VI
Ihéaiins.
Les Thëatins, appelés à Paris en 1642 par le cardinal Mazarin, et légalement établis en i653, sur le quai Malaquais, par suite des permissions qu'accorda Henri de Bourbon, abbé de Saint-Germain- des-Prés, et dont ce quartier relevait, voulurent une campagne ou ils pussent entretenir facilement des rapports d'amitié avec l'abbaye. Leur cboix se fixa sur une propriété de Yaugirard, divisée maintenant entre M. Tourneur, pour la majeure partie, et M. Perret, pour les jardins seulement. C'est là que venaient se reposer de leurs fatigues, le P. Quinquet et le P. Boursault, fils de l'auteur comique de ce nom, tous deux habiles prédicateurs ; le P. François Boyer, devenu successivement évêque de Mirepoix, membre de trois académies et aumônier de la daupbine, toujours antagoniste aussi pieux que savant de la philosophie moderne.
§ vu.
Frères des Ecoles chrétiennes. Après ces personnages célèbres, parlerons-
nous d'un homme qui ne le fut pas moins par son humilitë, et que la Providence destinait à doter notre France d'une pëpinière de saints instituteurs, qui ont rendu les services les plus signalés à la société et à la religion. M. Tabbé de La Salle avait conçu le projet de fonder un institut d'hommes voués à la pauvreté, à l'obéissance et à l'éducation des garçons appartenant à la classe la plus humble du peuple. Déjà il en avait établi à Reims, à Rhétel, à Laon et à Guise, mais il cherchait un local pour ses frères malades ou épuisés par les travaux. Il trouva, a l'entrée de Yaugirard, une maison solitaire, en bon air et pauvre ; elle avait dès-lors pour lui tous les agrémens désirables. Il est probable que c'est elle que l'on voit à l'angle de la rue Copreaux et de la Grande-Rue, et qui a longtemps conservé le nom de la Maison des frères, bien qu'elle soit devenue une hôtellerie assez renommée. Ce fut la que les vertus d'humilité, de mortification, de renoncement, retrouvèrent des hommes dignes de ces temps de ferveur du christianisme naissant, qu'illustrèrent les premiers ordres religieux. M. de La Salle y ouvrit un noviciat, le 8 octobre 1691; mais la famine qui régnait alors le força de retourner à Paris. Peu de temps s'écoula sans qu'on le vît
revenir à Yaugirard, pour y habiter pauvrement, et pour y tracer les règles suivies encore dans son institut. Son noviciat y demeura sept ans> jusqu'à ce qu'il fût transporte rue Sainte - Placide, auprès des Incurables, par les soins de M. de la Chëtardie, cure de Saiut-Sulpice. Les frères avaient une chapelle particulière ; cependant ils venaient à la paroisse aux fêtes de Pâques et de Saint-Lambert, ainsi que dans quelques autres jours solennels. Plusieurs fois M. de La Salle officia à IVglise paroissiale, rivalisant de piëtë avec les directeurs et les élèves de Saint- Sulpice. Spectacle digne d'admiration, de voir dans un village décrié par ses désordres et ses débauches, les personnages les plus recommandables sous le rapport de la sainteté, que Paris possédât dans ce siècle. « Heureux village! s'é- « crie l'historien de M. de La Salle, qui a été i( sanctifié par la demeure et la présence de « M. Olier, et ensuite par celles de M. de La «Salle, qu'on peut appeler son fils, puisque, « élevé dans sa maison, il était rempli de son es- <r prit! Heureux village ! qui a eu l'honneur d'être « le berceau du célèbre séminaire Saint-Sul- « pice, pépinière de tant de saints ecclésiasti- « ques, et celui de l'institut des Frères des éco- « les chrétiennes et gratuites, qui ont répandu
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« tant de lumières en France, quel que soit le ti- « tre d*îgnoraniins que leur humilité leur a fait c( adopter. » Aujourd'hui nous pouvons ajouter : Heureux village! qui a éié témoin des vertus d'un saint de nos derniers siècles! Car on s'occupe maintenant à Rome de la prochaine canonisation de M. Tabbé J.-B. de La Salle, déjà déclaré çénérable par un décret du 8 mai 1840, de Sa Sainteté le pape Grégoire XVI.