‹ Histoire de VaubanChapitre 9 sur 35 · NIQUET · texte numérisé non relu

NIQUET

Parmi les collaborateurs de Vauban , ringéiiieur Niquet occupe une place à part , autant par le nombre et la valeur très-réelle de ses services que par Toriginalité de son caractère.

La première fois que nous voyons fi(jurer le nom de Niquet, c'est en 1675 ; il était alors in^jénienr et {jéographe du roi. Il fiit chargé de prendre soin des places de Metz et de Verdun, et sa commission porte qu'il lui est enjoint de suivre expressément les ordres que Tintendant lui donnera pour l'exécution des plans et mémoires de M. de Vauban. La précaution n*était pas inutile car Niquet éprouvait une invincible répugnance à exécuter, sans les modifier à sa guise, les instructions de ses chefs. Très-instruit*, trèsassidu et très-intègre, il était incapable de se plier à la discipline. Ce grave défaut faillit plusieurs fois entraver sa carrière et lui attira les plus dures remontrances de la part de ses supérieurs. Ainsi, il avait été chargé en 1678, par Vauban qui Tavait distingué et signalé à Tattention de Colbert, de diriger les travaux de Metz, Toul et Verdun. Dans son premier mémoire à Colbert, il propose à Colbert, ^ lui rendant compte des travaux , de faire des change-

* En 1668, r Académie des sciences chargea Kiquet et Couplet de ^ bire des modèles de diverses machines les plus en usage. Niquet détôQa plus particulièrement la grue et Tengin ; il en décrivit toutes les prtiei; il en fit remarquer tons les défauts, et donna les moyens de les éviter. (FoBTESELLE, Histoire de r Académie,)

Eq 1074, l'Académie lui accorda, à titre de gratification, deux mille UTrei poor les services qu'il lui avait rendus.

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ments aux dessins de Vauban. Grande fut la surprise du ministre, qui avait formellement déclaré que les projets devaient être exécutés à la lettre et sans la moindre modification. Il s'empresse d'écrire à l'intendant : « Je suis obligé de vous dire que , voyant sur Tétat des travaux du sieur de Vauban que le sieur Niquet change beaucoup de choses dans ses dessins, vous devez empêcher formellement qu'il ne le fesse , et , s'il lui arrive jamais de remuer une pellée de terre que conformément aux mémoires du sieur de Vauban , il sera rappelé un quart d'heure après que je m'en serai aperçu * . »

Niquet se le tint pour dit , et pendant les trois années qu'il resta à Metz ne donna aucune prise aux observations du ministre. Mais en 1681, à Toulon, où il était chargé de conduire les travaux d'agrandissement de la place, il fit construire des souterrains que Vauban ne regardait pas comme nécessaires, et se permit de changer, dans le projet qui avait été adopté , le dessin et l'emplacement de la nouvelle porte. Cette fois, Golbert éclata et lui écrivit, à la date du 6 septembre 1681, « que le. nombre de ses impertinences, depuis qu'il était à Toulon, avait excité la juste indignation du roi. Déjà sa ridicule vanité l'avait rendu insupportable à Metz et à Verdun, où Ton n'était jamais sûr qu'il exécutât un plan sans y mettre du sien , et voilà que, tranchant de l'ordonnateur, il se brouillait avec Tintendant et causait mille désordres qui retardaient les travaux. » — « Mais rien de tout cela , ajoutait le ministre, n'est plus inouï que d'avoir voulu interdire un ingénieur sur ce qu'il m'a donné avis que le toisé d'un ouvrage

18 septembre 1678. (Dépôt de la guerre.)

HISTOIRE DE YAUBA^^. 169

n était pas juste , et cette dernière action qui met le comble à toutes les autres , et ce qui fera qu'après vous avoir tenu trois ans en prison , le roi vous chassera comme un homme indigne de le servir. »

Le même jour pailait, en effet, un ordre d'incarcé-. ration.

Hais la grande colère du ministre n'eut pas de suite. Colbert estimait trop le caractère et le talent de son ingénieur pour se priver de ses services. Il avait voulu lui donner UD terrible avertissement et couper court à toute velléité d'indiscipline. Tandis qu'il menaçait Niquet de la prison, il écrivait à l'intendant : « Il feut que vous ayez un peu d'indulgence pour Niquet, dont je connais l'esprit opiniâtre et difficile. Je vous recommande de vous bien entendre avec lui. »

NoDr-seulement Niquet ne fut pas « chassé comme un homme indigne de servir » , mais , en 1683 , il reçut un brevet signé de la main du roi, portant que Sa Majesté, « voulant gratifier et traiter favorablement l'un de ses ingénieurs , en considération de ses services , lui faisait don d'une place de cent cinquante toises carrées pour bâtir, dans le nouvel agrandissement de Toulon, à l'endroit de la vieille porte Notre-Dame, pour en jouir lui et ses héritiers, sans ^e pour raison de ce don il ait à nous payer, ni à nos successeurs, aucune finance ni indemnité '» . Chargé, en 1682, <les travaux du port d'Antibes, il s'acquitta avec distinc- ^on de sa mission et mérita l'éloge le plus flatteur de Vau- *^, qui écrivit à Colbert : a A vous parler sincèrement, 1^ n'ai rien trouvé à Antibes qui ne fût bien , ni qui eût

' Dépôt des fortifications, année 1683*

besoin de la moindre correction . » — Ailleurs , il dit de Niquet : a Sa manière de travailler est lente , mais sûre et appliquée, v En 1685, la lieutenance d'Antibes fut attribuée à ringénieur qui avait si bien su conduire les travaux du port et de la place.

On conçoit qu'avec un caractère aussi difficile , les rapports devaient être assez tendus entre Yauban et Niquet. Mais Yauban était trop bon appréciateur du mérite de ses collaborateurs pour ne pas fermer les yeux sur leurs défauts. Avant toute considération, il faisait passer le set' vice du roi. S'agissait-il d'une entreprise difficile exigeant une grande application et des efforts continus, il n'hésitait pas à confier cette tâche à Niquet plutôt qu'à un ingénieur d'une nature plus maniable , mais d'une valeur moindre. C'est ainsi qu'en 1688 il lui confia la tâche ardue entre toutes d'exécuter les réparations et les augmentations qu'il avait proposées de &ire au canal du Languedoc. Là encore, Niquet donna libre carrière à sa passion de modifier les projets de son illustre supérieur, et il dut plusieurs fois être rappelé à l'ordre ; mais il s'acquitta de sa tâche avec une incontestable supériorité, comme le témoigne la lettre suivante signée de la main du roi :

« Paris, 1(1 septembre 1681.

« Le roi voulant gratifier et traiter favorablement le "sieur Niquet, l'un de ses ingénieurs ordinaires, son lieutenant au gouvernement d'Antibes, en considération des services qu'il a rendus depuis plusieurs années en divers emplois qui lui ont été confiés, et qu'il rend encore actuellement dans la conduite des travaux des ports de Provence et des places de Dauphiné et de Languedoc, et du

canal de communication des mers où il continue à donner des marques d^une grande capacité et de sa fidélité et affection au service de Sa Majesté, elle lui a accordé et fait don d'une pension annuelle de quinze cents livres pour en être payé sa vie durant , sur ses simples quittances, par les gardes du trésor royal. »

En 1689, nous retrouvons Niquet à Brest, où il a été envoyé par le marquis de Seignelay, qui avait en lui une entière confiance , pour exécuter les travaux proposés par Vauban. Huit ans après, il prit une grande part à*la défense ^de Toulon et contribua, avec Lozières-Dastien, au succès des opérations. Il avait alors soixante -dix ans. A partir de cette époque, le nom de Niquet ne se trouve mêlé à aucune action d'éclat. Il vécut jusqu'en 1727, et consacra les dernières années de sa laborieuse vieillesse aux travaux d'entretien et d'amélioration du canal du Languedoc.

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