LIVRE DEUXIÈME
nôtre de dix-neuf mille. Le duc d'Enghien prît la moitié des troupes , et voulut attaquer les ennemis par la montagne qui défendait le chemin de Brissac , à la tête de leur camp ; et Je vicomte de Turenne , avec l'autre moitié de l'armée , se chargea de les aller attaquer par le vallon. Pour cela il fallait faire le tour de la montagne à travers les bois. Il partit donc vers la pointe du jour, afin d'arriver assez tôt , et de pouvoir faire son attaque en même temps que le duc d'Enghien ferait la sienne , comme cela arriva, car, à l'heure dont ils étaient convenus , c'est-à-dire trois heures avant la nuit , le duc d'Enghien lit charger les ennemis au pied de la montagne, et en ayant gagné le sommet, après trois heures de combat, il résolut d'y passer la nuit et d'attendre au lendemain à descendre dans la plaine.
Le vicomte de Turenne était entré dans le vallon i la même heure , et avait fait charger l'infanterie que le général Mercy avait logée, à droite et à gauche, dans les bois dont les deux montagnes étaient couvertes. Cette infanterie s'était fait partout des retranchements par des abatis d'arbres , et il fallait livrer un nouveau combat à chaque pas qu'on faisait. Cependant le vicomte de Turenne poussa si vivement les ennemis , qu'il se rendit maître des deux côtés du déîilé , passa tous les fossés et les ravins qui les traversaient, et pénétra dans la plaine.
oû il fit entrer une partie de ses troupes. Comme ce fut justement le temps où le duc d'Enghien avait cessé le combat , le général Mercy , qui n'était pas obligé de partager ses forces , vint contre le vicomte de Turenne avec toute son armée. Le feu fut continuel de part et d'autre durant toute la nuit , c'està-dire plus de sept heures entières. Les Bavarois tirent les derniers efforts pour nous obliger à repasser le défilé; néanmoins , quoique leur infanterie fût soutenue de toute leur cavalerie , et que nous n'eussions pu avoir qu'un seul escadron derrière la nôtre, faute d'espace, le vicomte de Turenne conserva le terrain qu'il avait gagné , et le général Mercy, ayant déjà trois mille hommes hors de combat , crut devoir penser tout de bon à sauver le reste de son armée.
L'obscurité de la nuit empêchait que le vicomte de Turenne ne vît les mouvements qu'il faisait ; il n'y avait déjà plus vis-à-vis de nous que quelques rangs de mousquetaires., qui faisaient de fréquentes décharges de leurs armes , pour nous faire croire que toute l'armée y était encore ; et Mercy s'était retiré , avec le reste de ses troupes , sans qu'on s'en fût aperçu j de sorte que lorsque le jour parut, ces mousquetaires ayant pris la fuite» le vicomte de Turenne vit qu'il n'y avait plus personne dans la plaine , et y entra avec le corps qu'il commandait y ce que le duc d'Enghien ayant aperçu de l'endroit