CHAPITRE II
Règne d'A murât l« r . — Hardiesse du mufti. — Conjuration des fils d'Amurat et de Paléologue. — Supplice des conjurés. — Manuel monte sur le trône: il perd Thessalonique. — Bataille de Cassovie et mort d'Amurat. — Avènement de Bajazet. — Premier siège de Constantinople par les Ottomans. — Bataille de Nicopolis; massacre de dix mille prisonniers. — Portrait de Tamerlan , ses exploits. — Bataille d'Ancora. — Bajazet est fait prisonnier. — La cage de fer. — Mort de Bajazet.
A murât avait quarante et un ans lorsqu'il monta sur le trône de son père. Pour en imposer au peuple il affecta une grande piété extérieure, et il prit un surnom persan qui signifie envoyé de Dieu. Dès les premiers jours de son règne il fixa son séjour à Andrinople ; mais à peine y était-il établi qu'il lui fallut repasser en Asie pour réprimer une sédition de quelques pachas qui voulaient secouer le joug. Ils furent vaincus et mis en fuite dans une seule bataille. Le sultan reparut bientôt en Europe, où il épousa la fille du prince de Servie.
Tout absolu qu'était Amurat, il affecta de se soumettre religieusement aux pratiques et même aux ministres du Coran, quoiqu'il pût les élever ou les déposer à son gré. Le mufti, qui est le chef de la religion , était aussi , dans les premiers temps de l'empire, juge des contestations qui surgissaient entre les particuliers (1). Le sultan voulant paraître un jour en témoignage dans un procès entre deux officiers du sérail, le mufti osa refuser d'écouter son maître : « Votre parole est sacrée, lui dit-il , parce que c'est celle du sultan ; mais si vous paraissez comme parti-
(1) Lesmollaset les cadis, qui sont les juges chez les Turcs, appartiennent à l'état ecclésiastique.
culier, je ne puis vous entendre, parce que vous ne mêlez point vos prières à celles de vos frères dans nos mosquées, comme il est ordonne à tout musulman. » Amurat, frappé de ce reproche, fit bâtir une mosquée à Andrinople, vis-àvis de son sérail , dans laquelle il se rendit depuis aux jours et aux heures réglés par la loi de Mahomet.
Les souverains qui s'étaient partagé les débris de l'empire grec craignident bien plus le sultan que le faible ennemi qu'ils avaient dépouillé. Jean Paléologue comprit qu'il ne se soutiendrait sur les ruines de son trône que par le secours de ce nouvel allié, dont il détestait la puissance usurpée, mais qu'il était réduit à implorer.
Andronic et Contuse, fils l'un de Paléologue, l'autre d' Amurat, avec les janissaires, les spahis et quelques troupes de l'empire , défirent à Sirmen une armée confédérée de Moldaves, de Yalaques, de Transylvains et de Bulgares , peuples voisins enrichis des dépouilles des Grecs , que nous verrons bientôt devenir tributaires des Turcs. L'âge, la conformité d'inclination et de succès lièrent les deux jeunes princes ; mais Andronic voyait des mêmes yeux que tous les chrétiens les progrès des Turcs, soit en Europe, soit en Asie. Il frémissait en pensant* qu'il ne monterait sur le trône de ses pères que dépendant et presque tributaire d'un barbare. Contuse était ambitieux; Andronic entreprit de lui mettre les armes à la main contre son père et son maître; il espérait se soustraire un jour au joug des Turcs en détruisant le père par le fils. Pour consommer cette entreprise, il fallut aussi qu'Andronic s'armât contre Paléologue. Ces princes gouvernaient tous les deux les États de leurs pères en Europe, tandis que Paléologue et Amurat avaient été retenus en Asie par des raisons que l'histoire n'explique pas.
Les deux jeunes rebelles formèrent une ligue offensive et défensive (789-1389), et firent mettre leurs noms dans les actes publics. A cette nouvelle, le sultan fit à Paléo-
7î HISTOIRE
logue des reproches amers, comme s'il eût été le complice de celui qui prétendait le détrôner. L'empereur d'Orient descendit aux justifications les plus basses; quelque raison qu'il eût de souhaiter la division des barbares , il promit de châtier son fils, s'il pouvait le faire prisonnier.
En effet , les deux princes repassèrent le Bosphore à la tête d'une armée composée de Turcs, car les Grecs étaient en si petit nombre, qu'à peine méritaient-ils d'être comptés. Àmurat trouva les rebelles campés à quelques lieues de Gonstantinople. Il s'approcha des tentes, la nuit, à la faveur du clair de lune, et il se fit connaître aux gardes avancées. Ce prince adroit employa la flatterie et les promesses pour déterminer les soldats à rentrer dans le devoir. Elles eurent tant d'effet, qu'en moins d'une heure Contuse vit passer du côté de son père plus des trois quarts de son armée. Il ne restait plus aux deux princes révoltés d'autre parti que celui de la retraite : tous les deux fuient à Didimotique, résolus d'y mériter par leur courage une capitulation honorable. Us y furent reçus avec respect ; mais, après beaucoup de sang répandu, la ville fut prise ; Andronic et Contuse tombèrent au pouvoir d'un vainqueur inexorable.
Amurat envoya sous bonne garde Andronic à Constantinople, fit sommer l'empereur son père de tenir la parole qu'il lui avait donnée de punir ce fils rebelle ; puis il fit crever les yeux au sien en sa présence, et précipiter tous les soldats de la garnison du haut des tours de Didimotique dans PHèbrc, qui coule à leur pied. Amurat satisfaisait son humeur sanguinaire sous une ombre de justice ; mais il se fit détester, lorsqu'on le vit condamner plusieurs jeunes citoyens, qui avaient osé porter les armes contre lui, à mourir de la main de leurs pères. Ceux qui se refusèrent à cet ordre barbare furent massacrés avec leurs fils.
L'empereur Paléologue n'osa pas résister à la volonté
d'un allié qui était presque son maître. Quoique Andronic n'eût agi que pour l'intérêt de l'empire, il fut condamné à avoir les yeux crevés, ainsi que son fils, enfant âgé de cinq ans. Mais, soit hasard, soit pitié de la part des bourreau! , aucun des deux princes ne fut privé de la vue. Andronic ne perdit qu'un œil; son fils eut seulement la vue offensée , il la recouvra dans la suite.
Aussitôt après cette exécution, Paléologue déclara Manuel , son second fils, associé à l'empire. Ce jeune prince établit son séjour à Thessalonique. A peine y fut-il arrivé, que, désespéré de voir l'empire grec devenir la proie des Turcs , il entreprit de reprendre par force ou par ruse quelques villes de son voisinage. Malgré tout le mystère dont Manuel cherchait à s'entourer, Amurat fut bientôt instruit de sa trame, et il envoya Karatine, le plus expérimenté de ses généraux, assiéger Thessalonique. Les habitants de cette ville, craignant le sort de ceux de Didimotique, menacèrent Manuel de le livrer à son redoutable ennemi. Également abandonné de son père , le jeune prince eut recours à une dernière ressource : il rendit Thessalonique à Karatine , et alla lui-même demander pardon à Amurat, qui le renvoya libre, après une sévère réprimande.
• Paléologue, pénétré de honte et de douleur, laissa le gouvernement de ses États à ses fils , pour aller implorer chez les princes chrétiens d'Occident des secours contre les barbares ; mais il n'y trouva aucune aide , chacun d'eux ayant besoin de toutes ses forces contre ses propres ennemis. Tandis que Paléologue faisait de vains efforts pour réparer ses pertes, Amurat affermissait et étendait sa puissance. Sa politique le servit aussi bien que ses armes. Une alliance et des négociations lui soumirent deux États musulmans en Asie. L'émir Ierman-Ogli donna sa fille à Bajazet , le second des fils d' Amurat et son successeur au trône, car on ne parlait plus de Contuse. La dot de la
princesse fut de trois villes situées dans la haute Phrygie, contiguës aux États d'Amurat.
Au milieu de ses succès, Amurat apprit que Karatine , qu'il avait laissé en Europe à la tête des janissaires et des spahis, avait soumis presque toute l'Albanie. Pour s'opposer aux progrès des Ottomans, Lazarus, prince de Servie, avait composé une armée de Valaques, de Hongrois, de Dalmates, de Triballiens, et de ceux d'entre les Albanais qui n'avaient pas été subjugués. Amurat repassa la mer, et se mit sans tarder à la tète de ses troupes ; il rencontra les confédérés dans les plaines de Cassovie, et il accepta volontiers la bataille que ceux-ci eurent la hardiesse de lui offrir. Le choc fut très-vif; les janissaires donnèrent des preuves de ce courage etde cette discipline sur lesquels Amurat avait compté; les spahis firent un grand carnage de la cavalerie hongroise ; enfin la victoire se décida pour les Turcs. Quand on la crut certaine , Amurat descendit de cheval, et, se promenant sur le champ de bataille, il remarqua avec étonnement que presque tous les cadavres ennemis étaient des jeunes gens sans barbe. En ce moment un Albanais blessé qui mordait la poussière près d' Amurat, réunit toutes ses forces ou plutôt toute sa rage et frappa le sultan, qu'il avait reconnu à la magnificence de ses armes et au profond respect que lui marquait sa suite. Ce malheureux fut haché en pièces sur la place même, et Amurat mourut au bout de deux heures, au milieu de ses guerriers , qui maudissaient cette sanglante victoire (791-1391).
Amurat avait vécu soixante et onze ans, et en avait régné trente. Il contribua autant que ses prédécesseurs à l'élévation et à la splendeur de l'empire ottoman. Ce prince était également redouté de ses ennemis et de ses sujets : son extrême sévérité avait introduit un ordre admirable, tant dans les armées que dans l'administration de la justice. Le respect qu' Amurat affectait pour la religion n'a-
vait pas peu contribué à le faire respecter à son tour; il n'entreprenait jamais rien d'important sans avoir imploré à haute voix le secours du Ciel.
Il signala son zèle par plusieurs établissements utiles ; il fonda, dans presque toutes les villes qu'il avait dévastées, des écoles publiques et des hôpitaux. Il fut embaumé et porté à Brousse, où jusqu'alors les princes de la maison régnante avaient été enterrés. Bajazet son fils lui fit élever un magnifique tombeau.
Le règne de Bajazet commence par un fratricide. Jamais prince de la famille d'Othman n'était parvenu au trône sous de si sanglants auspices. Encore en présence des restes inanimés de son père , déposés à l'entrée de sa iente, le premier acte de sa souveraine puissance fut d'ordouner l'exécution de Yacoub, le seul frère qui lui restât.
On a vu par le choix qu'Othman avait fait d'Orcan pour son héritier, au préjudice de son fils aîné Alaeddin, que sous les premiers sultans l'ordre de succession impériale n'était pas réglé par une loi invariable, et que le droit de primogéniture n'avait pas encore été sanctionné. Cette absence de dispositions précises sur un point si important favorisait l'ambition des frères cadets, et devait, en attendant que cette lacune fût comblée, amener de tragiques catastrophes. Yacoub, second fils d'Amurat, prince dont la valeur avait contribué , non moins que celle de Bajazet, à fixer la victoire dans les rangs des Ottomans, était par cela même suspect à son frère Bajazet, devenu souverain d'un vaste empire et maître absolu de la vie de ses sujets. Sachant que la bravoure de Yacoub lui avait concilié l'affection d'une partie de ses troupes, et ne le regardant plus que comme le premier de ses esclaves , Bajazet, quelques heures après son avènement au trône , le fit arrêter et mettre à mort ce pour se conformer, dit Thistoriographe de l'empire, à cette maxime du Coran : La révolte est frire que les exécutions Il devait prévoir,
ajoute le même écrivain, les effets du mauvais exemple donné jadis par Contuse, dont la révolte avait menacé le repos de l'empire, et il était nécessaire d'éloigner ceux qui pouvaient être tentés de l'imiter. Par ces considérations , et à l'imitation de Dieu, qui règne sans rival, le souverain des croyants, qui est l'ombre de Dieu sur la terre, devait rendre toute révolte impossible, et comme le Tout-Puissant s'asseoir seul sur le trône. »
La politique des successeurs de Bajazet trouva ces motifs si concluants, que l'oubli de ce précédent leur eût paru contraire à la loi du Prophète, et que Mahomet le Conquérant, afin d'épargner à ses successeurs des scrupules dont les sultans qui l'avaient précédé n'avaient pu se défendre, alla jusqu'à ériger en loi fondamentale de* l'État le meurtre des frères du prince appelé par son titre de premier-né à monter sur le trône.
Ainsi l'avènement de Bajazet est marqué en traits de sang dans les annales ottomanes , et dès lors il mérita le surnom d'Yildirim (V éclair, la foudre), que l'armée lui donna à cause de la promptitude avec laquelle cet acte de férocité avait été commis.
Lazarus, prince de Servie, auteur de la guerre , et qin' avait été fait prisonnier dans le dernier combat, fut aussi immolé par Bajazet. On lui coupa la tète devant le cadavre d'Amurat. Dès les premiers jours de son règne , Bajazet signala son humeur sanguinaire et l'ambition dont il était dévoré. Il avait épousé la fille d'Ierman-Ogli, prince de la haute Phrygie ; cette alliance ne garantit pas ce souverain de l'avidité de son gendre. Bajazet, à peine arrivé en Asie, sous prétexte que le tribut que devait Ierman-Ogli n'avait pas encore été acquitté , fondit sur ses États et les réunit en moins de deux mois à la couronne ottomane ; puis il exila son beau-père, qui traîna pendant ses dernières années une vie errante et malheureuse.
Un ennemi plus digne de Bajazet l'attira bientôt en
Europe : ce fut Étienne, souverain de Moldavie. Ce prince était très-belliqueux ; il avait fait des conquêtes en Pologne et en Hongrie ; depuis deux ans il avait battu les généraux d'Amurat. Bajazet résolut de venger son père; il entre en Moldavie : Étienne, aussi ardent que lui , ne tarde pas à le joindre. On en vient aux mains; après une lutte opiniâtre, les Moldaves sont vaincus; leur prince fuit le dernier ; il se rend aux portes de Nols, ville fortifiée dans laquelle il avait laissé sa mère et ses enfants. Cette princesse paraît sur les remparts, et refuse Ventrée de la place à son fils désespéré : « Allez , lui crie-t-elle , allez réparer votre honte, et périssez les armes à la main plutôt que de vivre avec cette infamie.» Électrisé par ce reproche, Étienne retourne vers les siens ; par ses prières et par ses cris il rassemble douze mille soldats dispersés. Avec cette troupe, qui était à peine le tiers de son armée, il marche à l'ennemi, qu'il trouve épars dans la campagne et occupé à ramasser le butin. Les Turcs, très-redoutables au premier choc, ne savaient alors ni garder leurs rangs , ni reconnaître leurs enseignes, lorsqu'ils se croyaient sûrs de la victoire. Étienne en tailla en pièces le plus grand nombre; aucun des pelotons dispersés des Ottomans ne put résister aux efforts de cette petite armée bien unie , que la honte d'une première défaite et ses succès présents rendaient docile à la voix de son chef.
Bajazet sut réparer cet échec en Asie, où bientôt après la Caramanie devint sa proie. Toutes les villes de ce pays s'empressèrent d'ouvrir leurs portes au vainqueur, qui y parut moins en conquérant qu'en souverain paisible.
Bajazet ne s'était pas imposé la loi de ne porter les armes que contre les ennemis de l'islamisme. Cette politique, que ses prédécesseurs avaient crue nécessaire, leur avait coûté bien des perfidies. Il avait fallu chercher des prétextes pour étendre l'empire ottoman aux dépens des sectateurs de Mahomet. L'ambition de Bajazet ne lui permit
pas de dissimuler. Sûr d'être secondé par des soldats avides, dont il payait les services en leur permettant le pillage, il déclara ouvertement lâ guerre en Asie au sultan Barham-Elledim, prince d'Arménie; il lui prit dans une seule campagne plusieurs villes importantes. L'année d'après il s'empara de Kurterum , ville de l'émir de Castamone, qui venait de mourir.
Tant de succès en Asie ne lui firent pas négliger l'Europe. Il passait fréquemment le détroit de Gallipoli; il prit quelques places sur le Danube, et conquit toute la Valachie.
Sigismond, roi de Hongrie, justement inquiet des progrès de Bajazet, persuada aux princes chrétiens d'opposer une barrière à la rapidité de ses conquêtes. Chacun, selon ses forces , fournit des troupes pour marcher sous la conduite du monarque hongrois, plus intéressé qu'eux tous à contenir ce dangereux voisin. Sigismond, à la tète de cent mille chrétiens assemblés pour la cause commune, entreprit le siège de Nicopolis. Bajazet aima mieux marcher à l'ennemi avec soixante mille hommes que de lui laisser le temps d'agir en rassemblant une armée plus forte; il espéra que des confédérés différents de nation, de discipline, d'intérêts, de langage, d'ailleurs peu accoutumés à la voix de leurs chefs , seraient aisément vaincus par ses janissaires et ses spahis, si aguerris et si dociles. Bajazet attaqua les chrétiens le jour qu'il put les atteindre ; le combat fut sanglant, et la déroute bientôt si générale , qu'en moins de trois heures toute l'armée des confédérés se vit dispersée. Le plus grand nombre des chefs périt ; Sigismond se sauva presque seul à la faveur d'un déguisement et des ténèbres. Ceux qui échappèrent à ce carnage périrent en grand nombre de fatigue et de faim, dans des campagnes arides et désolées (795-1395).
Après la victoire, Bajazet établit son camp devant Nicopolis, d'où il alla ensuite visiter le champ de bataille. A
l'aspect de la multitude de cadavres turcs qui jonchaient la plaine, sanglants témoignages de la valeur chrétienne, des pleurs de rage s'échappèrent de ses yeux , et il jura de tirer une éclatante vengeance de la mort que tant de musulmans avaient trouvée dans le combat. Méditant d'affreuses représailles, il ordonna que tous les prisonniers lui fussent amenés; on lui en présenta plus de dix mille, la corde au cou et les mains liées derrière le dos. Parmi eu* était le valet d'un noble bavarois, nommé Schildberger, jeune homme qui n'avait pas encore seize ans, et qui, devenu libre après un esclavage de trente-quatre ans, nous a laissé un récit simple et touchant du massacre effroyable auquel il avait si miraculeusement échappé.
Le sultan fît conduire en sa présence le comte de devers pour qu'il fût témoin de la terrible satisfaction qui allait être donnée à la mémoire des soldats ottomans. Ce prince ayant demandé grâce pour lui et pour plusieurs de ses infortunés compagnons, la vie lui fut accordée ainsi qu'à vingt -quatre des principaux chevaliers. Alors Bajazet donua le signal du massacre général. Tous les prisonniers furent forcés d'assister au supplice de leurs compagnons : les uns furent livrés aux bourreaux et décapités, les autres furent assommés à coups de massue. Lorsque vint le tour de Schildberger, qui avait déjà vu tomber à ses pieds la tète de trois de ses camarades, le fils de Bajazet fit remarquer à son père la jeunesse de l'esclave. L'usage ne permettant pas de mettre à mort un prisonnier âgé de moins de vingt ans , Schildberger fut gracié et réuni aux cinq autres jeunes gens qui avaient été épargnés. Cinq seigneurs bavarois furent traînés avec des cordes jusqu'au lieu de l'exécution : avant d'expirer, l'un d'eux, nommé Jean Greif, cria d'une voix forte : « Adieu! nous versons notre sang pour la cause du Christ; aujourd'hui, si Dieu le veut , nous monterons au ciel ; » et cinq têtes roulèrent dans la poussière.
Le carnage dura sans interruption depuis l'aube du jour jusqu'à quatre heures après midi. Enfin les grands de l'empire, émus de cet effroyable spectacle, tombèrent aux pieds du sultan et implorèrent sa miséricorde. Le sang de dix mille chrétiens avait apaisé pour le moment la soif de vengeance du tyran ; il distribua ceux qui restaient aux musulmans qui les avaient faits prisonniers, après avoir toutefois choisi son cinquième.
Au commencement de l'année 1397, Sigismond employa à tirer les chrétiens d'esclavage les sept mille ducats que Venise s'était engagée à lui compter annuellement à titre de subsides. Les rois de France et de Chypre se joignirent à lui , et envoyèrent au sultan de riches présents pour hâter l'heure de la délivrance. Enfin , moyennant une rançon de deux cent mille ducats, les chevaliers français furent mis en liberté. Lorsque la rançon eut été payée, le sultan congédia le comte de Ne vers en lui disant : « Je te remets ton serment de ne plus porter les armes contre moi; si tu as de l'honneur, je te conjure au contraire de les reprendre le plus tôt possible et de rassembler contre moi toutes les forces de la chrétienté; tu ne saurais m'ètre plus agréable qu'en me procurant de nouvelles occasions d'acquérir de la gloire. »
La victoire de Nicopolis fit naître chez l'insatiable Bajazet le désir de nouvelles et plus importantes conquêtes. Depuis longtemps l'empire d'Orient, réduit presque à la seule ville de Constantinople, sa capitale, semblait attendre que le sultan voulût s'en emparer. Le successeur des Césars, tremblant sur les débris de son trône, était contraint d'obéir à ce barbare. Jean Paléologue avait fait crever les yeux à son fils et à son petit-fils, parce que ce prince avait tenté de servir sa patrie contre Amurat. Depuis , Bajazet lui avait ordonné de raser deux tours élevées tout récemment pour la défense de sa ville. Manuel , fils et successeur de Jean, comprit de bonne heure qu'il ne défendrait
pas sa couronne mieux que ses prédécesseurs n'avaient fait. Cette couronne ne lui appartenait pas dans Tordre d'une succession naturelle; car Andronic, son frère aîné, à qui le faible Jean Paléologue avait fait crever les yeux , vivait à Sélivrée avec Jean , son fils et son compagnon d'importune. Le même arrêt qui avait ordonné le supplice de ces deux princes les avait aussi exclus de l'empire ; mais l'exécution ne les avait rendus aveugles ni l'un ni l'autre. Ils attendaient que la fortune leur restituât ce qu'elle leur avait ravi.
Andronic mourut, laissant Jean son fils héritier de ses prétentions. A ses derniers instants il lui recommanda de ménager le sultan. Ainsi Manuel voyait s'élever contre Mi, d'une part, un neveu qui pouvait passer pour l'héritier légitime du trône, et de l'autre un ennemi puissant tout prêt à l'écraser.
Depuis la victoire de Bajazet contre Sigismond, le sultan songeait à renverser ce qui pouvait rester de l'empire grec. Le fils d' Andronic lui demanda de le protéger contre Manuel son oncle, promettant de céder Constantinople sitôt qu'il en serait le maître, pourvu qu'on lui donnât ce que les Grecs possédaient encore dans la Morée, pour y vivre en souverain. Bajazet saisit l'occasion de détruire les Grecs les uns par les autres. Il confia dix mille Turcs à Jean, pour former le siège de Constantinople. Manuel, las d'une autorité qui n'avait rien de réel, convaincu d'ailleurs que l'empire grec touchait à sa fin, aima mieux voir crouler le trône sous un autre que sous lui. De son plein gré il remit à Jean, avec le vain titre d'empereur d'Orient, les clefs de sa ville, pleine d'ennemis et de maîtres étrangers. Il s'embarqua aussitôt, avec quelques richesses, pour aller traîner dans les différentes cours de l'Europe une vie errante , moins malheureuse sans doute que celle d'un souverain également méprisé de ses ennemis et de ses sujets (797-1397).
Lorsque Jean , maître de Constantinople , voulut ou feignit de vouloir tenir sa parole à Bajazet, tous les ordres de TÉtat le conjurèrent de garder le trône, protestant qu'ils aimeraient mieux voir égorger leurs enfants sous leurs yeux et périr eux-mêmes dans les flammes, que de vivre sous la domination des barbares. C'en était fait de l'empire d'Orient, si la Providence ne lui eût suscité un défenseur qu'il ne devait pas attendre, et qui arrêta Bajazet dans le cours de ses prospérités : Tamerlan , descendant de Gengiskan, le plus grand conquérant de son siècle.
Timour (le Fer) était le nom significatif du célèbre guerrier tartare que nous appelons Tamerlan. 11 était né en 1335 (736 de l'hégire).
Si l'histoire de Sésostris et celle de Cyrus, enveloppées dans les ténèbres de la fable, palissent à côté de l'histoire plus positive d'Alexandre, qu'environne l'éclat de la civilisation grecque , les chefs barbares des Huns et des Mogols, Attila et Gengiskan, s'effacent de même devant la grande physionomie du Tartare Timour, ou Tamerlan, qui passa comme un météore sanglant sur tout le continent asiatique, depuis les Indes jusqu'aux bords de l'Archipel.
Avant de faire le récit des événements qui signalèrent l'apparition de Tamerlan , nous donnerons son portrait d'après celui que nous ont laissé les historiens orientaux. Tamerlan était boiteux (1), non de naissance, mais par suite d'une blessure qu'il avait reçue au siège d'une ville, peu de temps avant son avènement au trône. Malgré cette infirmité, il avait la taille élancée et la démarche fière. Sa tète volumineuse, son front haut et large, annonçaient des facultés émincntes; sa chevelure, naturellement blanche, offrait avec la fraîcheur de son teint un bizarre contraste. A chacune de ses oreilles pendait une perle d'une grande valeur. Ennemi déclaré de la gaieté, sa gravité ne se défi) C'est pourquoi on lui donna le nom de Timour-Lenk {Timour le Perclus), dont les historiens européens ont fait Tamerlan.
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DE TURQIÎIE. 83
mentait jamais. La franchise était une de ses qualités dominantes; son horreur pour l'hypocrisie était telle, qu'il préféra toujours la vérité la plus dure au mensonge le plus flatteur. Il avait pour principe de ne jamais abandonner un projet, de ne jamais révoquer un ordre; ce qu'il avait décidé était pour lui comme accompli ; si sa persistance avait des conséquences fâcheuses, il ne s'en applaudissait pas moins; d'ordinaire il comptait peu sur la fortune, et en acceptait toutes les chances avec résignation. 11 n'aimait pas les bouffons, et il avait en grande considération les médecins, les astronomes et les jurisconsultes, qu'il se plaisait à entendre disserter; les scheïkhs surtout, renommés par leur sainteté et dont les prières avaient attiré sur ses armes la faveur divine, trouvaient en lui un zélé et magnifique protecteur. Une de ses passions était le jeu des échecs, dans lequel il n'avait point de rival. En temps de paix comme en temps de guerre, la biographie des guerriers célèbres et l'histoire de leurs expéditions étaient sa lecture habituelle. Malgré l'instinct naturel qui le portait vers l'étude et la réflexion , malgré sa vénération pour les savants, toute son instruction se bornait à savoir lire et écrire, et, bien que sa prodigieuse mémoire lui permît de retenir ce qu'il avait lu ou entendu une seule fois, il ne parlait que trois langues : le persan, le turc et le mogol.
LaTora, ou code de Gengiskan, fut toute sa vie l'objet de sa prédilection et de son respect; il la préférait même au Coran, ce qui enhardit quelques légistes à déclarer infidèles ceux qui préfèrent la loi faite par les hommes à la loi envoyée par Dieu. Sa propre législation (Touzoukat) n'est du reste que lecomplément de la Tora; elle embrasse, entre autres points importants, l'organisation des armées, la hiérarchie civile et militaire, et les règlements de l'administration intérieure de la justice et des finances. Ses lois prouvent qu'il possédait à un degré éminent l'art
d'organiser et de gouverner : elles contiennent une foule de hauts enseignements.
L'espionnage était le principal ressort du gouvernement et de l'administration militaire de Tamerlan. Ses agents parcouraient tous les pays sous mille déguisements ; le plus souvent c'étaient des derviches qui l'instruisaient en secret des forces et des projets de ses ennemis , des intrigues de leurs cours, de l'état des villes et des forteresses qu'ils étaient chargés de visiter : de telle sorte que souvent il était mieux au courant de ce qui se passait dans les royaumes étrangers que les souverains mêmes de ces royaumes. Tout ce que ses agents, voyageurs, derviches ou autres, lui apprenaient des pays étrangers, était inscrit sur des registres ou marqué sur des cartes topographiques qui restaient toujours sous ses yeux.
Le dévouement des soldats de Timour pour sa personne était tel , qu'ils lui faisaient non-seulement le sacrifice de leur vie, mais celui de tout leur butin et de tous leurs biens, toutes les fois qu'il l'exigeait, chose à coup sûr extraordinaire de la part de hordes barbares vivant de brigandages. Ils lui obéissaient aveuglément et sans restriction, si bien qu'il lui eût suffi d'un simple ordre du jour pour se faire reconnaître comme Prophète des Tartares. 11 réussit à adoucir les mœurs rudes et sauvages et la farouche cruauté de ses troupes, assemblage d'une multitude de peuplades diverses, en appelant dans son camp une foule de poètes, de savants et de musiciens qui l'accompagnaient dans ses plus lointaines excursions.
Tamerlan fut occupé, dans sa première jeunesse, à garder les haras du roi des Massagètes. La nécessité d'attaquer et de se défendre, d'un pâtre fit bientôt un guerrier. Ce guerrier fit des prodiges de valeur, et en peu de temps il devint le général des armées de son maître. Le roi des Massagètes mourut : Tamerlan épousa sa veuve et monta sur son trône. Il sut discipliner ses infatigables Tartares
mieux qu'Us ne Pavaient été jusqu'alors. Il conquit avec une rapidité incroyable la Sarmatie asiatique, la Perse, la Mésopotamie, la Syrie, et força la ville de Bagdad à recevoir son joug. Il se fît le protecteur des princes musulmans qui n'avaient point prétendu résistera ses armes, et que Bajazet se croyait en droit d'opprimer.
En effet, le sultan, sur le point de s'emparer de Constautinople, voulut encore rendre Taharten, émird'Arsenjan, son tributaire. Ce dernier, au lieu d'obéir, s'enfuit auprès de Tamerlau pour lui demander un asile. Le chef tartare envoya à Bajazet des ambassadeurs qui parlèrent à ce prince avec toute la hauteur d'un conquérant du monde. Il lui défendait d'oser inquiéter à l'avenir les princes musulmans qu'il voulait protéger; il l'assurait que les Tartares étaient prêts à venir lui arracher ses conquêtes s'il ne rendait aux musulmans ce qu'il leur avait injustement ravi. Bajazet entendait pour la première fois des ordres et des menaces; il répondit fièrement aux ambassadeurs qu'il désirait depuis longtemps faire la guerre à leur maître, et que, si Tamerlan ne venait pas le trouver, il irait le chercher au fond de la Perse.
Sur cette réponse, le Tartare s'achemina vers l'Asie Mineure. Près de Sivas ( l'ancienne Sébaste) il défit et tailla en pièces Méhémet, pacha du pays, qui tenait la campagne avec ce qu'il avait pu ramasser de troupes. Sivas dut se rendre au bout de dix-huit jours, malgré ses fortes murailles. Tamerlau fit grâce aux habitants musulmans; mais tous les chrétiens furent passés au fil de l'épée. On croit qu'il avait quelque répugnance à combattre l'ennemi du nom chrétien; car, au lieu de pénétrer plus avant dans l'Asie Mineure, il tourna vers la Syrie, et se prépara à faire la guerre au Soudan d'Égypte.
Enhardi par cette inaction, Bajazet marcha contre Taharten, l'auteur de la querelle, le battit, s'empara de son pays et de sa famille qu'il traîna après lui en captivité.
Aussitôt que Tamerlan eut appris cet acte d'hostilité, il envoya ordonner à Bajazetde rendre à Taharten sa liberté, ses enfants et ses États, et de lui remettre à lui-même un de ses fils en otage. Bajazet, ne songeant qu'à repousser les insultes du Tartare, répondit par d'autres insultes à ses ambassadeurs.
Tamerlan, après un délai de trois mois, se mit à la tête d'une armée formidable : des historiens la font monter à seize cent mille hommes, d'autres ne lui en donnent que huit cent mille. Quoi qu'il en soit, le Tartare marcha jusqu'à Sivas, où il fit la revue des différents corps qui se réunirent sous ses ordres en ce lieu ; puis, avançant toujours sur le territoire des Turcs, comme il allait former le siège d'Angora (autrefois Ancyre), il apprit que Bajazet venait à lui avec une armée égale tout au plus à la moitié de la sienne.
Bajazet , accoutumé à vaincre, brûlait d'en venir aux mains avec un ennemi plus formidable que tous ceux qu'il avait combattus jusqu'alors. Tamerlan passa en prières la nuit qui précéda la bataille. Les troupes du sultan étaient réduites au désespoir avant d'engager la lutte : dès la veille, cinq mille hommes étaient morts de soif dans son camp. La fureur des Turcs nuisit à leur discipline : les janissaires et les spahis se précipitèrent sans garder leurs rangs et sans entendre la voix des chefs. D'ailleurs les éléphants du Tartare, qui portaient des tours pleines de combattants, effrayèrent bientôt les chevaux des spahis. Bajazet vit de dessus une hauteur la déroute ou plutôt le désordre de son armée; car ses braves Turcs dispersés, sans espoir de ralliement, aimaient mieux se précipiter au milieu des bataillons tartares pour y vendre chèrement leur vie, que fuir devant le vainqueur. Ayant vu périr Mustapha , son fils aîné, il ordonna à son vizir Ali-Pacha de fuira Brousse avec Soliman , son second fils , pour conserver quelques restes du sang ottoman.
Jamais la valeur ne fut plus malheureuse. Des monceaux de morts empêchèrent enfin le vainqueur de continuer le carnage. Aux approches de la nuit, Bajazet, descendu de la colline sur laquelle il avait été témoin de ce funeste spectacle, fut bientôt assailli par une nuée de Tartares ; son désespoir ne put lui attirer la mort qu'il cherchait. Ceux qui l'avaient enveloppé s'obstinèrent à le prendre vivant; on lui arracha son cimeterre, dont il avait frappé plus de trente Tartares ; et, lorsque ses forces furent épuisées, on lui lia les mains avec la corde d'un arc, et on le Iplaça sur un petit cheval qui le porta à la tente du vainqueur (804-1402).
Des cris de joie apprirent à Tamerlan quel captif on lui amenait. Il s'était retiré du combat à la chute du jour : la victoire étant décidée depuis longtemps, il jouait aux échecs avec son fils Schahrokh. Au moment où Bajazet lui fut présenté, il venait d'échanger son roi (schah) contre la tour (rokh). Cette circonstance fit donner au fils de Timour le surnom de Schahrokh, qui lui resta. Ce surnom rappelait en effet que le schah des Ottomans avait échangé le trône contre un cachot dans une tour.
Tamerlan s'avança vers Bajazet, il lui délia les mains et ordonna qu'on le revêtît de superbes habits. Le Tartare, quoi qu'en aient dit quelques historiens, n'oublia jamais ce qu'il devait au malheur et à son égal, de venu son esclave. Il le consola; il fit serment qu'il respecterait ses jours.
La bienveillance avec laquelle Tamerlan traita son prisonnier enhardit celuirci à tenter de s'évader. Mahomet , l'un de ses quatre fils, qui avait échappé par la fuite au désastre d'Angora, résolut de délivrer son père, sur lequel on n'exerçait pas une surveillance rigoureuse. Des mineurs turcs s'introduisirent pendant la nuit clans le camp tartare, et commencèrent d'une tente voisine à creuser un chemin souterrain dans la direction de celle de Bajazet. Ils étaient déjà parvenus au milieu de cette dernière,
lorsqu'aux premiers rayons du jour, la compagnie qui venait relever la garde du sultan découvrit le travail des mineurs. Ceux-ci eurent le temps de prendre la fuite. Tamerlan, vivement irrité de la tentative du sultan, l'accabla de reproches, et fit décapiter le chef des eunuques pour avoir favorisé l'entreprise. Dès ce moment une garde plus nombreuse veilla sur le prisonnier, qui fut enchaîné pendant la nuit.
Cette extrême sévérité et une fausse interprétation du mot turc kafes, qui signifie cage et aussi chambre ou ftlière grillée, ont donné heu au conte de la cage de fer, que tous les historiens européens ont répété. Cette fable, fort bien réfutée par de Hammer, a été, pendant plus de trois siècles, le texte de déclamations philosophiques sans fin.
Le conte de la cage de fer est aussi dénué de fondement et de preuves que celui d'après lequel Tamerlan se serait servi du dos de son prisonnier comme d'un marchepied pour monter à cheval. Ou eu peut dire autant des discussions qui, suivant quelques historiens grecs, arabes, persans et turcs , auraient eu lieu pendant la captivité de Bajazet entre ce sultan et son vainqueur.
Bajazet mourut après un au de captivité (805-1403) d'une attaque d'apoplexie. Généreux jusqu'au bout, Tamerlan permit àMousa, l'un des fils du sultan, de transporter à Brousse le corps de sou père. Ainsi finit Bajazet, dont les nombreuses conquêtes en Asie et en Europe avaient pendant quatorze ans tenu en émoi ces deux continents. Comme presque tous les conquérants, Bajazet fut impétueux, superbe et sanguinaire. Tamerlan, qui le vainquit les armes à la main, le surpassa encore en politique, en générosité, et surtout en justice.