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CHAPITRE X

Topographie ancienne de Vaiigirarct.

Il ne sera pas inutile de jeter un coup-d'teit sur l'ancien Yaugirard, pour juger de Timinénse accroissement que prennent en quelques siècles les environs de Paris. Après l'avoir considéré d une manière générale, parcourons-le donc jen détail ; nous rappellerons des souvenirs qui ne se rattachent, il est vrai, qu'à des localités fort minimes, mais qui offriront de l'intérêt aux propriétaires actuels.

Nous suivrons, pour cette promenade d'imagination, i^ un superbe Plan de la terre et seigneurie d*lssy, T^augirard et leurs dépendan-ces, manuscrit sur vélin, daté de 1667, qui m'a été communiqué par un amateur très - éclairé d'antiquités, M. Boblet. Ce plan , tracé par les

ordres des seigneurs ecclésiastiques , les abbés de Saint - Gejmain , s'applique spëcialement à donner les délimitations de la seigneurie ; 2^ le dixième tome de l'eurrage intitulé Plan des tirmites de Paris, tracé à la main , en exécution de plusieurs déclarations royales de 1724* 1726, et formant treize volumes (Biblioth. de la ville de Paris, MS. i4o); 3"* un autre plan dressé en 1734 par M. le curé Délangle (Arch., L. 1 14^)9 dont nous avons parlé ; 4^ ^^ P^^^ terrier, fait en 1 743 par les soins de Tabbé de Saint - Grermain, et que Ton conserve à la mairie.

Nous suppléerons à ce que quelques - uns de ces plans ont dû omettre, par les renseignemens que fournissent les autres , et par les relations que nous ont données d'anciens habitans du pays. Nous ne prétendons pas d'ailleurs suivre un ordre chronologique , exiact , dépeindre la commune à une époque précise et déterminée ; nous dirons seulement ce qu'était, ce que renfermait Yaugirard avant la révolution, sans nous inquiéter de la date où telle rue a reçu son nom, telle maison a été construite, telle communauté a été installée.

Nous ferons d'abord le tour du village ; car, hors de l'enceinte qui formait régulièrement son territoire, il y avait des terrains, selon les épo-

ques, pour ainsi dire contestes et douteux, les paroisses dont ils relevaient ëtant trop éloignées pour que la population , ça et là disséminée , n'eût pas le plus souvent recours aux curés de Vaugirard : de là Thabitude d'appeler du nom de f^augirard les lieux bien distans, de ses limites légales; de là aussi les discussions,. devenues quelquefois assez vives , entre les divers curés, et terminées par la révolution de 89 et les arrêts de la municipalité de Paris.

En partant de Paris , dès la rue de Bagneux actuelle, où étaient autrefois les limites de la ville, commençait la Grande-Rue de Yaugirard, qui se prolongeait jusqu'à Issy : à droite étaient des champs au milieu desquels on voyait,, comme aujourd'hui, la maison de l'Enfant- Jésus et celle desSénédictimes;^ il n'y availi ps^s d'autres bâtimens jusqu'à. l'endroit où s'est établie la rue actuellement noBunée Ççpreaus, Là se trouvait une borne aux armes de la seigneurie de Sainte- Geneviève. Jusqu'alors on avait été sur le territoire de Saint-Sulpice ; on touchait au territoire de. Grenelle, fief appartenant à Sainte -Geneviève- du-Mont : cependant les terrains qui suivaient,, jusqu'au parc de l'Ecole, avaient été contestes par Vaugirard, et lui avaient été adjugés par sentence juridique ; ils étaient donc

rëellement de Vaugirard. N'y entrons pas , coupons par la rue actuelle G>preaux9 nous traversons des champs ; car alors il n'y avait aucun bâtiment jusqu'à l'angle forme par la rue de Sèvres et la rue Blomet , qui dans le principe n'étaient que de simples chemins. Nous remontons la rue de Sèvres. A droite, vers le numéro actuel 68 , appartenant à M. Girard , nous trouvons une ferme dite la Folie (plan n** i). Plus tard , on fit un pave sur ce chemin , jusqu'à la rue actuelle de l'Ecole ; et la rue de FEcole, depuis la place de l'Ecole jusqu'à la rue de Vaugirard , s'appela le pa»é de la lolie ; c'était là que commençaient les maisons du village. De là cette plaisanterie connue : Je i 'aimerai à la l'olie, et te quitterai à P^augirard, pour exprimer un amour de courte durée. Plus tard^iiussi ce pavé de l'Ecole, jusqu'à la barrière de ce nom, fut embelli de plusieurs rangées de beaux arbres, qui formèrent une allée ombragée se dirigeant vers l'Ecole -Militaire. En appuyant à gauche vers la Seine , on voyait le château de Grenelle, accompagné de sa ferme, qui faisait presque face à la première grille actuelle du Champ-de-Mars. Il fut par la suite l'hôtel de la famille deCraon, et, postérieurement, fut encore transformé en poudrière. Jusqu'à la hau-

leur du lieu oit la Seine se sépare pour former une île, sur laquelle s*appuie aujourd'hui le pont de Grenelle , de vastes champs et des prairies naturelles longeaient le fleuve , et . s'étendaient d'une part jusqu'au pavé de l'Ecole , de l'autre jusqu'à Vaugirard. Les seules maisons blanches , même jusqu'en lySo, bâties au bord de l'eau, apparaissent au milieu de cette plaine. Deyanl le château de Grenelle passait un chemin appelé chemin de Grenelle à J^auprard, qui aboutissait à notre rue actuelle de Grenelle ; derrière le château, un autre appelé chemin d'en bas de Paris à Issy, et qui aboutissait à la G^oix-de-. Nivert, se continuait jusqu'à l'extrémité de la rue Notre-Dame ; enfin, un troisième commençait au port de Javet ou Javelle , et , coupant la rue de Sèvres au-dessus de la Croix-de^Nivert, se prolongeait jusqu'à la même extrémité de la rue Notre-Dame à Issy. Là s'arrêtait la censire de Sainte-Geneviève. Tout le terrain qui bordait ainsi la Seine rappelait, pao sdn aspect, l'origine du nom donné à ce territoire, car, dans le principe, il n'était qu'une immense garenne appartenant à Saint-Germain-des-Prés. Les anciens titres n'en font jamais mention que sous le nom de Garanella; d'où l'on a faitensuite Guarnelle, puis Grenelle. Au long de la rive était une gre-

nouillère très -abondante, dont on conserve la mémoire.

En reprenant la rue de Sèvres à la place de l'Ecole 9 on passait devant la. Sablonnière , qui approvisionna long - temps Paris : c'est ce qui fait qu'aujourd'hui ce quartier forme un vaste creux , d'où les eaux ne trouvent pas d'ëcoulement facile , et qui conséquemment n'offre que des habitations malsaines. Les fouilles qui y ont eu lieu, pendant bien des années, en ont fait une vallée qui recèle des marres croupissantes. Malgré cette position défavorable, plusieurs guinguettes célèbres s'y étaient cependant installées.

Ensuite, on trouvait à gauche une petite propriété, composée de trois corps* de-logis, qui appartenaient à la maison de l'Enfant- Jésus, et qui devint le Château-Frileux. Tout a été abattu , vendu, consacré à la culture maraichère; mais l'enseigne du marchand de vin qui est à cette place conserve le souvenir de cette dénomination.

Une belle propriété fut ensuite bâtie à l'angle de la rue de Grenelle et de la rue de Sèvres , ayant derrière elle le sentier Blomet. .Acquise par le comte de Praslin , elle était, habitée par M""^ Dangeville , et , plus tard , elle fut achetée par le comte de Mirabeau. Dans ses communs

ou a établi, immëdiatemenl après la révolution, un.e fabrique de bleu ; et elle a conserve' le nom de maison au bleu, même depuis qu'elle appartient à M"' Milon.

Plus; haut était un autre petit château, dit des Deux^GiroueUes, qui fut d'abord une campagne de M"' de Saint-Prix : elle y tenait une espèce de cour, protégée par M^' le prince de Condé. Les jardins en étaient magnifiques ; les bosquets y étaient ornés de statues précieuses ; mais il changea de maître à Tépoque de la révolution, fut bouleversé de fond en comble , et reconstruit sur un autre plan, avant de devenir la propriété de M"** Firmin. Il fut habité, dit-on, par le docteur Q>lon, qui y tenta les premier^ ex-* périences de la vaccine , lorsque cette découverte fut importée d'Angleterre. M"* de Gerfaux^ nourrice de la princesse Adélaïde, y habita aussi avant 181 5, et il était encore alors presque dans toute sa beauté.

En remontant encore vers Sèvres , on passait devant les murs du château Feuquières, puis devant la ferme du Rendeznvous de la plaine, ot jusqu'à la Croix-de-Nivert il n'y avait plus que des champs : cette Croix était à environ centvingt-cinq perches de la rue des Prêtres ou de Saint-Lambert. Après cette Croix, le chemin de

SèTres prenait le nom de Grand -- Çhernin des charbonniers.

Si maintenant nous partons du point de Paris que nous ayons indique , c'est-à-dire la rue de Bagneux ^ et que nous considiîrions la gauche de cette route, nous trouverons d^abord le Mowlin de la Pointe, à l'angle que forment actuellement la rue de Vaugirard et celle des Fourneaux , autrefois appelée le Chemin de Vanves. En remontant , est une croix dont on voit encore les ruines amoncelées dans les murs de la propriété sise à Paris, rue de Vaugirard, n* i35; on l'appelait la Croix-^-^V au^^rard. Les terrains qui venaient ensuite, jusqu'à la rue de la Procession, faisaient partie des quatre cents arpens que Sainte - Geneviève avait cédés à la paroisse, et qui avaient pour limites, par derrière, le chemin deVanves et une carrière dite Torche; par -devant, la terre des Fourneaux, laquelle alors longeait la petite rue de la Procession , et a donné son nom à la barrière conduisant à Yanves. Le sol depuis Paris jusqu'à la Groix-de*' Vaugirard , et celui qui était situé derrière ces terrains , que coupait un sentier appelé Petite- Sentier du faubourg Saint-Marceau , relevait de Saint-Etienne-du-Mont; la rue des Fourneaux et le petit sentier se coupaient en forme de

croix : le second , après avoir traverse âcs n^ gneft, des prës et des carrières, conduisait à plusieurs moulins qui portaient des noms asses bizarres : Moulin-Neuf, Moulin de Beurre, Moulin de la Galette , Moulin des Trois - G>rnets ^ nommé plus tard Moulin Janséniste. Ce dernier mérite une mention particulière. Placé au coin de la Chaussée«-du*Maine et de la rue de Vanves, il offrait un but facile de promenades aux écoliers de Paris ; les jeunes gens dirigés par les oratorieiis s'affectionnèrent au meunier à qui il appartenait ; et comme les professeurs de ce collège furent accusés de donner dans le jansénisme , les étudians des autres collèges se mirent à le désigner sous le nom de Moulin Janséniste. Du moment où cette plaisanterie se répandit , les jansénistes affectèrent de la justi-* fier en le choisissant de préférence pour but de leurs parties de plaisir, et quelquefois pour centre de leurs réunions. Le P. Quesnel, dit-on, y vint souvent avec plusieurs chefs de la secte. Les excès que pouvaient s' j permettre les écoliers ne consistaient qu'en de petits goûters où figu* raient le lait , le beurre et la galette. Toute l'étendue des terrains occupés par les moulins appartenait à la paroisse Saint-Hyppolite. En se dirigeant vers le territoire de Yanves , on trou-

vah à sa gauche le chemin des Bassemay, qui venait aboutir à notre rue des Vignes ; plus haut que l'entrëe de ce chemin se voyaient les quatre moulins, qui de loin signalaient le carrefour encore existant ; plus haut encore était une croix dite de la Garenne. Ce lieu conserve aujourd'hui le m^me nom ; on le connaît aussi sous celui de la Ferme des Acacias : il ëtait la limite de Vanves et de Vaugirard. De ce lieu un chemin sinueux conduisait , à travers des près et des vignes, au moulin de Vaugirard, encore subsistant ; il s'appelait le P^ieux-Chemin des Mbril^ Ions. On descendait la colline , et Ton rentrait dans Tintërieur du pays.

Gomme on le voit par cet itinéraire, Vaugirard était enclave dans la censive de Sainte-Ge* neviève; car, à l'exception du territoire situé entre la droite de la Grande-Rue et la rue de Sèvres, qui relevait de Saint-Sulpice, tout le reste dépendait de cette abbaye; c'était en conséquence de la distribution des terrains sis aux environs de Paris par Clovis P'. Il était de notoriété, dit l'abbé Lebeuf j que Saint-Etiennedu-Mont avait des champs daiis la plaine de Grenelle, des prés au lieu dit Javei, dont plus tard on a fait Jas^elle, et un vignoble appelé Brueria , entre Vanves et Paris. Mais c'en est

assez sur Text^rieur du village , examinons ce qui en composait le centre, qui reconnaissait sans contradiction la Juridiction de l'abbaye de Saint-Germain.

A Tentrëe de la rue de la Procession ëtait une croix ou premier reposoiré Dans les champs, à l'extrémitë de cette rue , une autre croix ou deuxième reposoir; le troisième reposoir ëtait la croix de la Garenne, et le quatrième une croix dite de JSiçert, placée bien au-delà de la rue qui porte actuellement ce nom. Ce qui, en y comprenant la croix de Vaugirard dont nous avons dëjà parle, établissait cinq stations que les processions visitaient à certaines époques. De là les noms de rue de la Procession et rue de la Petite-Procession, soit que le clei^ë fît le grand tour de la paroisse, soit qu'il prit un che*min plus court, lorsqu'il marchait procession-» nellement. Les croix dont nous venons de par* 1er sont notées sur le plan de lySy ; on y voit également trois hautes portes qui pouvaient au besoin fermer le village et lui servir de défenses. Elles se composent chacune de deux tourelles crénelées : la première était située à peu près en face de. notre rue du Parc, la seconde audelà de l'église avant la maison de M. Poiloup ; la troisième, dans la rue des Prêtres, actuelle-

ment Saint-Lambert, sadossaitsur les bâtîmens du marquis de Feuquières. Les deux premières donnèrent origine au nom de la rue des Tour^ nettes, dont les deux bouts se trouvaient domines par ces petites tours, sur lesquelles reposaient probablement les deux pièces de canon que les archives municipales nous apprennent avoir toujours éié à Vaugîrard. En 1791, on les fit transporter à Paris par zèle rëvolutionnaire (22 juin, Arch. munie), pour la dëfense de la capitale.

Après le terrain qui se trouve vers la rue G>* préaux, et où nous avons dit être une borne de Grenelle, ainsi que la maison des frères, il y avait le fond des Marivaux, qui s'ëtendait jusqu'à la rue de Sèvres. Sur la façade, du côte de la Grande-Rue , étaient peu de propriétés. On n'en connaît point d'autre qu'une maison qui portait le n^ 10, et une inscription où se lisait la défense de bâtir au-delà de ces limites, avec la date de 1727. Elle n'était pas loin des portes de Vaugirard. Dans des temps assez voisins de la révolution, on construisit Thôtel du Soleil d'or, qui acquit assez de célébrité. Cette enseigne rappelle le souvenir d'une gaieté d'écoliers qui m'a été racontée par un ancien élève des Trente-Trois.

Il y avait dans cet établissement un jeone homme fort ardent pour la controTerse ; mais s'il prenait malheureusement la parole au départ dVne promenade, que Ton faisait, selon Tusage, chaque mercredi àVaugirard, il n'était plus possible à son compagnon de yoyage de placer une seule phrase, tant était facile sa loquacité! tant son ardeur pour les disputes de l'école était oublieuse des convenances! C'était à qui ne le prendrait pas pour associé de promenade ; celui sur lequel tombait le sort était condamné d'avance et pour toute la route au rôle très-passif et très-ennuyeux de muet auditeur. L'ecclésiastique dont je tiens ce récit, M. Auge, notre vénérable vicaire-général, fut le seul qui consentit à accepter la compagnie de cet intarissable causeur, mais il fit ses conditions : « Nous partagerons, lui dit-il ; vous par- « lerez jusqu'au Soleil d'or, c'est la moitié en- « viron de la route ; mais moi je jouirai de toute <( ma liberté depuis le Soleil d'or jusqu'aux <c Trente-Trois* » Hélas ! remarquaitr-il , cinquante ans après cet acte de dévouement, j'ai souvent réclamé en vain le bénéfice de mes conventions et la rigueur de mes droits.

Venait ensuite une large chaussée, dite le

Paçé de la folie, au lieu où se trouve mainte-

nant la rue de l'Ecole, et qui longeait le parc de rÉcole-Militaire ; elle e'tait plantée de beaux arbres, et menait à une place disposée en hémicycle : c'était la place d armes (plan 4)* Au centre de l'ancien parc, on a percé une rue qui a pris son nom de remplacement qu'elle occupe. Ce parc s'étendait jusqu'à la place actuelle de la mairie ; il avait pour limites , du côté de Grenelle, une maison où se trouvait une gla* cière détruite Tan passé, et dont la porte s'ouvre rue Blomet. Il était entouré de murs, fermé par de hautes grilles, et il contenait de petites maisons, à chacune desquelles était joint un jardinet, comme on en voit actuellement à l'hôtel royal des Invalides, pour l'agrément des militaires qui y étaient logés. C'était là qu'habitaient des officiers très-distingués, dont on lit les noms dans les actes des anciens registres de baptêmes, de mariages bu de décès. Ce parc par derrière était longé par la rue dite autrefois sentier des Chiens, actuellement rue Blomet ; et au lieu où se voit le chantier était une dépen-^ dance de bâtimens qui se liaient au parc, et donnaient sur l'hémicycle.

De l'entrée du parc de l'Ecole donnant dans la Grande-Rue, nous passons devant le collège de Lizieux, puis devant la maison de M. de

Maupeou, où se trouvait un cimetière. En i66o« près de ce cimetière , ëtait un chemin qui établissait une communication de la Grande-Rue vers les champs de Grenelle, en coupant le sentier Blomet, la rue de Sèvres et la Sablonnière. Mais M. de Maupeou l'avait supprime, en le réunissant par un mur d'enclos à un autre terrain contigu qui lui appartenait ; la commune alors lui avait intenté un procès , soit pour la suppression du chemin, soit pour l'emploi de la croix et de l'autel de l'ancien cimetière, sans avoir auparavant rempli les conditions de son achat, qui était de donner un autre cimetière à la paroisse (Ârch., S. SSi^S). Au milieu du cimetière supprimé, M. de Maupeou avait fait construire une chapelle qui devint postérieurement celle de la communauté de Laon, car cette société acheta par la suite cette propriété pour en faire sa campagne. Après elle, nous passons devant les philosophes de Saint-Sulpice , et devant quelques autres propriétés, dont la principale, occupée aujourd'hui par M. Maniette, maître de pension, était celle de M. de Yezannes.

Au coin de la rue de Grenelle , la propriété divisée entre M. Jourdain et M. Mène-Maurice, était un lieu de rendez-vous pour les seigneurs

de la cour, qui venaient s y livrer aux dange* reux plaisirs du jeu et de la bonne chère. Sous le directoire elle appartint à M. des Carrières^ qui tenait aussi à Paris une maison de jeu ; elle ne changea pas de destination.

Au milieu de la rue de Grenelle à droite^ se trouvait, en i8i5, la campagne de M. Poultier^ dont la mémoire généreuse fut long*temps chère aux pauvres., à la commune, à l'église. Doyen des commissaires-priseurs à Paris, il avait amassé une belle fortune qu'il répandait avec prodigalité dans le sein de l'indigence, soit au quartier de Saint-Sulpice, soit à Vaugirard. Un pot-pourri , que l'on chantait à sa louange, le peignait comme l'homme de la bienfaisance». En voici quelques couplets, dont on excusera la simplicité :

De tous les coiiimissaires, Poultîer, c'est le doyen.

U s'entend en affaires Plus qu^aocan praticien.

A quîconqae est novice Il prête son appui ; C'est lui rendre service Que s'adresser à lui.

Pourquoi donc, la poche pleine, Sans cesse voit-on Ponlticr

Couraot jusqu'à perdre haleine «

Au risque de s'estropier f C'est qu'alors son cœur le guide Vers queiqu'honnéte indigent ; Il revient, sa poche est vide, Mais que son cœur est content I

O Vaugirard! ami de la guinguette, Assez long-temps chez toi régna Bacchus :

Mais quand Poultier te choisit pour retraîle, On te nomma le séjour des vertus.

Plus loin , dans la Grande-Rue , la maison occupée par Tinstitution de M*' Stevenin senrit de refbge pendant la révolution à queU ques religieuses qui y ouvrirent une pension, sous la direction de M"* Loton, laquelle la eëda plus tard à une demoiselle Tissot. Enfin , auprès de r église, la maison de M. Valette reçut autrefois M*** de Villeneuve, et plus tard servit de campagne aux Petits-Augustins.

En entrant dans la rue Notre-*Dame, on trouvait à gauche la rue des Prêtres , aujourd'hui appelée Satià^Lamberl ; elle se prolongeait à travers un petit bois jusqu'à la rue de Sèvres, longeant la propriété du marquis de Feuquièles, et ayant à son extrémité deux tourelles. Les anciens du pays se ressouviennent qu'on leur racontait que leurs pères allaient jouer dans ce

bois. Il y a peu d'annëes qu'une grande quantitë d'ossemens trouvés au n® ly^ ^ rëvélë qu'on y avait placé jadis un cimetière. Reprenant la rue Notre-Dame , après la rue Saint-Lambert, se voyaient le presbytère, la maison vicariale, et la façade principale du château Feuquières, dont le clos se terminait dans la rue de Sèvres par une haute terrasse formant demi-lune saillante et crénelée pour recevoir des canons en cas de défense. La rue Notre-Dame , en montant vers Issy, fait un coude et se sépare en forme de fourche : la branche de gauche, qui conduit aujourd'hui au Hameau du brave hom* me, avait le nom de chemin Blaumet, nom que Ton a donné depuis à la rue des Chiens; cette dénomination vient de l'abbaye Saint-Germain, qui l'avait également imposée à l'une des rues du faubourg Saint>Germain, car la rue actuelle Plumet est toujours nommée Blomet dans les anciens titres, et Plomet dans les plans conservés à la bibliothèque de la ville de Paris. La branche de droite gardait jusqu'à Issy le nom de rue Notre-Dame. A cent pas de la fourche se trouvait à droite un premier sentier qui allait directement à la rue de Sèvres, en longeant la propriété Feuquières ; un second sentier, descendant de Issy, débouchait en face de la croix

«99 de Nivert. Il est à regretter que Ton ait laissé fermer ces deux petits chemins, qui établissaiest des rapports faiciles entre Issy et le village de Grenelle. Retournons vers Tëglise dans la Grande-Rue : nous passons devant le cimetière, au coin duquel était l'-ccole des filles, puis la maison du séminaire Saint-Sulpice et celles de la communauté des prêtres; plus loin ce n'était que champs labourés.

Faisons volte face pour retourner à Paris :

Toici tout ce que nous avons à notre droite. Sur la hauteur, le moulin et diverses cultures en prés et en vignes ; au bas de la câte, la seconde propriété de la communauté des prêtres., les anciennes portes du bourg,, la campagne des Thâttins, très-lai^e en jardins, très-étroite en façade , car six petites maisons , dont une probablement louée dans le principe à M. Olier, l'obstruaient; puis les Trente-Trois. Peu de temps avant la révolution, ils avaient vendu une partie de leur terrain. M*"' de Guébriant y avait fait bâtir un hôtel qui devint plus tard l'habitation de M. Henrion de Pencey ; il appartient aujourd'hui à M. le lieutenant-général vicomte de Pernety, pair de France : on le reconnaît à la demi-lune qui forme son entrée.

Henrion de Pensey, ainsi appelé pour se dis-

tinguer de son frère Henrion de Saint-Amand, qui ne laissa qa'une fille, M"* la vicomtesse de Pemety, ëpouse da gënëral de ce nom, mourut en 1 829 , à Tâge de qualre^ngt-sept ans. Il affectionnait Yaugirard, et ce fut sous les ombrages toufifus des bosquets qui embellissaient la propriété de son neveu, qu'il dicta, presque aveugle, les dernières pages de son Histoire des assemblées nationales de France , dont il préparait une nouvelle édition. Jurisconsulte distingué, d'une éloquence persuasive, d'une fermeté de caractère rare, nommé par Napoléon, qui l'honorait d'une estime particulière, conseiller d'Etat, sans qu'il cessât d'occuper la place de président à la Cour impériale ; garde des sceaux en 181 4 ; il joignait à toutes ses éminentes qualités le respect le plus profond pour la religion , « sanction la plus inviolable des « lois, disait-4l dans son éloge de Dumoulin, « la seule que l'homme porte toujours avec lui, « la seule qui place le supplice dans l'âme du « criminel ; aussi puissante dans la nuit du se- « cret qu'à la face de la terre, ••• le despote est « étonné de trouver une puissance supérieure « à la sienne. »

Après les Trente-Trois, nous remarquons l'hospice civil^ construit dans un temps rappro-

chë du nôtre , sur une portion de terrain voisine ; il ëtait suivi de la maison des seigneurs laïcs, dont les jardins avaient pour limites la rue des Vignes et la me des Toumelles , sous laquelle ëtait pratique le souterrain communiquant avec le clos des Vignes et du Pressoir. L'abbaye faisait l'autre encoignure de la rue des Vignes. Le terrain qui ëtait derrière s'appelait le Chs de la seigneurie ecclésiastique. Il y avait ensuite un grand nombre de maisons particulières peu dignes de remarque, si on en excepte celle qui est devenue la propriété de M. Davin, après Tavoir été de M*"' Bolimier, et dont les bautes plantations étaient magnifiques ; on dit qu'elle était une campagne des Grands-Augustins. Nous allons ainsi jusqu'à la rue des Tournelles, qui conduisait aux Fourneaux et au cbemin de Paris à Vanves ; puis nous passons les portes de Vaugirard et la rue de la Procession , sans rien trouver qui soit digne de notre attention. Après cette rue se voyait un vaste terrain appartenant aujourd'hui aux héritiers du sieur Sevray, qui alors avait été achetée par M'*' Doubledent, si connue par sa bienfaisance. Jusqu'à la croix de Vaugirard , ce n'était plus que des champs.

Tel a ëtë Vaugirard avant la rërolution. Concluons ce chapitre en signalant l'injustice de ceux qui ont ëcrit que Vaugirard n'ëtait qu'une réunion de guinguettes, un rendez-vous pour la débauche et Tivrognerie. Les anciens du pays ne citent, en effet, qu'une douzaine de cabarets qui aient eu la vogue autrefois ; ensuite il y avait, comme aujourd'hui, deux quartiers bien distincts : celui qui avoisinait les limites de Paris, et celui qui s'était groupé autour de l'église. Dans le premier seul régnaient le bruit, le tapage, les excès mêmes, chose facile à croire, car les gardes suisses habitaient l'École-Militaire et le parc adjacent. M. de Langle, dans son mémoire contre la fabrique de Saint-Etienne, donne comme raison principale, qui doit faire conserver à la fabrique de Saint-Lambert les habitations contestées, l'éloignement où elles sont de tout secours spirituel. « Privés de l'en- « seignement religieux et de la surveillance cu- « riale, dans quel abrutissement ne tomberont « pas , dit-il , ces gens exposés à tant de séance dales par suite des guerres civiles , par suite a de l'ivrognerie qui règne dans ces quartiers « isolés! que de crimes, que de meurtres déjà « s'y commettent! Que sera-ce, si Vaugirard les

« délaisse ?» Il parlait donc ainsi de Textérieur de Yaugirard ; mais dans l'intërieur tout était paisible, et n'offrait que des habitudes vertueuses.

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