaw. Quelque faible que fût le vicomte de Turenne , il voulait tenter de secourir cette place ; mais la reine régente lui ayant défendu de ne rien entreprendre de ce côté-là jusqu'à ce que le duc d'Enghien fût arrivé avec le maréchal de Guiche , qui y conduisait douze mille .hommes , il fut obligé de les attendre.

Cependant les Bavarois , ayant vivement pressé Fribourg, s'en rendirent maîtres avant que le duc d'Enghien fût arrivé. Ce prince n'eut pas plus tôt joint ses troupes à celles du vicomte de Turenne, qu'il résolut d'aller chercher l'ennemi , et de lui offrir le combat. Le général Mercy, après la prise de Fribourg, était resté dans le camp qu'il avait auprès de cette ville, ne croyant pas pouvoir se poster plus avantageusement.

En effet , il était dans une plaine environnée de

42 HISTOIRE DK TURBNNE.

marais et de montagnes qui formaient une espèce de carré long , lequel n'avait pour toute ouverture , de notre côté , que le grand chemin de Brissac à Fribourg. Il avait derrière lui cette dernière ville : la tête de son armée faisait face au chemin de Brissac, par lequel on devait naturellement venir à lui ; les marais à sa droite étaient absolument impraticables , et les montagnes qui fermaient sa gauche étaient si près Tune de l'autre , que l'espace qui se trouvait entre deux était un véritable déûlé.

Cependant, comme son armée prêtait le flanc à ceux qui l'auraient attaqué par ce passage, il y avait fait faire des retranchements , outre ceux que les ravins y formaient déjà ; il l'avait fait barrer de sapins couchés en travers , dont les branches étaient coupées par la moitié , et qui , par ce moyen , hérissées de pieux en tous sens , servaient de chevaux de frise ; il avait garni le bois , à droite et à gauche , de mousquetaires , si bien qu'il était persuadé qu'on n'oserait pas l'attaquer par cet endroit. Quant au chemin de Fribourg à Brissac , il croyait y avoir assez bien pourvu , en mettant un gros corps de troupes sur la montagne qui était à la tête de ce ëhemin , et qui le commandait entièrement.

Le duc d'Enghien , ayant reconnu la disposition de ce camp , résolut de l'attaquer, et par le chemin de Brissac , et par le vallon tout à la fois. L'armée Vies Bavarois était de quinze mille hommes , et la

Page 1