XI
Œuçre de Saint - Nicolas.
L'établissement de Saint - Nicolas eut pour fondateur, en 1827, M. l'abbé de Bervanger, dont la charité trouva un puissant secours dans le zèle de plusieurs personnages connus par leurs bonnes œuvres dans la capitale : nous citerons seulement MM. Laurency, baron de
Brandois, de Fellieu, Bricoiiy comte de l'Aigle, comte Victor de Noailles. Caché pour ainsi dire d'abord dans une pauvre maison du faubourg Saint -Marceau, il ne fut transféré à Vaugirard qu'en 1 828, et vint occuper la maison situëe à l'angle de la rue Copreaux et de celle de Vau* girard, où s^éteignait l'œuvre de Saint- Joseph, entreprise par M. Lowçmbruck , missionnaire de France. L'établissement de M. Lowembruck était tout différent de celui de M. de Bervanger; ces deux ecclésiastiques, après quelques mois d'association, voyant que leurs projets ne pouvaient se fondre en un seul , se séparèrent : le premier alla à Sèvres, puis à Versailles, où sa petite société se dispersa entièrement; le second loua la propriété de M. Groult, pour y installer sa naissante famille. M. de Noailles avait été un des derniers bienfaiteurs que la Providence eut appelé à cette œuvre ; mais il devint bientôt le plus zélé et le plus généreux auxiliaire deM. de Bervanger. Une pieuse intimité les unit; ils élargirent la pensée première de cette institution, ils multiplièrent ses élémens de succès , ils en propagèrent la réputation dans la haute société , et s'y cherchèrent des coopérateurs. Leur but principal était de venir au secours des orphelins, de leur inspirer l'amour
de k vertu et du IraTail, et de les prë]iarer, par une bonne instructioa , à devenir tout à la fois . fidèles chrétiens et ouvriers estimables. C'était alors, en effet, comme c'est encore aujourd'hui, une des plaies les plus déplorables de l'ordre social , de ne pouvoir trouver, poitf les enfans destinés aux divers métiers, des maîtres qui Toulussentbien joindre à l'apprentissage de leur état quelques études élémentaires, et surtout celle de la religion. M. de Bervanger se proposa de remédier à ce grand mal par l'établissement dont il s'agit; il le mit sous la conduite des frères de Saint-Nicolas, qu'il fit venir de Lyon, et c'est d'eux que l'œuvre a pris son nom. Selon l'esprit de leur ordre , ils se chargent des classes et de la surveillance des enfans, à qui ils montrent la lecture , l'écriture , le calcul ; et dans les degrés supérieurs, ils enseignent les élémcns de la Grammaire française, la géographie, l'histoire, le chant religieux, le dessin linéaire et la géométrie pratique. II y a ensuite des ateliers pour les enfans que leurs parens ou leurs protecteurs consentent k laisser plusieurs années pour y terminer un apprentissage : ainsi l'on forme des cordonniers , des tailleurs , des menuisiers, des coloristes, des im{»imeurs, etc. Les enfans qui devront gagner leur vie par le
travail des mains, trouvenl donc dans cette maison l'avantage d'un état lucratif, sans perdre celui d'une instruction religieuse , qui , eu formant leur première jeunesse, se perpétuera jus* qu à Tâge oii ils entreront dans la vie civile.
Le vertueux comte de NoaîUes vint d'abord à Vaagirard visiter souvent cet établissement, dont il n'était que simple protecteur, puis il voulut vivre auprès de ces pauvres eofans ; ils lui inspirèrent une telle affection, qu'il leur consacra son temps et une partie de sa fortune. Son exemple engagea un grand nombre de per^ sonnes charitables à favoriser cette utile entre* prise : moyennant une souscription mensuelle de cinq £r., on fut déclaré membre de l'œuçre; quatre souscripteurs réunis furent pères adoptifs d'un jeune en&nt, et la maison ne tarda pas à recevoir jusqu'à cent élèves. U était beau de voir cet homme qui avait renoncé à toutes les grandeurs de sa famille et à tous les plaisirs de son rang, suivre les simples travaux de ces pe« tits ouvriers, leur faire le catéchisme, les encou* rager par ses petits présens et ses bienveillantes exhortations, enfin se faire pauvre avec les pauvres. Son œuvre, car elle était devenue la sienne par les effets d'une noble générosité qui le porta à consacrer à son succès d'abord
5ooo fn par an, ensuite lo^ooo, éprouva quelques difficultés en i834t et il se \ît obligé de la transférer dans un autre local, d'accord avec M. de Benanger. On le regretta beaucoup à Vaugirard, où il laissait tant de souvenirs d'une piété douce, affable, bienfaisante. L'œuvre fut donc établie à Paris, rue de Yaugirard, n® 98, où elle est encore. Elle prit dans cette nouvelle demeure un plus grand accroissement; la maison fut achetée, une très -belle chapelle fut construite, et avec elle les bâtimens furent augmentés , au point que Ton put y recevoir trois cents élèves. Les réglemens furent revus et perfectionnés, les moyens proposés à la charité chrétienne pour l'entretien des enfans, rendus plus faciles aux souscripteurs, et par conséquent plus fructueux. C'est alors que la maison perdit son père et son admirable modèle : M. de Noailles mourut en juillet iSSy. Il était réservé à M. de Bervanger, premier fondateur de l'établissement, de le conduire à la perfection où on le voit' aujourd'hui.