XII
Collège de M. F abbé Poiloup.
Lorsque nous avons parlé de l'institut de
M. Olier, et lorsque nous avons termina ce qui concernait la communauté des prêtres de la paroisse Saint-Sulpic^, nous avons dit ce que devinrent les propriétés qui leur servaient d'habitation ; la dernière fut achetée par M. Poiloup, qui prit l'autre seulement en location. Nous ne reviendrons pas sur la description que nous en avons faite, nous nous contenterons de signaler les changemens qu'elles ont dû subir, afin de devenir propres à leur destination, après avoir donné toutefois quelques détails sur les commencemens de ce bel établissement.
Ce fut en 1829 que M« Poiloup acheta de M. Dupré , pour établir et augmenter son collège , la vaste propriété sise à gauche dans la grande rue de Vaugirard , jugeant que son étendue, son agréable position, son air pur, ses belles plantations et son voisinage de Paris, la rendaient fort convenable à une maison d'éducation. Il fit disposer les bâtimens d'une manière utile à ses projets , et y plaça de trèsjeunes enfans sous la conduite de M. l'abbé Georget, son respectable et savant collègue, conservant toujours à Paris, rue du Regard , la majeure partie de l'institution dont il était chef depuis de longues années.Vint le choléra en i83i,
qui décima les populations, et porta surtout ses
^ravages dans certaines maisons d'ëducation.
Parmi les élèves de Tinstitudon de M. Poiloup, aucun ne fut atteint à Vyigirard ; mais un de ceux qui habitaient Paris en ayant été victime, les autres se dispersèrent , cherchant dans le sein de leurs familles un abri contre le flëau qui semblait plus terrible dans la capitale que partout ailleurs. M. Poiloup, ëchappë comme par miracle à cette maladie impitoyable, résolut, pour témoigner à Dieu sa vive reconnaissance, de se consacrer plus que jamais à l'éducation de la jeunesse, et d'étendre le bienfait d'une instruction solide et chrétienne à un plus grand nombre d'enfans qu'il ne l'avait fait jusqu'alors. Déjà les élèves qui n'avaient pas fui loin de Paris avaient été placés à Vaugirard , comme dans un séjour exempt de la contagion générale; et le local étant devenu promptement trop étroit, l'ancienne propriété de M. Olier, si pré* cieuse par ses souvenirs, et qui appartient encore aux messieurs de Saint-Sulpice , avait été louée. Mais ces bâtimens ne suffisaient pas à l'institution, vers laquelle affluait un nombre considérable de familles distinguées. M. Poiloup fit donc faire en i834 d'immenses constructions, pour réunir aux classes élémentaires les humanités et la philosophie; et aussitôt
qu'elles purent être habitues, il renonça d'une manière complète et définitive aux bàtimens qu'il avait conservés quelque temps rue du Regard. En i838, il acquit, pour ajouter à sa propriété, celle dont elle avait été elle-même autrefois une dépendance, à savoir là propriété primitive des prêtres de la paroisse Saint-Sulpice, attenant à celle de M. Olier. Cet agrandissement était d'autant plus heureux, qu'une galerie souterraine long-temps supprimée, mais que M. Foiloup fit aussitôt restaurer, établit une communication intérieure et facile entre cette propriété et les deux corps de maison que la pension occupait auparavant.
Vaugirard, qui n'avait ni collège communal ni institution de plein exercice, apprit avec joie les desseins de M. Poiloup, et, à mesure qu'ils se réalisaient, comprit les avantages qu'il devait recueillir. Ce collège commença par fournir de grands travaux aux divers entrepreneurs de cette commune ; plus tard il devait y attirer un nombre notable d'habitans fortunés, soit qu'ils y fixassent leur demeure pour être plus près de leurs enfans, soit qu'ils y rinssent seulement d'une manière transitoire pour les visiter. Nul doute, en outre, qu'il ne fit avec le temps connaître avantageusement ce lieu resté jusqu'alors
i64 si ignoré» Tattentiou génërale étant excitée par le rang qu'occuperait dans le monde universitaire un établissement d'une si remarquable importance.
On peut 9 en effet , sans crainte d'être démenti, assurer qu'il n'y a pas, soit à Paris, soit aux environs, une seule institution privée ou publique, qui présente les mêmes avantages de spécialité qu'offre celle dont nous parlons. Salles d'études ou de classes, cours de recréation pour l'été ou pour l'biver, cuisines et réfectoires, dortoirs, infirmeries, gymnase, vaste académie pour les exercices littéraires, jardin botanique, manège , cabinet de physique , bibliothèques , chambres pour le nombreux per* sonnel nécessaire à l'instruction ou au service des enfans; tout est calculé, tout est coordonné avec un soin, un ensemble, une prévoyance, une noblesse d'idée et d'exécution tels, qu'une longue expérience de l'éducation unie aux inspirations de la religion pouvaient seules concevoir et mener à sa fin un si beau plan* C'est surtout la chapelle qu'il faut visiter ; son style pur élève Tâme par sa grave et riche simplicité, et faithonnenràM.Lemarié,architecte distingué, qui, au reste, a présidé à la construction de tous les bâfimens. Derrière l'autel, se déploie une
^ste peinture exëcutée par Fragonard, dont le père, comme nous TaTons dît ailleurs, se maria dans Tëglise de Vaugirard en 1 769. C'est une sorte de fresque qui représente la très-sainte Vierge dans le cielf au milieu des neufs chœurs des anges. Dans toute la longueur de l'ëdifice, de belles boiseries se lient aux banquettes élégamment travaillées , où chaque élève, comme chaque professeur, occupe une place accoutumée ; le milieu est pavé de marbres variés par leur couleur et leurs desseins ; au fond^ à l'opposé du sanctuaire, s'élèvent deux tribunes superposées : la première est destinée aux jeunes élèves , dont les voies suaves et angéliques sont formées par des maîtres célèbres, et exécutent les différentes parties de L'office divin; un orgue très-remarquable par sa facture et ses omemens les. accompagne : la seconde tribune est réservée aux parens ou aux employés divers de l'établissement.
En 1839, M. Georget ayant fait un voyage à Rome, reçut de S. S. Grégoire XYI, comme gage de l'estime qu'elle accordait à l'institution de Vaugirard, un cadeau inappréciable : c'était le corps, nouvellement découvert dans les catacombes, d'un jeune martyr, âgé de seize ans environ, bien propre, à cause de sa jeunesse
même, disait le sourerain pontifei à derenir le patron des ëlèves pieux de ce collège. Tous les ossemens parfaitement conserves furent rap* proches tet symëtriquement enchâsses dans un corps de cire, que M. l'abbé Georget fit habiller en chevalier romain ; près de lui fut de* posée la fiole pleine de sang que l'on avait trouvée dans son tombeau, et qui était le témoignage certain de sa mort pour la cause de la foi, suivant l'usage observé pendant les persécutions de rÉglise naissante. Sur la châsse de bois doré et richement sculpté qui renferme ce trésor, fut encadrée la pierre tumulaîre extraite des catacombes, et où est inscrit le nom de ce jeune héros du christianisme : Sosinus in pace X*. Les formalités ayant été remplies pour la reconnaissance des actes qui affirment l'authenticité de ces précieuses reliques, par M^ de Quélen , archevêque de Paris , on exposa solennellement dans la chapelle le corps de saint Sosin, et Ton choisit le jour octave de la Toussaint pour être à perpétuité celui dans lequel on honorerait le protecteur de la jeunesse, désigné par le père commun des fidèles. Ce collège se distingue par la piété chrétienne , la force des études, la bonne tenue, la régularité qui y régnent, ^t par l'aimable union
qui fait des maîtres et des élèves une véritable famille. Trois cent-cinquante enians y sont par** tagës en trois divisions distinctes : la première, composée des plus jeunes, de six à huit ans, lesquels demandent des soins plus maternels, pour ainsi parler, et un régime plus indulgent ; la seconde, comprenant les basses classes, depuis la huitième jusqu'à la quatrième ; enfin la dernière , qui contient les classes supérieures, jusques et y compris la philosophie et les études spéciales préparatoires aux écoles. On n'y reçoit que ceux dont les mœurs sont douces et pures, et qui, n'ayant jamais quitté leurs parens, ont acquis dans une première éducation parfaitement religieuse, le goût et l'habitude des pratiques de la foi catholique. Pour assurer Texé* cution de cette règle invariable que s'est imposée le fondateur, les élèves ne sont admis qu'à l'épreuve , et la certitude de leurs bonnes dispositions étant acquise par une expérience suffisante, on les reçoit définitivement. Sont-ils reconnus non seulement vicieux , mais mémo peu susceptibles d'être conduits par la douceur et la persuasion, nuisibles à l'excellent esprit de la maison par un ton mauvais de critique et d'insubordination, par une paresse in^ vétérée , une dissimulation incorrigible ou
rhabitude de manquer au rëglement , aussitôt on les rend à leur famille.
C'est ainsi que M. l'abbëPoiloup, employant noblement d'ënormes dépenses dans l'intérêt de la santé, de la circulation libre et distincte des élèves de toutes classes, de leur surveillance exacte et facile, dans Tintérét de leurs jeux mêmes et de leurs plaisirs , établissant surtout des réglemens sages, basés sur la morale la plus pure et la religion la plus éclairée, a fait de son collège une maison type et modèle f où les familles de la plus haute distinction placent annuellement l'élite de la jeunesse française.