‹ Histoire de Turenne, maréchal de FranceChapitre 6 sur 21 · CARTE DE L ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

CARTE DE L ALLEMAGNE

pour suiNTe les Canipa^ies de Tui'enne l64:>-h>7.î

Cravr parEiJupd 12 cJ)tig^ua^ Troum Tam

guerre, restitutions de places et licenciement des troupes. On reconnaît dans cette dépêclie le prudent et rusé ministre qui tournait si habilement les difficultés. Il recommande deux chefs importants à Turenne :

« Le premier, lui dit-il, est d'ajuster les choses en sorte que l'armée que vous commandez puisse subsister encore cet hiver aux dépens de l'Allemagne , et ne tombe point sur nos bras dans l'Alsace et la Lorraine, d

Et pour cela il faut user d'adresse.

« On avait écrit à M. Servien, continue Mazarin, de faire résoudre dans l'Assemblée que l'armée logerait en Allemagne pendant l'hiver; mais il n'osa seulement mettre ce point sur le tapis, ayant reconnu que les États rompraient plutôt avec les couronnes que d'y consentir formellement... Mais il y a de certaines choses qui sont plus faciles à obtenir dans l'exécution qu'il n'est aisé d'en faire demeurer d'accord auparavant par une convention expresse... )>

Mazarin explique comment il compte gagner du temps. Le retrait des troupes ne doit avoir lieu qu'après l'échange des ratifications, qui se fera vers le ^5 décembre; « il faudra encore, après cela, faire la restitution des places, ce qui ne pourra s'exécuter qu'à diverses fois et après divers délais, afin que l'on sache, avant que dépasser outre, si chacun exécutera de son côté et de bonne foi ce à quoi il sera obligé par le traité ; et cela emportera beaucoup de temps , et tout au moins nous portera insensiblement à la fin de février, présupposé même qu'il n'y ait point de manquements de la part des Impériaux. Cela étant fait, les troupes du roi, quittant leurs quartiers, ne pouvant marcher qu'à petites journées pendant l'hiver, n'arriveront deçà le Rhin que ^ers la fin de mars , et par conséquent on aura gagné insensiblement tout le temps qu'on désire, sans qu'il ait quasi été besoin d'en convenir expressément...

« Le second chef, qui est de dernière conséquence, est de régler en sorte la forme du licenciement des troupes , que les Espagnols ne profitent pas de toutes celles de l'Empereur et peut-être encore de celles de Bavière, outre le corps de Lamboy, qu'il sera bien malaisé de leur ôter. d

Mazarin se préoccupait vivement du parti que prendraient les troupes que la paix allait rendre disponibles. 11 ne se faisait pas illusion. L'armée de l'Empereur et celle de l'électeur de Cologne devaient naturellement passer au service des Espagnols. Pour s'y opposer il aurait fallu de l'argent, beaucoup d'argent, et il n'y en avait pas. « Nous ne pouvons rien tirer de ce côté-là qu'à force d'argent, dont nous n'avons pas, à beaucoup près, pour les choses absolument nécessaires. »

Mazarin engage Turenne à attirer au service de la France « quelques bons chefs de l'armée de Suède et de celle de Bavière, de ceux qui sont les plus accrédités parmi la soldatesque et les plus capables de la bien maintenir et de la faire vivre avec ordre et discipline ».

Il ne se dissimule pas que pour réussir il faut de l'argent, et il en cherche. « Je travaille présentement à chercher vingt mille pistoles malgré toute notre disette, pour les employer en nouvelles levées; et, si je viens à bout de les trouver, comme je l'espère, avec un peu de temps, ce n'aura pas été un effort médiocre. Je me promets même qu'il y aura lieu de faire beaucoup avec une pareille somme. »

Turenne avait fait vivre ses troupes sur le territoire étranger presque uniquement avec les ressources qu'il tirait des contributions. Mazarin ne l'en blâme que fort doucement.

a M. le duc de Bavière a écrit ici, faisant de grandes plaintes des excès et désordres commis dans ses États par vos troupes, qu'il dit lui avoir fait beaucoup plus de mal que les Suédois même, et insiste fort sur ce qui s'est passé à Arlingen; on a répondu le mieux que l'on a pu en vous excusant sur ce qu'on n'est pas toujours bien maître de la soldatesque ; mais nous voyons bien effectivement que vous avez fait des merveilles à conserver si bien l'armée sans avoir touché un sol depuis si longtemps; il sera bon néanmoins qu'autant qu'il dépendra de vous, vous essayiez d'adoucir avec ce prince l'aigreur des choses passées. )>

Conformément à ces instructions , Turenne passa l'hiver avec son armée cantonnée en Souabe et en Wurtemberg, tandis qu'en France la Fronde commençait.

Page 1