‹ Histoire de Turquie depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 9 sur 29 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Avènement d'Amurat III. — Sa cruauté. — Rencontre qu'il fait dans un marché. — Le cuisinier vizir. — Il s'oppose à l'élection de Maxiinilien au trône de Pologne. — Guerre de Perse. — Le kan des Tartares prisonnier du sophi. — Sa mort. — Mauvais succès de la guerre. — Désordres dans le gouvernement de la Turquie. — Déposition et retour au pouvoir de Sinan et de Ferhad. — Rodolphe, empereur d'Occident, déclare la guerre à Amurat. — Paix avec la Perse. — Guerre en Hongrie. — Succès partagés. — Mort d'Amurat. — Révoltes sous son règne. — Avènement de Mahomet III. — Il commence par faire étrangler ses frères. — Révolte des voïevodes de Transylvanie, de Valachie et de Moldavie. — Succès partagés en Hongrie. — Siège et prise d'Agria par les Turcs. — Bataille d'Agria. — Peste à Constantinople. — \& sultane mère abuse de son autorité. — Belle conduite de l'ambassadeur de France. — Les Turcs envoient une ambassade et des présents à Henri IV. — Sédition des spahis. — Supplices. — Émeute à Constantinople excitée par le viiir Ali-Assan. — Lutte des janissaires et des spahis. — Ces derniers sont vaincus. — Guerre en Perse. — Intrigues d' Ali-Assan. — Sa mort. — Politique de son successeur. — Mort de Mahomet III. — Sa cruauté.

Amurat III, fils aîné de Sélim II, avait trente et un ans quand il succéda à son père ; il arriva au milieu de la nuit sous les murs de Constantinople. L'impatience de ce prince lui avait fait passer le détroit de Gallipoli dans l'obscurité, quoique la mer fût alors fort agitée. Ce fut le seul danger auquel il s'exposa pendant tout son règne. La même journée fut employée aux funérailles de Sélim II, et à la proclamation de celui qui montait sur le trône ; mais ce jour fut souillé par un attentat que les Turcs ont appelé un acte de politique, et que le chef de la religion musulmane n'eut pas honte d'autoriser. Le mufti, consulté sur ce qu'on devait faire de cinq princes issus du

sang de Sélim, dont le plus âgé n'avait pas huit ans, décida, conformément au désir du nouveau sultan, qu'il fallait les faire mourir, de peur que le règne de leur frère ne fût un jour troublé par eux. Cette cruelle sentence fut exécutée sous les yeux d'Amurat, en présence des sultanes mères, afin qu'elles ne pussent pas douter qu'elles n'avaient plus de fils ; Tune d'elles se perça de son poignard lorsqu'elle vit étrangler son enfant. Amurat, non content de toutes ces cruautés, fit jeter à la mer deux femmes de son père qui allaient être mères.

Amurat n'usa guère de son autorité que pour changer souvent de ministres. Comme il était tout à fait incapable, il contribua autant que son prédécesseur à rendre absolue l'autorité des grands vizirs. Mais la politique lui fit trouver sa sûreté à les déposer souvent, et sur des motifs assez légers. Ces motifs, il les trouvait en usant du seul moyen que les empereurs ottomans puissent avoir de connaître leurs sujets, dont ils sont trop séparés par les mœurs orientales.

Un jour qu'il se promenait déguisé dans un marché de Constantinople, il rencontra un homme qui se plaignait très -haut, maudissant le kiaïa ou lieutenant du grand vizir, dont l'une des plus importantes fonctions estd'approvisionner la ville. Amurat, s'étant approché de cet homme, lui demanda ce qui le fâchait, avec un air d'intérêt qui détermina le Turc à lui répondre : « Vous ne pouvez adoucir mon chagrin, ni empêcher que je reçoive aujourd'hui sous la plante des pieds cinquante coups de bâton que je n'ai sûrement pas mérités. Je suis cuisinier dans une caserne de janissaires, et je viens tous les jours acheter ce qui est nécessaire pour nourrir ma chambrée ; quoiqu'il soit grand matin, je trouve presque toutes les denrées enlevées , et ce qui reste est si cher, que je n'ai pas reçu de quoi . nourrir tout mon monde à ce prix. Le kiaïa met un tel impôt sur les vivres, qu'on n'en apporte pas au marché la

moitié de ce qui est nécessaire pour que l'abondance y règne, et que les janissaires puissent être nourris avec ce que l'empereur leur donne. Les grands s'enrichissent tandis que nous mourons de faim, et nous sommes encore battus pour leurs friponneries. » La suite de la conversation convainquit l'empereur qu'il y avait effectivement des malversations dans l'approvisionnement de Constantinople, et que l'homme qui les lui dévoilait était doué de bon sens. Amurat,de retour au sérail, manda ce cuisinier, dont il avait eu soin de retenir le nom; il se nommait Ferhad. Cet homme, étonné d'être appelé devant l'empereur, le fut bien plus encore quand il reconnut sur le trône, vers lequel il osait à peine lever les yeux, celui-là même qu'il avait entretenu si familièrement deux heures auparavant. L'empereur ordonna qu'on réprimât ces abus ; le kiaïa fut destitué, et Ferhad demeura attaché au service de l'intérieur du palais. Nous le verrons dans la suite gouverner l'empire ( 983-1 575 ) .

Il se traitait alors en Europe une affaire aussiintéressante pour les Turcs que pour tous les princes de la chrétienté. La mort de Charles IX appelait son frère Henri de Valois, roi de Pologne, à la couronne de France, bien préférable à tous égards à celle d'un État électif, où le monarque n'est, à proprement parler, que le premier magistrat d'une république exposée sans cesse à l'anarchie par les vices de sa constitution. Maximilien, empereur d'Allemagne, avait déjà persuadé à la plupart des nobles appelés à la diète, de l'élire roi de Pologne, lorsque Amurat, à qui ses ministres firent comprendre combien il lui importait de diviser les chrétiens, écrivit à la diète polonaise qu'il ne souffrirait jamais que la couronne de Pologne fût réunie à la couronne impériale d'Allemagne; qu'il leur recommandait Étienne Battori, prince de Transylvanie, digne par ses qualités personnelles de devenir leur souverain. Le désir de la Turquie fut un ordre : Battori fut élu

roi. Ainsi Amurat tâchait de fonder sa tranquillité en Europe sur les dissensions de ses voisins. Il avait le projet de faire la guerre à la Perse; le souvenir de tant d'expéditions malheureuses ne pouvait l'en détourner. Les Ottomans ne concevaient pas qu'il y eût une autre gloire que celle des conquêtes. Le préjugé de l'islamisme donnait à Amurat bien plus d'ardeur contre les Persans, musulmans schismatiques, que contre les chrétiens II crut avoir trouvé un moment favorable pour attaquer les Persans.

Le sophi Schah-Abbas, qui avait fait si longtemps la guerre aux Turcs, avait eu trois fils. Comme il avait soupçonné l'aîné de pencher pour la secte d'Omar, et que le second, accablé d'infirmités, ne lui paraissait pas propre à régner sur un grand peuple, il avait choisi le dernier pour son successeur ; et afin que sa volonté fût exécutée, il avait proclamé de son vivant Chaldar roi de Perse (c'était le nom de ce troisième fils), et il l'avait associé au gouvernement. L'aîné des trois, Ismaèl, que la nature et la loi avaient désigné l'héritier du trône, fut enfermé dans un château. Le vieux sophi était très-respecté; tant qu'il avait vécu, tout était demeuré tranquille ; mais à sa mort, le prince légitime sortit de sa prison; il attaqua l'usurpateur, le vainquit, le fit étrangler, et monta sur son trône. Ismaël favorisait la secte d'Omar; les persécutions et l'injustice de son père ne l'ayant pas changé, on vit à son avènement la guerre de religion se rallumer en Perse plus vive que jamais. Le parti du roi régnant devait être le plus fort; mais les zélés disciples d'Ali trouvèrent le moyen de faire périr leur roi pour l'intérêt de leur croyance. Sa propre sœur lui donna du poison; et Codabonda, le seul survivant des fils de Schah-Abbas, bon sectateur d'Ali, quoique peu capable, se trouva le maître du trône.

Toutes ces révolutions avaient coûté bien du sang; la

Perse était affaiblie, et la vengeance d'Ismaël, mort martyr delà secte d'Omar, était un excellent prétexte pour le monarque ottoman. Un iman inspiré vint dire à Amurat qu'il avait vu pendant son sommeil une inscription en lettres de feu, qui portait : Amurat vainqueur de la Perse. En vain, le grand vizir Méhémet répétait sans cesse dans le divan qu'une guerre contre la Perse serait toujours inutile à Fempire et pourrait lui devenir funeste ; le vieux vizir n'avait pas sur Amurat le crédit qu'il avait eu sur Sélim. Non-seulement la guerre fut déclarée malgré lui; mais encore le cruel Mustapha, conquérant de l'île de Chypre, son ennemi personnel, fut mis à la tête de cette expédition. Fier d'un premier succès remporté sur les Persans, Mustapha passa le fleuve Kanak, s'empara presque sans coup férir de la province du Chirvan ; puis il distribua ses quartiers à l'entrée d'un hiver rigoureux, pendant lequel les Persans attaquèrent à leur tour toutes ses troupes dispersées, les taillèrent en pièces, et recouvrèrent leur province (984-1576). Mustapha, confus, eut ordre de retourner à Constantinople, où il fut dépouillé de toutes ses dignités. Aucun de ceux qui commandèrent après lui dans cette funeste guerre, et qui furent en grand nombre, ne réussirent mieux que lui.

Dans la campagne suivante (985-1577), Asman, aga des janissaires, commanda les Turcs. Abd-el-Cheraï, kan des Tartares, voulut frayer les chemins à la tête de quarante mille hommes. 11 s'empara même de plusieurs villes ; mais les Persans, constants dans leur manière de se défendre, laissèrent l'ennemi s'engager dans les déserts, et attendirent, pour l'attaquer, que la fatigue et la faim eussent mis le découragement dans l'armée. Alors Zalembriza, fils aîné du roi de Perse, les chargeant avec avantage, battit les Turcs et les Tartares réunis, quoique ces derniers fussent au moins deux contre un. Le kan des Tartares fut fait prisonnier à cette bataille ; Abd-el-Che-

raï , captif, était encore redoutable pour les Persans, parce que la Crimée fournissait beaucoup de soldats que le sopbi craignait plus que les Turcs, le climat de Perse ne leur étant pas aussi funeste qu'à ceux-ci. Godabonda voulait faire alliance avec le kan des Tartares; la circonstance de sa prison devait faciliter ce traité. Le prince captif fut reçu par son vainqueur comme s'il eût été vainqueur lui-même. Le sopbi songeait à lui donner sa fille, quand une insulte faite par le kan à une des épouses du roi de Perse détermina la mort du futur allié. Cette nouvelle parvint à Constantinople pendant qu'un ambassadeur envoyé par le sophi y traitait de la paix. Amurat, malgré les prudentes observations de son nouveau grand vizir Sinan-Pacha, décida qu'il ne serait pas de la dignité de la Porte de faire la paix avec un prince qui venait de massacrer son premier feudataire, et le grand vizir eut l'ordre de continuer la guerre. Mais l'armée ottomane était trop considérablement diminuée pour qu'on pût en attendre quelque effort sérieux. Aussi, tout l'été de 1580 se passa en marches, en contre-marches sur les confins de la Perse, qui déterminèrent enfin Amurat à rappeler Asman, comme celui-ci l'avait toujours désiré. Un Achmet-Pacha fut envoyé à la place d'Asman, et ne fit pas mieux que ses prédécesseurs. Cette guerre dura douze ans entiers. Amurat, obstiné et inconstant, changea de général presque à chaque campagne, qui toutes furent ou indifférentes ou malheureuses. A Achmet succéda Ferhad, ce cuisinier des janissaires qu' Amurat avait autrefois rencontré dans un marché; à Ferhad, Siaûs ; à Siatts, Ibrahim ; à Ibrahim, AU. Tous demeurèrent dans le Chirvan, prenant et perdant tour à tour quelques bicoques, s'éloignant autant qu'ils le pouvaient de l'armée des Persans, qui se tenaient toujours sur la défensive dans l'espérance de ruiner l'ennemi (989-92, 1581-4). Malgré la lenteur de cette guerre, elle coûta une pro-

HISTOIKE

digieuse quantité d'hommes et d'argent. Un jour qu'Amurat se plaignait à Sinan du peu de succès de ses armes et des pertes continuelles qu'il faisait en Perse, tandis que tous ses ancêtres avaient accumulé tant de conquêtes, le grand vizir osa répondre à son maître que les sultans ses prédécesseurs s'étaient montrés eux-mêmes à la tête des janissaires, et que leurs victoires avaient été le prix de leur valeur. Un reproche aussi direct pénétra de honte le monarque, et le transporta de colère. Sinan fut dégradé, trop heureux de conserver la vie. On remarque qu'A murât ne versa jamais que le sang de ses frères. Le cuisinier Ferhad fut nommé grand vizir à la place de Sinan.

Enseveli dans la débauche, Amurat ne put empêcher ses vizirs d'abuser d'un pouvoir dont ils n'espéraient pas jouir longtemps. Jamais il n'y eut plus de déprédations que sous ce règne. La guerre de Perse et le changement de vizirs épuisaient le trésor public, et forçaient d'augmenter les impôts sur les consommations. Les révoltes fréquentes des janissaires, dont on retardait la paie, et du peuple même, à qui on faisait supporter le poids de la mauvaise administration, obligeaient le Grand Seigneur à demeurer comme en prison dans l'intérieur de son sérail, dont sa garde avait peine à défendre l'entrée. Le grand vizir Ferhad paya de la perte de sa place la répression de ces désordres, et Asman reçut les sceaux qu'on ôtait à celui qui en avait bien usé.

Le nouveau vizir représenta à son maître qu'on ne pouvait nullement compter sur le nouveau kan des Tartares, qui, quoique allié et tributaire de l'empire ottoman, servait réellement le meurtrier de son père; que le frère cadet de ce prince, tout plein du ressentiment que la nature devait lui inspirer contre le roi de Perse, était prêt à embrasser la querelle des Ottomans; qu'il brûlait de mener les Tartares contre l'ennemi commun, et qu'il

demandait les secours des Turcs contre son frère dénaturé, pour venger à la fois son père et son suzerain. Isban (c'était le nom du prince tartare qui implorait le secours de la Porte) fut donc envoyé par Amurat à la tête de quelques troupes, pour ravir la souveraineté à son frère Alpegira, l'aîné de la maison des kans. En peu de temps Alpegira se vit abandonné des siens ; lui-même s'enfuit déguisé, et Isban n'eut plus qu'à marquer sa reconnaissance à ceux qui l'avaient mis sur le trône de Crimée, en attaquant les Persans avec eux. En effet, le nouveau kan et le grand vizir partirent ensemble pour aller mettre le siège devant Tauris; mais Asmanfuttué en attaquant cette place, et les Turcs l'abandonnèrent aussitôt. Le général ottoman fut remplacé par le cuisinier Ferhad, qui de grand vizir était redevenu, d'abord un simple particulier, puis pacha peu de temps après, sans doute par le besoin qu'on avait de lui. Il fut envoyé en Perse, et les sceaux de l'empire furent rendus pour la seconde fois à l'ancien grand vizir Sinan. Celui-ci sut tirer des sommes considérables des chrétiens, sous prétexte de protéger leur négoce (993-1585). On demandait au peuple sans cesse et sans mesure. Le sultan trouvait dans la guerre de Perse non- seulement les moyens d'éloigner la soldatesque toujours dangereuse à Constantinople, mais même une occasion de tirer de ses sujets de l'argent, qu'il appréciait depuis qu'il en avait manqué. Mais ce n'était pas assez de cette guerre si meurtrière et si dispendieuse, l'avidité, ou, si l'on veut, l'orgueil d'Amurat lui en suscita une seconde contre les puissances européennes.

Rodolphe, fils et successeur de Maximilien à l'empire d'Occident et au royaume de Hongrie, envoya un ambassadeur à la Porte pour régler quelques limites. Déjà les Français s'étaient affranchis de l'usage de porter des présents au sultan , de peur qu'il ne regardât comme un tribut

dû à son sceptre ce qui n'avait été jusqu'alors qu'un témoignage de bienveillance. L'empereur d'Allemagne ne crut pas devoir se soumettre davantage à cette humiliante sujétion. L'ambassadeur de Rodolphe n'ayant point offert de présents à Amurat, ce ministre fut constitué prisonnier. Le monarque autrichien, sans discuter avec ces violateurs des traités et du droit des gens, envoya des troupes dans le territoire de Sighet. Un neveu d' Amurat qui commandait dans cette place fut tué dans une escarmouche. Le sultan chargea Siaùs, redevenu pacha, d'aller en représailles ravager la Hongrie. Rodolphe assembla des diètes pour obtenir des secours. Ces peuples, qui avaient joui pendant plusieurs années de quelque relâche, ne refusèrent pas de mesurer leurs forces avec les Turcs ; ils accordèrent à leur maître des troupes et de l'argent. Tous ces mouvements décidèrent Amurat à conclure la paix avec la Perse. Le sophi la désirait plus que lui. Usbec, roi de la Tartarie asiatique, menaçait la Perse; Codabonda, qui craignait beaucoup que deux ennemis si puissants ne l'attaquassent à la fois, résolut d'abandonner le Chirvan à Amurat. La paix fut donc conclue, et peu après cet événement, Sinan fut déposé par le caprice du sultan, et Ferhad recouvra les sceaux par une fantaisie, ainsi qu'il les avait perdus.

Cependant on apprit à Constantinople que les Hongrois avaient tenté le siège d'Albe -Royale ; que le pacha de Bude, accouru au secours de cette place avec ce qu'il avait pu ramasser de garnisons voisines, avait contraint l'ennemi à se retirer. Siaus-Pacha assembla précipitamment une armée. Le grand vizir, poursubvenir aux frais de cette guerre, imagina une nouvelle espèce d'impôt : il força les Francs (1) et les juifs, les seuls négociants qu'il y eût dans

(1) On appelle de ce nom, en Turquie, les Français, et par extension ou par une plus ample signification, les Européens, parce que la nation

toute la Turquie, de prendre à un prix exorbitant des soieries et des pelleteries qu'il avait tirées des différentes parties de l'empire. Il était défendu, sous de graves peines, à tous les marchands de se pourvoir ailleurs qu'au trésor public. Ces distributions forcées le remplirent bientôt; mais le poids de cet impôt, dont le grand vizir avait prétendu charger les infidèles, retomba par contre-coup sur les musulmans, qui, forcés d'avoir recours aux négociants ainsi vexés, payèrent beaucoup plus cher les étoffes dont la matière avait été vendue à haut prix. Malgré les soins du grand vizir et les efforts qu'il faisait pour soulager ses compatriotes au détriment de l'étranger, il ne jouit pas longtemps de la confiance de son maître. Les ennemis de Ferhad trouvèrent encore une fqjs l'occasion de perdre ce ministre dans l'esprit de l'inconstant Àmurat. Ce grand vizir, trouvé autrefois dans un des plus vils emplois d'une caserne de janissaires, après avoir parcouru pendant quinze ans les charges les plus importantes de l'empire, après avoir été deux fois grand vizir, fut dégradé pour la seconde fois sur des soupçons légers, et réduit à un état presque aussi abject que celui dont il avait été tiré quinze ans auparavant. Les sceaux de l'empire furent envoyés à Siaus- Pacha, qui était alors en marche à la tête de l'armée (998-1590). Il était temps que les Turcs s'opposassent aux efforts des chrétiens. Depuis la tentative que ceux-ci avaient faite sur Àlbe-Royale, l'archiduc Mathias, général des Hongrois, avait emporté sans presque aucune résistance Filec et Novigrade, et il avait formé le siège de Gran. Le pacha qui commandait dans cette place avait été tué dès le premier jour de tranchée ouverte ; mais la garnison n'en montrait que plus de valeur. Le grand vizir arriva fort

française s'est fait connaître et distinguer entre toutes les autres qui ont porté les armes en Orient, au temps des croisades.

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