IX
Hospices de santé ISecker et des Enftms malades.
En 1 780, le lieutenant de police Lenoir fonda à Vaugirard un hospice de santë dans un vaste enclos, devenu aujourd'hui les propriétés de Mr^Arthus et de M""^ Boissonnade. Ce magistrat , par ses fonctions , ëtait plus à même que tout autre de voir combien d'enfans périssaient, en venant au monde avec un vice de sang qu'ils puisaient dans les maladies cachées de leurs parens. Il conçut Fidée de faire traiter ces innocentes victimes par l'entremise de leur nourrice; les résultats les plus heureux couronnèrent ses essais. Les femmes en couche , les nourrices aussi bien que les enfans y étaient soignés par des médecins instruits. Cet établisment, soumis à un règlement sage et sévère, que Dulaure transcrit au long dans son Histoire des
î49 ençirons de Pans, contribua à répandre une certaine aisance dans le village. Il exista jusqu'en 1791, ëpoque à laquelle furent fondes les hospices de la Maternité et de FEst.
A peu près dans le même temps, avait été fonde l'hospice Necker. En effet , le terrain où il est situé venant à se trouver libre par la sup«* pression d'un couvent de bénédictines qui l'occupait, Louis XYI voulut d'abord le consacrer à une œuvre pieuse : il accorda 4^^,000 liv. pour l'entretien de cent vingt lits de malades. M"** Necker loua cette propriété , la transforma en hospice, qu'elle se chargea de surveiller et de diriger. Il porta primitivement le nom à' Hospice des paroisses Saint-Sulpice et du Gros-Caillou ; puis, pendant la révolution, celui di Hospice de r Ouest; et en 1802 , celui A* Hospice Necker.
En cette même année , fut également fondé l'hospice de l'Enfant^Jésus^ destiné aux enfans malades, parles membres du conseil - général des hospices. La propriété qui fut consacrée à cet objet avait appartenu à M. Languef de Gergy , curé de Saint-Sulpice, qui en 1787 y avait formé un établissement de trente jeunes filles nobles : elles y recevaient la même éducation <^ue l'on donnait dans la maison royale de Saint - Cyr. Cette communauté , dite des Filles de Saint--
Sulpice, s'était dissoute pour faire place , en 1779) à l'hospice des Orphelins, qui lui-même, en 1802, devint rhospic.e des Enfans malades.
La coïncidence de la fondation de ces deux hospices sur un territoire qui, sans appartenir autrefois à Vaugirard, recevait de lui cependant en de fréquentes circonstances les secours spirituels , eu égard à l'éloignement de la paroisse Saint-Sulpice , avec la translation de Thospice dit de Santé à Paris, a probablement donné origine à ce droit , sinon rigoureux , du moins coutumier, d'envoyer soit h Necker, soit à Thospice des Enfans, les pauvres malades de Vaugirard : de*temps immémorial ils y ont été reçus sans difficulté.
Il y a plus : c'est que , le 26 et le 3 1 août 1790, les communes réunies de Grentilly, Montrouge et Vaugirard, demandèrent conjointement à l'Assemblée nationale que tous les terrains situés hors des murs de Paris, depuis la Seine jusqu'à la barrière de l'Oursine , en suivant la ligne des boulevards , fussent déclarés apparte-nir aux municipalités de la banlieue les plus proches. Cette demande était fondée sur l'impossibilité pour les habitans de conserver des rapports avec leur municipalité et leur église respectives. On y déclarait les droits que cer-
laines paroisses s'arrogeaient , hors de Paris , comme opposés aux lois nouvelles, aux besoins -et à l'intërét des populations. Depuis cette époque, tous les terrains en question furent considérés comme relevanl de Yaugirard , depuis le bord de Teau jusqu'au chemin deVanves, et les deux hospices furent réellement enclavés dans l'enceinte de Yaugirard, telle qu'elle existait avaqt l'extension des barrières ( Arch. municip.). En preuve de ce fait, on peut encore alléguer qu'un arrêté du 3 avril, de la municipalité de Paris , défendait aux paroisses de la ville de sortir de la circonscription légale ; aussi un sieur Butet, demeurant dans la ruelle Yo^ lontaire, et dont le domicile avait été jusqu'alors considéré comme dépendant de Saint- £tienne, fit - il la demande que son enfant fut baptisé à Saint-Lambert; et le 7 avril 1791 9 on déclarait son droit incontestable (Ârc. munie).
Association paternelle des Chevaliers de Saint - Louis,
Dès la première année de la restauration, des personnes distinguées par leur naissance, et
par les hautes dignités qu'elles occupaient à la cour, s'entretinrent du projet de venir au secours des chevaliers de Saint-Louis, dont la révolution avait dissipé le patrimoine et détruit tout l'avenir. M. le baron Hyde de Neuville fut un des plus zélés partisans de ce projet ; mais il eut à lutter contre les vues des amis à qui il s'était associé pour cette belle œuvre. Ils voulaient se contenter de constituer une caisse de secours, oii l'on puiserait pour subvenir aux besoins des anciens serviteurs de la monarchie* M. Hyde de Neuville fit prévaloir en i8i5 son dessein, qui consistait à donner une éducation solide , chrétienne et relevée , aux cnfans des chevaliers, dans des établissemens que Ton fonderait à l'instar de celui qui existait pour les filles des chevaliers de la Légion -d'Honneur. Ce projet fut hautement approuvé par M^ le prince de Gondé, à qui il appartenait de présider aux dons versés sur les veuves et les enfans des braves qui avaient partagé ses périls. Il s'en déclara le bienfaiteur et le soutien. : après lui venaient les noms les plus illustres, les de Coigny, de Gontaut- Biron , de Reggio , de Montmorency, de Béthisy, d'Âutichamp, etc., etc., en un mot, Télite de la noblesse. Ils voulurent confier les enfans de leurs frères d'armes à des corporations reli-
gicuses ; et parmi celles qui mentaient leur es* time, ils se fixèrent, pour les demoiselles, aux dames Augustines , établies à Versailles ; pour les jeunes gens, aux bënëdictins de la congrëgation de Saint-Maur. Les hommes savans, la doctrine pure que MM. les religieux bënëdictins avaient conserves , leur ëtaient de sûrs ga« rans des principes et de Tëducation parfaite que ces jeunes enfans recevraient par leur soins.
Cette dernière institution fut d'abord placée à Senlis, où se trouvait une maison qui avait appartenu à la congrégation, et qui, par sa grandeur et ses dispositions', offrait tous les avantages désirables pour un collège. Elle fut gouvernée par un conseil d'administration composé des hauts-dignitaires de Tordre; et l'œuvre, selon le vœu de M. Hyde de Neuville, prit le nom à! Association paternelle des Cheçaliers de Saint" Louis. On choisit pour premier supérieur un chef habile autant qu'érudit, dom Marquet, que M. le maréchal de G>igny avait connu en Portugal pendant son émigration : il espérait pouvoir réunir les débris de sa congrégation, dont il était un des membres les plus estimables, et trouver, dans ses savans collaborateurs, tous les genres d'instruction. Cet espoir ne put se
i54 réaliser; il mourut vers 1817, ayant eu à peiae le temps de poser les bases de son ëtablissement, et eut pour successeur dom Groult d' Arcy, dont la nomination adoucit les regrets que la perte de dom Marquet ayait inspires. Depuis la révolution , dom Groult n'avait pas quitté la carrière de l'enseignement ; soit comme professeur , soit comme principal du collège d'Autun, soit comme précepteur du jeune duc Anatole de Montesquiouy il s'était toujours occupé d'études : ce choix était donc très-heureux. Le second supérieur se trouva également dans la nécessité de suppléer au manque d'anciens confrères par des maîtres et des professeurs séculiers, doués de talens et de moralité convenables; aucun sacrifice ne pouvant déterminer les plus habiles de ces maîtres à quitter la capitale , on résolut de former près de Paris un établissement destiné aux élèves des hautes cfasses, afin de les mettre à même de faire des progrès rapides sous des professeurs du premier mérite^ et de les rendre capables de concourir pour les diverses écoles militaires. Ainsi fut fondée la maison de Vaugirard.
En effet, dom €hroult acheta l'ancienne maison de campagne des philosophes de Saint- Sulpice, qui, vendue nationalement pendant la
révolution, ëtait d'abord devenue une fabrique, puis la campagne du collège Sainte«Barbe-Delanneau. Je me souviens encore qu'étant enfant et élève de ce collège, j'y venais en promenade chaque jeudi. C'était, pour toute la pension, un jour de joie et de plaisir ; nous y mangions avec délices le petit pâté apporté du Puits - Certain. Cette campagne revint donc pour ainsi dire^ «n 182 1, à sa première destination de communauté religieuse. Sa position ne laissait rien à désirer, soit pour la salubrité, soit pour les promenades, soit pour la proximité de Paris.
Les études y devinrent plus fortes, par la facilité que donnait la capitale de se procurer d'excellens professeurs , et par la surveillance que d'anciens officiers - généraux ou supérieurs de l'artillerie, du génie et de l'état-major, pris dans le sein du comité , exerçaient sur les études et les connaissances relatives à l'art militaire. Un grand nombre d'élèves devinrent de très-brillans sujets , soit à Saint-Cyr, soit aux Ecoles polytechnique et de la marine. Cependant, do m Groult, épuisé par les fatigues, éprouvait, après dix ans de gestion, le besoin du repos ; il désirait se décharger du fardeau de la supériorité. L'établissement de Senlis avait , pendant quelque temps, subsisté concurremment avec celai
de Vaugirard, mais il avait été abandonne ; puis celui de Vaugirard commençait à ne plus avoir un si grand nombre d'ëlèves : de concert avec M. labbë Groult, M. TabbëTroppé prit les rênes de la maison, et le collège fut transféré à Versailles en octobre 1 827 , où prospérait la maison qu'on y avait fondée pour les demoiselles. Dans cette ville, T Association paternelle, secourue par les dons du roi , aidée par les largesses du prince de Condé et d'autres seigneurs, qui firent face à l'achat d'une maison , au renouvellement du mobilier, à toutes les dépenses nécessitées par la translation, prît une nouvelle vie. Elle subsista jusqu'à la révolution de i83o, qui ruina de fond en comble cette double fondation philantropique.