‹ Histoire de Vaugirard ancien et moderneChapitre 18 sur 24 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

SémincUre des missions de l'Océanie orientale.

M. l'abbé Coudrin, vénérable ecclésiastique connu par ses bonnes œuvres, spécialement dans Paris , où il a fondé la société de Picpus , eut la première pensée de cette institution ; M^ Bonaamie, archevêque de Calcédoine, la réalisa. On nous saura gré, sans doute, d'entrer dans quelques détails sur ce séminaire, comme nous l'avons fait pour le séminaire de Saint-Sulpice, M. Coudrin ayant jeté les fondemens d'une so«

ciëtë dont la réputation, dans un avenir prochain, n'aura pas moins d^dclat que la société qui reconnaît M. Olier pour son premier chef. Nous les tracerons arec d'autant plus de bonheur, que nous nous faisons gloire d'avoir été élevé, instruit, formé à notre vocation par le digne fondateur de Picpus, et que ces lignes seront un témoignage de notre respect et de notre reconnaissance.

M. Pierre-Joseph Coudrin naquit à G)ussayles-Bois, près de Châtellerault, dans le Poitou, le I*' mars 1768, d'une famille estimable par ses vertus civiles et son amour pour la religion. Élevé par son oncle maternel, l'abbé Rion, qui depuis mourut sur les vaisseaux', déporté pour la foi , dirigé par l'abbé Foumet , respectable, fondateur des sœurs Saint-André, M. Coudrin sut profiter dès sa jeunesse des exemples parfaits qui l'entouraient ; il entra au séminaire de Poitiers peu d'années avant la révolution, et déjà les troubles commençaient lorsqu'il reçut le sous-diaconat : il était diacre quand la persécution suscitée contre les prêtres catholiques obligea les élèves du séminaire à se disperser. L'abbé Coudrin ayant appris que M. de Bon al, évêque de Clermont, était encore à Paris, s'y rendit au mois de mars 1 792 , et fut ordonné

prêtre dans la biblipthèque des Irlandais. Revêtu du sacerdoce, M. Coudrin revint à Coussayles-Bois ; mais bientôt la terreur, déployant se& violences, l'obligea de quitter sa &mille et d'aller chercher ailleurs un asile plus sûr. Pendant six ans, il se livra avec un zèle qui souvent mit sa vie en danger, aux exercices de son ministère dans le diocèse de Poitiers, et même dans celui de Tours. Nombre de fois il fut sur le point d'être pris par les persécuteurs; mais la divine Providence, qui veillait sur lui, le fit échapper aux recherches les plus actives , par des voies que plusieurs de ses amis crurent pouvoir être appelées miraculeuses. Les difficultés, loin de décourager M. G>udrin, rendaient son courage plus ferme, sa charité plus ingénieuse ; et Ton raconte mille traits qui prouvent combien il porta ces vertus à l'héroïsme, lorsqu'il péné* trait jusque dans les prisons pour y consoler les malheureuses victimes de l'anarchie.

Au milieu même de ces travaux et de ces temps d'orage, M. G)udrin forma le projet de réunir quelques dames pieuses qui se dévoueraient à l'adoration perpétuelle du Saint-Sacrement, à l'éducation de la jeunesse, et spécialement à l'instruction gratuite des jeunes filles. Les bases de ce projet utile à la société, dont

tontes les institutions venaient d'être booleverséeSf furent ëtablies par M. Goudrin, qui le vit se consolider, s'ëtendre et se multiplier dans un grand nombre de villes , où , de nos jours encore, ses humbles sœurs, connues sous le nom modeste de dames des sacrés cœurs de Jésus et de Marie, rendent les senrices les plus signales. Les jours de deuil avaient cessé, le concordat était devenu comme un lien bienfaisant qui unissait les ruines du passé avec l'avenir,si riche d espérances. M^'deRohan-Chabot, ancien évéque de Saint-Glaude, vint à Poitiers, connut Tabbé Goudrin , fit estime de son mérite , et remmena dans le diocèse de Mende, dont il venait d'être nommé premier pasteur.

Toutefois, le prélat ayant donné sa démission en i8o5, se fixa à Paris. L'abbé Goudrin raccompagna, et, ne 'pouvant demeurer dans l'inactiou, résolut de former des prêtres à l'église de Dieu : de cette époque date l'érection de Picpus. Dire l'origine de cette communauté, ses accroissemens , ses succès aussi bien que ses revers, nous feraient sortir des bornes d'une simple notice ; seulement nous remarquerons qu'il semblait que la Providence avait des vues toutes particulières de bienveillance , en la fixant dans le lieu qu'elle occupa depuis sa fondation. En

effet, plus de treize cents victimes immolëes à la barrière du Trâne pendant la terreur, avaient élé jetëes au fond d'une immense fosse creusée à la hâte dans les jardins d'un ancien couvent de la rue Picpus. On avait répandu de la chaux vive sur les cadayres, recouvert le tout de terre ; là, gisaient sans honneur les restes de personnages ayant appartenu aux fabmilles les plus illustres de la France , de prêtres qui avaient donné leur vie pour la foi, de magistr^ts^ intègres, de chevaliers fidèles à leurs sermens et à la monarchie. En 1800, une chapelle expiatoire avait été construite comme en cachette non loin de ce terrain 'funèbre ; les dames des sacrés coeurs prirent à loyer la maison attenant à cet oratoire, et se chargèrent d'y faire célébrer l'office divin. De son côté, M. Coudrin acheta une propriété voisine de cette pieuse congrégation et de ce cimetière si fécond en souvenirs précieux, et c'est là qu'il forma une institution tout à la fois collège et séminaire. On sortait d'une époque calamiteuse pendant laquelle la société avait perdu tous les corps enseignans, et l'Eglise tous les moyens de perpétuer son sacerdoce : aussi fit-elle en peu de temps des progrès admirables. Le clergé de Paris et ses autorités diocésaines la favorisèrent de li^urs

suffrages; elle devint un centre de rëunion pour beaucoup d'ecclésiastiques distingues, qui avaient connu les vertus de M. Coudrin dans les circonstances les plus difficiles , et s'estimaient heureux de vivre désormais sous sa conduite , de travailler sous ses ordres , de concourir h ses desseins. L'esprit de l'homme apostolique qui les dirigeait passa dans le cœur des disciples, et multiplia leurs forces, à mesure que les bonnes oeuvres à entreprendre se multipliaient elles-mêmes. Dès 1806, en effet, M. de BoischoUet , ëvêque de Sëez , qui avait choisi M. Coudrin pour son grand-vicaire, confia aux prêtres de la maison de Picpus la direction de son séminaire; ils s'y établirent au mois de janvier de la même année, et ne le quittèrent qu'en 1809, contraints par un gouvernement ombrageux. Plus tard furent successivement fondés dans les départemens de nouveaux établissemens, dont la maison de Paris était le modèle, et qui, comme elle, présentaient les trésors de la science et les inspirations de la piété à la jeunesse, soit qu'elle voulût suivre la carrière ecclésiastique, soit qu'elle fût appelée à vivre dans une société qui pourrait profiter de ses exemples ; mais Picpus était la base et la mère de ces diverses institutions. A Paris ré-

sidail M. Ck>udriD ; sa douceur et son dësintëressement lui attachaient le cœur de tous ses ëlèvest dont un certain nombre recevait gratuitement le bienfait de l'éducation. Il eut la consolation de voir &es soins couronnes de succès ; combien de prêtres sortis de cette ëcole si précieuse à la religion exercent actuellement dans les diverses parties de la France le saint ministère ! combien d'autres occupent des places importantes dans le diocèse de Paris! combien, enfin, de sujets dans la magistrature, dans Tarmëe , dans le commerce , dans les arts , se félicitent d'avoir puisé dans cette mai^ion les sentimens honorables et religieux qui les distinguent!

En i8i4, M. G>udrin accueillit quelques Irlandais venus en France pour continuer leurs études ecclésiastiques, et qui se trouvaient alors sans ressources : d'autres furent envoyés par leurs évéques dans cet établissement, qui, depuis cette époque jusqu'en i83o, comptait toujours de soixante à quatre-vingts élèves théologiens; l'un d'eux, M. Higgins, est devenu évêque en Irlande. Plusieurs élèves, soit étrangers « soit Français, soutinrent vers ce temps des thèses dans la nouvelle Sorbonne, que M. l'abbé Fontanel avait tant à cœur de constituer; on

peut, parmi ces derniers, citer M. Faudet, actuellement cure de Saint-Etienne, qui obtint avec applaudissement le grade de docteur.

En 1 820, M^ de Boulogne, ëvéque de Troyes, pressa M. Coudrin d'accepter la place de grandvicaire» et lui demanda des prêtres pour rem* plir les fonctions de missionnaires dans ce diocèse ; M. Coudrin s'y rendit avec plusieurs de ses ecclésiastiques. Pendant dix années ils se livrèrent à la prédication avec un zèle auquel Vévéque rendit publiquement hommage dans quelques-uns de ses mandemens. Dès 181 9, l'archevêque de Tours avait également désiré des prêtres de cette société, qui dirigeassent son séminaire. Le pieux supérieur en avait donné, et ils continuent aujourd'hui cette noble mission. M^' Duchilleau et son successeur, M^ de Montblanc, n'ont cessé de donner au fondateur de Picpus, qu'ils avaient honoré du titre de grand-vicaire, les marques les moins équivoques de confiance. Peu de temps après la mort de M. de Boulogne, S. E. le cardinal prince de Groï pressa M. Coudrin de venir à Rouen, où il l'appelait en qualité de premier vicaire-général ; M. Coudrin alla travailler dans cet autre champ de l'Eglise; sans interrompre les missions de Troyes , il en fit faire par sa so-

ciëté dans le Rouennais, et mstaUa ses prêtres à la tête do sëminaire, qu'ils dirigent encore à présent.

La sollicitude de M. G)udrin pour la propagation de la religion catholique ne se bornait pas à la France ; une des principales fins qu il s'était proposée, étaient de former des apôtres destinés à porter le flambeau de la vérité dans les contrées les plus lointaines ; aussi lorsqu'en septembre i825, le Saint-Siège apostolique lui demanda quelques prêtres pour aller prêcher dans les îles Sandwich, il accepta avec joie cette proposition, si conforme à ses désirs de tous les jours. Dès les premiers mois de 1826, trois missionnaires s'embarquaient pour cet archipel, et Ton peut lire dans les Annales de la propagation de la foi, le bien qu'ils y opérèrent, non moins que les peines qu'ils eurent à souffrir de la part des hérétiques, dont les persécutions furent causes de la mort prématurée de M. Alexis Bachelot. Le vénérable supérieur était allé deux fois à Rome, d'abord en i825, pour le jubilé de l'année sainte, et ensuite en 182g, comme conclaviste du cardinal de Croï.

Ses bonnes œuvres l'avaient déjà fait connaître dans la capitale . du monde chrétien ; mais en ces deux occasions, son mérite fut mieux encore

apprécié, soit par Léon XII, soit par le cardi^ nal Capellari, qui, élu pape sous le nom de Grégoire Xf^I, confia en i833, à la société de Picpus, les missions de TOcéanie orientale , c'est-4i*dire le soin spirituel de toute la moitié d'un nouveau monde. M. Etienne Rouchouze, membre de cet institut, fut donc nommé, par le Saint-Siège, vicaire apostolique; sacré à Rome, le 22 décembre i833, sous le titre ^éçêque de JNilopolis, il partit Tannée suivante pour la Polynésie : trois ecclésiastiques du même ordre l'avaient précédé, d'autres furent ses compagnons dç voyage ou allèrent le rejoindre. Vers le même temps, Sa Sainteté don* nait a la société une autre marque de distinction et de bienveillance ; elle prenait dans son sein un évéque pour l'église de Babylone, M^ Bonamie, qui fut ensuite transféré à l'archevêché de Smyme. C'est dans ces circonstances que M. Coudrin sentit le besoin d'un lieu spécial de retraite oh. ses prêtres resteraient pendant un temps convenable, uniquement occupés à se préparer aux difficiles fonctions qui leur étaient imposées par le chef de l'Eglise. Quelques relations qu'il avait eues avec Yaugirard lui avaient fait jeter ses vues sur une maison de ce village,

bien appropriée à son dessein; mais la mort

vint le frapper au mois de mars 1 887 , et rom* pre le cours d'une vie si remplie de travaux, si édifiante, si chère à ses nombreux enfans.

La grande œuvre ne fut pas cependant interrompue ; M^' Bonamie fut appelé à la tête de la société ; le Saint - Siège approuva ce choix, échangea Je titre d'archevêque de Smyme ré* sidant, en celui d'archevêque de Cbalcédoine in partibus, et M. Coudrin fut remplacé par un prélat animé de son esprit, héritier de se^ le* çbns et de son zèle. Déjà sts talens avaient brillé dans l'administration de l'église de Smyrne, où il avait fondé un collège dont les succès ont toujours été crbissans. En France, l'objet qui fixa le premier sa sollicitude, fut la mission de TOcéanie. U y envoya de nouveaux ouvriers évangéliques ; plus de trente partirent^ soit pour la Polynésie, soit pour Yalparaiso , où l'on ne tarda pas à établir une maison qui servit de point de communication entre l'Europe et les îles de l'Océan pacifique. Tout l'archipel Gambiers embrassa la foi catholique ; les îles Marquise, eii i838, donnèrent les mêmes espérances de conversion à la doctrine de Jésus- Christ. Mais pour consolider cette œuvre, il était nécessaire de réunir dans un même sanctuaire ceux que la Providence appelle à ces

lointaines émigrations, afin que livrés à la méditation, à l'étude de leur cœur et de leurs futtures fonctions, ils amassent les trésors* de la vertu plus qu'ordinaire qu'exige cet apostolat. Tel avait été le projet de M. Coudrin:

M^ Bonamie le mit à exécution. U prit k loyer, dans la grande rue de Yaugiràrd, n^ 104* Tancienne maison des philosophes de Saint- Sulpice, appartenant aujourd'hui à Dom Groult; il y plaça sous une règle spéciale les prêtres et les jeunes aspirans de ses missions. Dirigés par de vertueux ecclésiastiques, ils y sont, depuis le mois de novembre i838, formés à tous les devoirs qu'ils auront à remplir. C'est de là qu'ils partent pour aller porter aux peuplades sauvages de la cinquième partie de notre globe, non seulement la connaissance des vérités étemelles, mais aussi les bienfaits de la civilisation. En les accoutumant au travail, ils préviennent les vices qui sont les suites funestes de l'oisiveté; en leur apprenant à cultiver la terre, à la rendre féconde, ils élèvent leurs âmes jusqu'à la pensée de celui qui nous a condamnés à l'arroser de nos sueurs. La vie de ces pauvres nations devient plus douce, plus tranquille ; la population y augmente, parce que les exhortations et les saints exemples des pères aux robes noires en

i8o ont banni tous les désordres : la paix a remplacé ces divisions et ces guerres intestines qui les déchiraient , parce qu'une religion de charité leur apprend que nous sommes tous frères."^ Notre commerce lui-même applaudit au zèle de ces hommes admirables et si généreux en sacrifices, car les négocians français trouvent d^à dans ces îles la bonne foi, l'hospitalité quHIs y cherchaient en vain il y a peu d'années ; plus de violence^ plus d'embûches à craindre de la part de ces peuples qui ont cessé d'être sauvages pour servir avec nous le même Dieu. Heureux les Européens s'ils ne tentent pas de communiquer à ces contrées régénérées, les vices de nos sociétés usées par l'irréligion I

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