‹ Histoire de VaubanChapitre 7 sur 35 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Vaoban est nommé commissaire g^ënéral des fortifications à la mort (lu chevalier de Glerville. — Construction des forts et de Tar- <enal de Toulon. — Yauban fortifie Casai, Mont-Royal et les côtes de TOuest. — Projet de construire à Dunkerque un port militaire et une place forte de premier ordre. Travaux préliminaires. — Correspondance entre Colbcrt et Yauban. — Achèvement des travaux. — Coup d*œil sur Tensemble de l'œuvre. — Énomération des principales places fortes défendues, réparéei, reconstruites ou édifiées par Yauban. — Mode d'expropriation sous Tancien régime.

En 1678, Yauban fiit nommé , à la mort du chevalier de Glerville , commissaire général des fortifications. Le traitement annuel attaché à cette place s'élevait à quinze mille six cents livres; les frais de tournée étaient payés sur états dedépense variant de huit mille à ving^t-quatre mille livres, plus une indemnité de deux mille livres pour les secrétaires. Depuis longtemps déjà, Yauban remplissait en fait, sans en avoir le titre , les fonctions de commissaire général. Ainsi, il avait été chargé par Golbert, en 1675, de ^iter les places principales de notre frontière du nord- ^. Â. la suite d'une inspection détaillée, Yauban avait proposé de fortifier Yerdun, Toul et Metz. C'est sur cette dernière place qu'il fondait les meilleures espérances , et en soumettant au ministre ses idées d'ensemble touchant les travaux projetés, il exprimait l'espérance de pouvoir ^ de Metz la première de nos places fortes. En 1676,

ISfl HISTOIRE DE VAOBAK.

il retourna à Metz et adressa à Colbert le plan détaillé et les devis approxiniatiKi des opérations à entreprendre. « .l'ni lu vos projets avec attention, lui répondit ie ministre, et les ai trouvés, à votre ordinaire, clairs et intelligibles. Le roi a voulu aussi en entendre la lecture presque tout entière. Sa Majesté accorde trois cent mille livres demandées pour Metz, cent mille livres pour Toul et cinquante mille livres pour Verdun, n

L'année suivante, on dépensa 406,420 livres pour Metz, 378,310 à Verdun et 146,670 à Toulon.

La reconstruction de l'arsenal et des fortifications de Toulon tenait singulièrement à cœur à Colhert. Dès l'année 1669, le chevalier de Clerville avait été cbargé de dresser les plans des ouvrages à entreprendre. 11 s'acquitta de cette tâche comme à son ordinaire, c'est-à-dire avec exactitude et conscience , mais sans élévation d idées et sans bien comprendre les grandes conceptions du ministre qui voulait que l'arsenal pût suffire à soixante vaisseaux au moins, qu'il y en eut toujours sept en construction et du bois pour dix autres en magasin, avec quatre à cinq mille pièces de canon et le reste des approvisionnements à l'avenant. Colbert examina avec une attention particulière les plans envoyés par Clerville, et critiqua principalement le peu d'étendue donnée aux établissements projetés. » Nous ne sommes pas , ajoutail-il , en un règne de petites choses, et il est impossible d'imaginer rien de trop grand, ce qui doit toutefois avoir sa proportion'. ■

De si vastes projets devaient être et furent longuement

< Corretpondance de Co!ùe,-l, édilec par M. P. Cléoicnt.

mûris. Colbert, peu satisfait de ces premières études, Toalait gagner du temps pour attendre la fin de la carrière de Clerville qui touchait à son déclin, et charger Vaaban de l'exécution de ces plans grandioses. A peine investi des fonctions de commissaire général , Yauban est chargé de se rendre à Toulon. A première vue, il comprend Timportance de cette place et entre d'emblée dans les vues de Colbert.

«Une faut pas. Monseigneur, écrivait-il, que la grandeur de Tentreprise ni la dépense de l'ouvrage vous rebutent, puisqu'il s'agit du plus beau poil de l'Europe , situé dans la meilleure rade, d'autant qu'il ne contient en soi rien de difficile ni d'embrouillé, et, à l'égard de la dépense, je pourrais vous dire et peut-être bien prouver que c'est mettre de l'argent à intérêt et rien de plus, et, après tout, quelle satisfaction ne sera-ce point au roi de pouvoir serrer tous ses vaisseaux dans un port sous la clef , et les y chaiçer et décharger à plaisir , sans être réduit à toutes les longues manœuvres qu'on est obligé d'y faire présentement! J'espère même y ajouter quelque chose d'excellent de plus, et de trouver moyen d'y faire des quais contre lesquels le RoyaU-Louis viendra toucher du côté, moyennant quoi les canons, câbles, ancres, etc., pourront se charger et décharger de la première main , avec un cran, sans passer par les pontons, etc. *. »

Enfin , Colbert avait trouvé un agent selon ses vues , et l'enthousiasme de Yauban, joint à un mérite qui n'en ^tait plus à faire ses preuves , devait triompher des dernières difficultés soulevées par l'énormité de la dépense.

^ Vanban ^ Colbert. (Dépôt de la {<[aerre, année 1679.)

iV$ HI^TOIEE DE TACBA?!.

O^MTft ér:TTTÎl à FintaidaDC de b marine à Toulon : « Sa ytstyr^ approoTe tout ce qae le sieur de Yauban propose pour b noorelle enceinte. Elle n*a encore rien tu de mieux pen^^é Mir ce ^ojet, ni qni Fait si fort satisfaite.*

L'a|pandij»:$ement de Toulon cœisistait en cinq fironts ba^lionné^i dont troi^ devaient être construits dans le marais, et en troi^ forts détachés couronnant les montagnes Toi^ines. Il fallait aussi creuser un port militaire, un port de commerce, et élever une jetée en pierres perdues dans une vase profonde. Enfin, la construction d'un arsenal, d'une corderie, d*un hôpital, de plusieurs casernes, et de toutes les annexes d'une station navale de premier ordre, complétait ce gigantesque ensemble d'opérations. On sait avec quel art infini Yauban s'acquitta de la mission qui lui était confiée. 11 comprit d'un coup d'oeil l'importance cx(H*ptionnelle du port de Toulon et l'avenir qui lui était réservé. Aujourd'hui encore, après l'extension donnée à la marine et Toutillage compliqué que nécessite l'armement <le nos vaisseaux, les constructions élevées par Yauban sont suffisantes.

Un ingénieur d'un grand mérite, Niquet, fut chargé de <iiri(;or les travaux. Nous aurons occasion, dans le cours clo 00 rooit, (le raconter comment il s'acquitta de sa U\olu\

Do Ttnilon, Yauban court à Strasbourg, dont il est oliai{;ô d'étonciro les fi>rtifications. Il avait été dé^gné oouuuo do vaut prtMidre la direction du siège si la ville se ivfusait à ivconnaitre Tocoupation française. Le roi I«ouis \IY lui avait notifié sa nomination par une lettre «uloj;\iq\ho ainsi oon^nio •

^ t\* mol o>t pour vous dire qu'il n\ a rien de changé

au projet qui vous a été confie, et vous recommander surtout de régler de manière, ce que vous direz chez vous en partant, que Ton ne puisse point mander ici que vous ayez pris la route que vous devez suivre véritablement. Il se fait assez publiquement des préparatifs en Dauphiné pour une entreprise en Italie : vous pourrez dire que vous allez gagner Lyon. Gomme il suffit que vous arriviez le 4 du mois prochain au lieu que vous savez, partez plus tard que vous pourrez, et réglez votre marche de manière que vous ne passiez pas dans les grandes villes, et que vous ne passiez et logiez que dans des lieux peu fréquentés. Je vous envoie une carte qui pourra servir à diriger votre chemin, selon ce qui est marqué ci-dessus, et les communautés d'Alsace vous fourniront des chevaux de relais où vous leur en demanderez, moyennant quoi, arrivant à Béfort le 1*' ou le 2 du mois d'octobre, vous ne sauriez manquer de vous rendre en deux petits jours au lieu que vous savez '. »

Vauban rédigea sur les travaux à entreprendre un mémoire considérable qui ne contient pas moins de cent quatre-vingt-huit articles longuement détaillés. L'ensemble de son travail comprend l'amélioration des fortifications existantes, le projet d'une citadelle, la construction du canal de la Brutche pour amener les matériaux à pied d'œuvre, et la construction des quartiers d'infanterie et d^artillerie.

En 1681, nouvelle visite à Toulon; mais en route il fait un crochet et se rend à Casai, dont les fortifications ont besoin d'être relevées. Gatinat, son ami et son compagnon

' Le roi h Vauban, 10 septembre 1681.

140 HISTOIHE DE VAUBAN.

<rarine8, lui avait dressé un projet de reconstruction, et il ajoutait avec sa modestie ordinaire : « S'il entre du sem réprouvé dans mes plans, feites-moi une correction en maître, et par charité pour votre disciple, supprimez tout ce papier barbouillé. »

Vauban adopta une partie des plans de Catinat et fit commencer les travaux, pour lesquels Louvois ouvrit un crédit de un million huit cent mille livres.

La création d'un port à Anlibes, la construction de h citadelle de Honflieur, de Dieppe, des forts de Samt- Valéry et d'Ambleteuse complétèrent Fensemble des tia- Taux de Vauban dans cette année et dans les suivantes.

A peine remis des fatigues du siège de Luxembourg en 1684, Vauban construit la place de Mont-Royal, dont l'excellente position sur la rive gauche de la Moselle nous rendait maîtres du fleuve et commandait le pays sur tme vaste étendue.

« Il manquait encore une place pour couvrir Tangle de TAIsace et de la Sarre , et fermer les défilés des Vosges : Vauban créa Landau pour remplir ce double objet En mémo temps il construisit, au milieu d'une ile du Rhin, le 6>ii Louis, qui, dans un site différent de Mont-Royal, avait une partie de ses propriétés. Les lignes de Tlle étaient disposées de manière à renfermer et à défendre un vaste camp retranché, dont la place formait le réduit et dont le fleuve même était le fossé. Des têtes de pont luùssaient, |Hnidant la guerre, les deux rives à la place, livraient le (xissage du Rhin aux années françaises, et leur (>onnottaient de %^rier tour à tour leurs mouvements en Alsace et sur le territoire ennemi. Telles étaient enfin les propriétés do i"^ site heureux, mais bîxarre, dont Vauban

saisit les avantages et brava les difficultés, que la garnison pouvait sortir sur les deux rives, camper longtemps hors de la place, jouir de Tile entière et s'y défendre sans trop s*aflBaiblir; tandis que Tennemi n'y pouvait arriver qu9 sur des ponts on des chaussées, ni lier une circonvallation immense qu'en jetant, au risque de les voir emporter dans les crues, une multitude de ponts difficiles à établir et à protéger, sur les bras larges et nombreux dans lesquels le Rhin se divise et semble se jouer entre Bàle et Philisbourg'. »

Mais de toutes les places qu'il construisit, agrandit ou fortifia, il n'en est pas qui lui fit plus d'honneur que Dunkerque. Il regardait cette place comme son chef-d'œuvre ^ et il consacra à sa création la meilleure partie de sa vie et les ressources de son inépuisable génie.

Tour à tour prise et reprise par les Anglais, les Espagnols et les Français, la ville de Dunkerque était regardée avec raison comme le point le plus important de notre côte du Nord. En 1661, les Anglais la cédèrent à la France, moyennant une somme de cinq millions.

Le premier soin de Colbert fut d'ordonner quelques travaux pour mettre le port en état de servir de retraite à notre marine marchande et aux vaisseaux de guerre de faible tonnage. Dans le courant de 1661, le roi vint visiter sa nouvelle acquisition, et recevoir le serment de fidélité de ses nouveaux sujets. De grandes fêtes furent données en son honneur, et l'accueil enthousiaste des habitants prouva une fois de plus que leur cœur n'avait jamais cesse d'être français. Louis XIV inspecta les fortifications et le

* Alle?(t, Histoire du corps de génie.

port, fit hâter les travaux les plus ui^g^ents et charg^ea Vaubnn de faire un projet de fortifications pour mettre la villeàrabri d*un coup de main tant du côté delà mer qoe de celui de la teiTo.

liCs travaux commencés reçurent une vigoureuse impulsion, mais plusieurs fois ils durent être interrompos fîiute d'argent ou faute de bras, tous les hommes valides étant employés au service des armées. En 1671, ils furent n^pris avec ensemble. Le roi se rendit sor les lieux. Trente mille hommes campés autour de la ville travaillaient alternativement. Vauban avait apporté dans Forganiâttion de cette armée Tordre le plus parfait. A quatre heur(\< du matin « un coup de canon annonçait le réreil. \ ce si(;[nal« dix mille hommes prenaient les annes, man^haient en ortlre de bataille jusqu^aux chantiers, où ils pi>saient leurs armes pour prendre des outils. A neuf heures, un autre (^>up de canon leur faisait quitter le travail fxnir retourner au camp ; dix mille autres retenaient dan> le même ordre, et quittaient à un troisième coup de canon, vers les quatre heures de raprès-midi:les dî\ mille restants travaillaient jusqu'à huit heures du ><^« Ainxi c^>> trente mille hommes dirigés par leurs oflBcîeis, et animé> jvir la pre>^noe du rv^î, «pii montait à cheTil iVi^ulieremoni doux fois par jour, travaillèrent avectantde dilijoni^e dans le Ovurant de rêtê que les travaux furent portos à un point d'avancement bien >u}Wrirar à cthà que Ton {XHuaît Cxporor.

Mais toiles otaK^nt la ^aïkieur de 1 entre jwi>e et cnhos do rovcvntion que. bnit annêe> après, les p.>i>iours tV»3> într-TTompus ou ralentis^ élaiexit Lien loin Aouy toiTiia:o> P .iillourv, jt-> pian^ . étaient agrandis. U

ville était à Tabri d'un coup de main; mais ce résultat paraissait incomplet à Yauban, qui, à la suite d'une nouvelle visite, adressa à Colbert, le 17 juillet 1678, les plans et mémoires d'un projet qui ne tendait rien moins qu'à créer à Dunkerque un port militaire capable de recevoir et de ravitailler plusieurs escadres de vaisseaux de guerre.

Il s'agissait de creuser un bassin pouvant contenir vingt vaisseaux de quarante à soixante canons, et de construire des forts et des bastions capables d'abriter une armée, de relier la ville avec d'autres villes à l'aide de canaux, enfin de créer un grand centre d'armement pour l'armée et la marine. Le plus difficile était de rendre praticable le chenal qui était obstrué par un immense banc de sable. Il fallait donc avant tout pratiquer une coupure de six cent sept mètres de profondeur dans le banc de sable, élargir et creuser sur une longueur de mille toises le chenal, et le protéger par des batteries et des terrassements.

Une entreprise aussi utile était bien faite pour plaire à Colbert, qui s'empressa d'accepter les plans de Yauban et lui écrivit, le 10 mai 1678, pour lui donner l'ordre de poursuivre les travaux.

« Saint-Germain, 10 mai 1678.

« M. de Louvois m'a dit que vous pouvez donner le temps d'un mois entier de votre application aux travaux, de Duiikerque, et le roi m'a ordonné de vous écrire la même chose, en sorte que le commencement de l'exécution de vos desseins ayant aussi heureusement réussi par l'ouverture du banc qui s'augmente tous les jours, ye ^ -.

ne doute pas que vous ne considériez ce travail comme Tune des plus belles choses que vous ayez faites jusqu a présent, puisque toutes les apparences veulent que vous poun^ez donner a Dunkerque un port qui le rendra capable de recevoir les vaisseaux de sept à huit cents tonneaux, en sorte que le roi y pourra tenir une escadi^e de vaisseaux aussi forte qu^il lui plaira, et par conséquent augmenter considérablement sa puissance maritime.

«Je vous prie donc, aussitôt que vous aurez reçu cette lettre, de vous en aller à Dunkerque, et de prendre vos mesures pour faire un grand effort pendant le temps que vous pounvz y séjourner. Sur quoi. Sa Majesté m'ordonne do vous dire que, j>our^'u que vous fassiez tous les pré l^aratifs nécessaires, elle fera commander tous les peuples des ohastel laines voisines pour y aller travailler une ou doux semaines, afin de faire tout d'un coup un très-grand tnivail qui puisse ouvrir entièrement le banc. Vous |Hnivei t^tre assuré que, pour une dépense aussi considérablo que ivIK^à, le f^nidsne manquera pas, pourvu qu'on m iutx>rmo de celui qu'il faudra. »

Vjuelquos jours après , Colbert revenait sur le même sujot et douiuiii à Vauban un supplément d'instructions :

• J\u vu avec plaisir que vous m'écrivez, par votre mémoire* du ir> do lY mois« sur le sujet du travail auquel >vMi> t^tvi à prôstn^t appliqué pour Touverture du banc de Ouukoi\|uo. ot jo no puis mVmpécher de vous témoigner uvA jvMo do I o>|H^ranoe que vous avez que ce tra>*ail ivuvMr* À U satî>tdictît'n du Roi et au bien et à l'avantage do Nv^u xc-H \ kv ; ot qiKind je fais réflexion que Sa Majesté jvHur^ touxr ^Uus l>uukon]uo ui| bon nombre de vaisseaux |VM\v V P vv:-,jv\Mrr do fortes oscaibres, et augmenter consi-

lérablement par ce moyen la {j^Ioire de ses armes maritimes , je ne saurais assez vous louer d'avoir trouvé les expédients de faire réussir le projet que vous eu avez fait entde le mettree pratique aussi heureusement. Vous me ferez un singulier plaisir de me fiaire savoir, autant que Toas le pourrez, Tétat auquel sera ce travail , et, quoique ?oas vous expliquiez bien clairement, je serai très-aise que vous joig^niez de petits plans à vos mémoires, ainsi que TOUS me le promettez.

• Dans le temps que vous serez à Dunkerque ou prêt à en partir, j^estime qu'il serait bien nécessaire que vous fissiez un voyage à Calais, pour voir si vos dessins et vos mémoires sont bien exécutés, si les travaux sont solides et les prix d'ouvrages raisonnables.

■ Je vous prie aussi, toutes les fois que vous vous trouverez dans des villes maritimes, d'examiner les moyens de bonifier leurs ports, ou d'en faire de nouveaux capables de recevoir de plus grands vaisseaux que ceux qui y rentrent d'ordinaire. Et, comme vous êtes informé que le roi n'a presque aucun port dans la Manche pour y recevoir des vaisseaux, vous jugerez facilement l'avantage que vous procurerez à son service et à sa gloire de lui en donner quelques-uns ^ »

Déjà miné par la maladie qui devait le conduire au tombeauy Golbert ne cesse pas un seul instant de témoigner l'intérêt particulier qu'il porte à cette entreprise et de se foire rendre compte par Yauban de tous les détails des travaux. Quelques jours avant sa mort, l'infatigable ministre eut la suprême satis&etion d'apprendre que le

< Golbert 4 Vauban. Fontainebleau, 30 mai 1678.

TOIHF DE VAUBAX.

[lort de Duttker<]iie était ouvert aux grands vaiâseiiux de ligne, et que les travaux étaient aclievés, au moins dan* les parties essentielles.

En IIÎ83, l'œuvre commencée par Vauljan, dans les derniers jours de l'année l(î81 pouvait être re(jardée comme terminée, au moins dans son ensemble ; mais il tallut v consacrer encore plusieui's aiiuées de travail pour la porter à son point de perfection.

Un rapide exposé des travaux permettra de juger de l'immenKité de l'entreprise et des innombrables difîicuIté.-> vaincues par l'opiniâtre génie de Yauban.

En arrivant à Dunkerque par la mer, on découvrait d'abiini en tête des jetées, ft Test le château Vert et à l'ouest le château de Bonne-Espérance. Elevés sur un pilotis à plus de milh* toises du rivage, armés de trente pièces (le canon, ces forts préservaient la ville d'un bombardement en tenant à distance la flotte d'investissement. Le fameux fort appelé Risban, merveille d'architecture militaire, commandait le chenal formé par deux immenses jetées. Le ïlisban était tout entier construit en maçonnerie ; il renfermait de spacieuses casernes, d'immenses magasins pour les munitions de guerre elles approvisionnements des troupes, et eomniuni(|uait avec la ville par un pont de bois faisant suite à la jetée. On pouvait mettre en batterie sur ses remparts jusqu'à soixante-dix pièces de canon disposées sur trois alignements différents, grâce à la forme triangulaire qu'il affectait.

De l'autre côté du chenal, à l'est, se dressait le fort Itlanc, appelé le petit Itîsban, parce qu'il était construit sur le même plan et possédait les mêmes propriétés défensives que le précédent. Les vingt pièces de canon qui

Farinaient devaient servir à couvrir la place dont il préservait le front.

En avançant vers le havre, on trouvait le fort ou château Gaillard, consti*uit en charpente, répondant à la jetée de Test avec laquelle il communiquait par un petit pont. II contenait douze pièces de canon dont une partie défendait l'accès de la jetée adjacente et l'autre croisait ses feux avec ceux du fort Blanc. Presque vis-à-vis de cet ouvrage, de l'autre côté du chenal, on avait élevé un fort de maçonnerie appelé batterie de revers, parce que, avec ses seize pièces de canon, il prenait à revers le grand Risban et l'entrée du havre. Aux feux de tous ces forts, venaient se joindie les feux convergents de la citadelle et des bastions du nord-ouest.

Jamais on n'avait vu dans aucun port du monde une si prodigieuse quantité de jetées. Elles mesuraient plus de mille toises de longueur, toutes en charpentes, avec des coffres remplis de grosses pierres selon les règles les plus nouvelles de l'art de construire.

Quant au bassin, il pouvait contenir jusqu'à quarante vaisseaux de haut bord toujours à flot, même à marée basse, grâce à une immense écluse dont Yauban avait donné le projet et qui fut exécutée sous sa surveillance directe. Autour du bassin on avait construit les bâtiments contenant la corderie, le magasin général de la flotte, le magasin particulier des vaisseaux du roi, le hangar aux mâts, les forges, l'arsenal, et toutes les dépendances nécessaires à l'entretien du port et à l'équipement de plusieurs escadres. Au fond du port, à l'embouchure du canal de Bergues, on avait ménagé une écluse de vingtsix pieds de largeur avec une double paire de portes bus-

U8 HISTOIRE DE VAUIÎAX.

qiiées, dont les unes serraient à soutenir les eaux du canal à marée basse, et les autres, les eaux de la marée dans son plein, selon les nécessités du service , de sorte que les navires pouvaient passer du canal dans le port et du port dans le canal à toute heure et en tout temps. L'n pont de bois, trés-solidement établi et qui pouvail supporter sans flecbir les charges les plus lourdes, reliait le bassin à la ville.

A l'ouest, entre le cbcnal et le bavre, se dressait la citadelle. Commencée en 1G59 par les Anglais, sur un plan défectueux, elle avait été augmentée et modifiée par Vauban, qui n'avait pu faire disparaître entièrement les vices originels de sa construction. Telle qu'elle était, elle constituait cependant un formidable ensemble de défenses.

Flanquée de dix grands bastions , entourée de larges fossés et d'un double chemin couvert précédé d'un avantfossé, protégée par une demi-lune et une foule d'ouvrages avancés garnis de pièces d'artillerie, la ville de Dunkerque présentait de tous côtés un front invulnérable aux attaques de l'ennemi. Un peu au-dessous de la ville, au sud, sur un espace de forme triangulaire entre les canaux de Bergues et de la Moère, s'étendait, sous la protection du fort Louis, un vaste camp retranché de plus de quatre mille toises de tour. Des fossés de huit toises de largeur sur neuf pieds de profondeur, toujours rempbs d'eau, le protégeaient contre un coup de main. II était garni de cinquante pièces de canon des calibres de douze et de seize montées sur des affûts de marine. D'après les évaluations de Vauban, ce camp pouvait contenir vingt-deux bataillons : ce qui supposait, en prenant pour base d'esti-

IIISTOniE DE VAURAN.

jaoation le chiffre de cinq cents hommes par batailloo , un effectif di? onze raille combattants.

Ce camp était destiné à favoriser en cas de siège les cecours qui viendraient de Bergues ou de Gravelines,

iDS le cas où la première de ces villes serait investie. Si, au contraire, l'ennemi tentait de s'établir entre Gravelines et Dunkerque, les troupes avaient la iacilité de l'inquiéter par des sorties continuelles et de lui couper ses communications du côté de la tene. Enfin, ce camp offrait l'avantage en temps de guerre do mettre en sûreté les noticomballants, les gros bagages, les bestiaux destinés à la subsistance de la garnison, et en temps de paix de faire camper les troupes de passage et d'éviter ainsi le séjour dans la ville, séjour souvent onéreux pour les babitantset toujours funeste à la discipline.

Les ouvrages que nous venons d'énumérer succinct&ment n'étaient qu'une partie des moyens de défense dont pouvait disposer la ville de Dunkerque en cas d'attaque. Ce qu'on ne voyait pas constituait un ensemble encore plus complet que les travaux apparents. Ainsi, grâce à un Merveilleux système de canaux et d'écluses dont la description demanderait un volume, Yauban isolait complètement la ville et rendait son abord impossible en inondant, à plusieurs lieues à la ronde, les campagnes environnantes. Les mesures avaient été si bien prises, tout était combiné avec une si rare perfection qu'à un moment donné trois inondations pouvaient avoir lieu simultané^ ment ou indépendamment les unes des autres, selon les nécessités de la guerre ou les points d'attaque cboisis par l'ennemi.

Il était impossible d'entreprendre par len-e le siège de

[ISTOIRE DE VAUDAN,

Diinkerque sans faire en même temps celui de liergiies, parce que Tune de ces villes aurait toujours donué du secours à l'autre par le canal de Berfjues que protégeaient les deux forts Louis et Français. Quant à élalflir une Ii{jne de circoQvalIalion assez vaste pour embiiis^er tous ces ouvrajjes, il n'y fallait point songer, tant à cause do l'immensité de l'entreprise que des inondations qui empêchaient absolument les travaux. D'ailleurs, il aurait laflu aussi une armée navale pour attaquer Dunkerque du cùlé de la mer : mais cette armée, toujours tenue à dislance par les forts avance's, n'aurait pu s'approcher assez près pour débarquer et donner la main aux assiégeants du calé de la ten'e. Si l'on ajoute h cela que la ville contenait une forte garnison et une population courageuse et gueniére, ou se convaincra facilement que Dunkerque, telle que l'avait fortifiée Vauban était une ville imprenable. L'expérience ne larda pas à le démontrer. En 1695, les flottes anglaises et liollandaises combinées, après avoir liumbardé Suint-Malo, se présentèrent devant Dunkerque.

Clément, ingénieur distingué, .qui avait travaille, sous les ordres de Vauban, à la défense 'de la place, a décrit, dans un mémoire suivi d'un plan, les opérations des alliés: H Nous avions à la tête du chenal une ligne de chaloupes qui était opposée à une ligue semblable de chaloupes anglaises et hollandei&es. L'ennemi avait en seconde ligne cinq frégates , en troisième ligne vingt bombardes et en réserve plusieurs autr&s bâtiments. Le bombardement dura depuis huit heures du matin jusqu'à cinq heures du soir; dix bombes tombèrent dans le Rishan,' dont deux ■ou trois endommagèrent le.'i toitures des bâtiments; les antres Hrent des trous dans les plates-formes. Une seule

tomba dans le château Yerd, aucune dans le château de l'Espérance , mais plusieurs sur ses bermes. La ville était trop éloignée pour pouvoir être atteinte. Dans le fort du combat, Tennemi lança quatre brûlots, dont deux échouèrent à cinq cents mètres du Risban ; les deux autres fiirentdétournés par nos chaloupes. Enfin, Tennemi, voyant Imutilité absolue de ses efforts sur une place si bien préservée, se retira, laissant échoués sur le banc Brack, une frégate, deux galiotes et un brick. »

Les services rendus à la marine française par Dunkerque sont incalculables. C'est grâce à ce port et aux ressources infinies qu'il offrait pour Tattaque et la défense que Jean Bart a pu, pendant de longues années,* tenir en échec la suprématie de rAngleterrc sur TOcéan et infliger aux flottes alliées de si éclatantes défaites. Pendant la guerre commencée en 1702 jusqu'à la paix conclue en 1713, les Dùnkorquois ont fait quinze cent quatorze prises ou rançons évaluées à plus de trente millions de livres, sans y comprendre les bâtiments ennemis que les armateurs ont menés en Espagne où ils ont été vendus. Dans le cours de- Tannée 1708, les armateurs de Dunkerque armèrent vingt-cinq frégates qui prirent rang dans la marine royale.

Aucun travail ne fit peut-être autant d'honneur à Vauban. Devant l'immensité, de Fentreprise et les difficultés vakcues, la critique fut désarmée. Et la devise « Taceat

ndroeula Memphis » , placée en tète d'iin ouvrage sur les places fortes , présenté au roi, loin d'être hyperbolique, fut regardée comme Texacte expression de la vérité.

Vauban, si modeste d'ordinaire, si sévère pour luïinéme, se laisse aller à un mouvement bien légitime d'or-

gueil quand il parle de cette œuvre. Le 16 décembre 1683, il écrit à Louvois' : « Dès l'heure qu'il est, ce port et son entrée me paraissent une des plus belles choses du monde et la plus commode , et si je demeurais six mois à Dunkerque , je ne crois pas que ma curiosité ni mon admiration seraient épuisées quand je les verrais tous les jours une fois. »

Lorsque Vauban laissait ainsi déborder son enthou- ^ siasme, quels n'auraient pas été son étonnement, sa douleur, si on lui avait dit que moins de trente années après, ces forts , ces digues, ces risbans , ces bastions et tout cet incomparable ensemble de fortifications et de travaux d'hydraulique ne seraient plus qu'un souvenir ! Ce que n'avaient pu £aire les attaques combinées des deux plus grandes puissances maritimes du monde, la fatale politique de Louis XIV devait l'accomplir. Par un article du traité d'Utrecht, Louis XIV s'engageait à combler le port militaire de Dunkerque et à ruiner toutes les défenses. Déplorables résultats de l'ambition désordonnée d'un souve* rain qui a trop souvent sacrifié les intérêts de la France à son amour immodéré des conquêtes !

Le cadre restreint de notre travail ne nous permet pas de donner le tableau des travaux entrepris par Vauban. Une table analytique et raisonnée des villes qu'il a forti-' fiées, des citadelles qu'il a élevées, des côtes qu'il a défendues, des ports qu'il a creusés, formerait un ouvrage considérable qui, pour être complet, devrait comprendre l'analyse des plans, projets ou devis qu'il a donnés sur plusieurs centaines de places ou de postes secondaires.

* Vauban à Louvois. (Dépôt de la guerre.)

En attendant que ce catalogue , si utile pour Thistoire du génie , soit dressé , nous nous contenterons de reproduire , d'après M. le colonel Allent, l'état très-abrégé des sièges £sdts et des places neuves bâties par Yauban.

« Sièges. — Guerre de Trente ans. Sièges de Sainte-Menefaould par les Espagnols, en 1652; de Sainte-Menehould par les Français, en 1653; de Stenai et de Clermont, , en 1664; de Landrecies, de Condé et de Saint-Guislain , en 1655; de Valenciennes, en 1656; de Montmèdy, en 1657; de Gravelines, d'Oudenarde et d'Ypres, en 1658. Il reçut une blessure à Stenai, une autre à Valenciennes, trois à Montmèdy. — Le siège de Gravelines est le premier qu'il ait conduit en chef.

o Guerre de 1667. Sièges de Lille et de Douai en 1667. — A Douai, il reçut un coup de feu à la joue. — Les matériaux que j'ai pu consulter, ajoute M. Allent, n'indiquent pas si Vauban eut quelque part aux sièges de Tournai, d'Oudenarde et d'Alost, faits par l'armée du roi, à laquelle il était attaché.

« Guerre de 1672. Sièges d'Orsoy, Rhinberg, Nimégue et autres places de Hollande, en 1672; de Maestricht et de Trêves, en 1673; de Besançon et d'autres places de Franche-Comté, en 1674; de Dinant, Huy et Limbourg, en 1675; de Condé, Bouchain et Aire, en 1676; de Valenciennes, Cambrai et Saint-Guislain , en 1677; de Gand et d'Ypres, en 1678. — Il ne fit que déterminer les attaques de Trêves , en 1673, et partit ensuite pour rejoindre le roi en Alsace. Ce fiit à Maestricht qu'il fit, pour la première fois, usage des parallèles. A Aire, il reçut une nouvelle blessure.

« Défense d'Oudenarde, en 1674. — C'est la seule de» places dans lesquelles Vauban s'est jeté, qui ait été attaquée. La résistance des assiégés laissa au grand Condé le temps de faire lever le siège.

« Guerre de 1683. Siège de Courtrai, en 1683; de Luxembourg, en 1684. — A Luxembourg, Vauban perfectionna les sapes et toutes les approches.

« Guerre de 1688. Sièges de Philisbourg, Manheim et Franckenthal , en 1688; de Mons, en 1691; de Namur, en 1692; de Charleroi, en 1693; d'Ath, en 1697. ^ A Philisbourg, Vauban invente le ricochet; devant Ath, il perfectionne toutes les parties de sa nouvelle méthode d'attaquer les places. — Devant Ath, il reçoit une blessure légère.

a Guerre de la succession. Siège de Brisach, en 1703.

«Places NEUVES. — Paix des Pyrénées, Dunkerque, citadelles et foils extérieurs. — Cette place était en terre, et les Anglais venaient d'y commencer une mauvaise citadelle.

« Les travaux commencés en 1661 embrassèrent tour à tour les fortifications, le port, les forts extérieurs et le camp retranché, construit par Vauban en 1706, un an avant sa mort. Dunkerque fut l'ouvrage de sa vie entière.

u Paix d'Aix-la-Chapelle, Charleroi, Ath, la citadelle de Lille , la citadelle d'Arras , le fort de Kenoque , la citadelle de Turin, l'agrandissement de cette place, Verrue et Verceil , presque entiers.

« Ces dernières places furent construites sur les dessins donnés par Vauban au duc de Savoie, dans le voyage

qu'il fit en Piémont avec Louvois. Le duc de Savoie, pour témoigner sa reconnaissance à Vauban , lui donna son portrait enrichi de diamants.

« Paix de Nimègue. Maubeuge , Longwy, Sarrelouis , Phaisbourg, citadelle de Strasbourg, Kehl, ville neuve de Brisach (qu'il ne fout pas confondre avec Neuf-Brisach, construit après la paix de Riswick), forts de Fribourg, Belfort, Huningue , port de Toulon, citadelle de Perpignan, Mont-Louis, Port-Vendre, fort d'Andaye, Saint-Martin de Ré, port de Rochefort, port de Brest, citadelle de Belle-Isie, fort Nieulais dé Calais,

o Paix de Ratisbonne. Mont-Royal , Landau , Fort-Louis du Rhin.

•Paix de Riswick, Mont-Dauphin, Briançon, les Oivets, Neuf-Brisach.

«Les places des Alpes furent projetées, pendant la guerre, après l'invasion de 1692.

«A Givet, Charlemont existait, et Vauban ne (il qu'y ajouter de nouveaux ouvrages. Ses projets sur les deux Givcts et sur Briançon n'eurent qu'une exécution fort impar&ite. »

Quel était le mode d'expropriation adopté par l'autorité militaire pour la construction des places fortes et l'agrandissement des villes? De quelles garanties était entourée la propriété privée? Quelles indemnités accordait-on aux propriétaires dépossédés? Antérieurement à Colbert, la procédure à suivre en cas d'expropriation publique était des plus sommaires. Le service du roi et la nécessité d'établir des ouvrages de défense primaient toute

espèce de considérations, et le propriétaire dépossède n*ai;ait aucun recours contre le gouvernement. D*aiIIeurs, ce cas se présentait assex rarement. Les fortifications étaient resserrées ; elles n''occupaient qu'un espace relativement restreint ; le terrain appartenait au seigneur du lieu , et les propriétés bâties étaient situées en général en delior> du cercle des opérations. Avec les progrès de Tartîlleiîe et rextréme extension donnée aux enceintes fortifiées « il n>n fîit plus ainsi. Chaque restauration de place donnait lieu à une série d^expropriations dont il était nécessaire de régler les conditions. Colbert , le premier, apl^^trta quelque ordre en ces matières, et bien que les meï>un^s> qu il crut devoir prendre fussent très-insuCKsantes pi>or protéger la propriété privée et nous paraissent au- ^Murdhui presque barbares, elles n'en constituent pas nMn>« sur Pancîen état de choses, un progrès qu'il est imèresissNUil d^étudier. La volumineuse correspondance de C^beri» publiée par M. P. Clément, nous fournit sur ce p^Hut %le précteux renseignements.

.Vîivii « quand des terrains ou des maisons étaient réclame> fKHir le service des fortifications, Colbert prescrivait d e\i^>*r U (MXHluction des contrats d^acquisition , des actes \W ivirt;*^;^* des baux. * Cependant , écrivait-il à un intend»nl . il ne Èiuilra pas que cette cUfficulté vous arrête pour Élire ;jilvjiUre les maisons qu'il serait à propos de raser {VHir b tvHtifioalivH) de la place, mais seulement que vous fc.t<>*ei feiire un plan sur lequel vous marquerez exacteiiKnxt les (>!;kvs lies maisons démolies. ■

i> prvv^NW ex|Mf\lttif mettait à la discrétion du ministre, ou plutoi à la discrétion de Tin tendant , la fortune des jm^{>riet;Airt-> atteints par les travaux de fortification.

Comment, en effet, évaluer la valeur d'une maison ou même d'un terrain , alors que ces immeubles nexistent plus que sur le papier? En veut-on des exemples? Informé que la construction du fort Saint- Jean à Marseille, en 1675, nécessitait la démolition de treize maisons , Colbert ordonna de les faire raser sur-lechamp, en abandonnant aux propriétaires les matériaux ou, sur leur refus, en les vendant à Tentrepreneur. Les intendants avaient la mission de rechercher tous les éléments d'évaluation, mais en secret et sans forma- Ktés de justice, et encore le ministre se réservait le droit de « redresser les estimations faites avec trop d'indulgence I» .

L'année suivante , les travaux du fort Saint-Jean atteignant l'église Saint-Laurent et les maisons contig^uës, le curé alla solliciter en cour la conservation de son église. < Faites-moi savoir, écrit alors Colbert à l'intendant des galères, si cette église est comprise ou non dans l'esplanade du fort Saint-Jean, s'il faudra l'abattre, si lesdites maisons étaient aussi comprises dans cette esplanade , et combien elle lui pouvait valoir de revenus. Surtout, que ni le curé , ni personne ne sache que je vous ai donné ordre de m'instruire de ses prétentions. »

A Bordeaux, pour la construction d'un quartier de cavalerie , dit le Chapeau rouge, Colbert donne à l'intendant des instructions identiques. Cependant, il se départit quelque peu de sa sévérité , sans toutefois obérer la caisse du roi. Il enjoignit à l'intendant d'estimer les maisons , de les démolir, et de faire payer leur valeur par la ville. Les jésuites obtinrent pourtant, d'une partie de leur jardin, une somme de 13,280 livres, pour

STOinE DE VAUBAN.

Ifl payemenl de laquelle Colbert prescrivit de bien observer toutes les formalités, « plus de précautions, ajoutait-il, étant nécessaires avec les communautés qu'avec les particuliers ».

Un pauvre tailleur de Dotileiis avait eu sa maison démolie pour le service du génie militaire. Ne recevant pas d'indemnité, il s'enbardit à réclamer au ministre. Colbert écrivit à l'intendant de payer au tailleur les cinq cents ou six cents livres que sa maison pouvait valoir d'après les estimations de l'intendant.

Colbert ne se fait aucun scrupule d'abaisser le taux de l'indemnité fixé par ses intendants. Ainsi, à Ardres et à Montreuir, l'intendant avait évalué à cent ou à cent vingt (ivres l'arpent des terres nécessaires pour les contrescarpes. Colbert trouva le prix trop élevé et le fit réduire dans de sensibles proportions. Avec ce mode de procéder, les i personnelles, les plus-values probables, les > de Emilie, et ces mille liens qui attacbent l'homme à rbéritagc sur lequel îl a vécu, ne comptaient pour rien.

Nous n'avons pjis besoin de fairi' remarquer combien la législation moderne, en mjilière d'expropriation, est supérieure aux procédés arbitraires de Colbert, On ne saurait nier que la loi de 1843, qui a jeté les fondements de rcxproprialion moderne, ne soît, dans la pratique, quelquefois faussée au détriment de l'intérêt public , et que les jurés n'aient une tendance à exagérer l'indemnité accordée aux propriétaires. Mais quelle différence entre les garanties solennelles de la loi moderne, avec ses enquêtes, ses contre-enquêtes, ses éléments d'information, les délints contradictoires qu'elle provoque , et les procédés som-

de Tancien régime qui n'étaient que la négation du droit commun !

e grande latitude donnée aux pouvoirs publics com- It d'ailleurs singulièrement le travail des ingénieurs, ban a eu plusieurs fois dans sa canûère l'occasion lir sur les embarras et les tracas que lui causait une tion si impai*faite, si mal définie.

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